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A quoi rêvent les statues ?

A quoi rêvent les statues ?

Auteur : Daniel Kay

Editeur : La Part Commune

A quoi rêvent les statues ? Des images se forment et s’estompent au fond du parc où méditent les êtres de pierre, des images qui viennent à leur tour féconder nos propres rêves. C’est ce que tentent de recueillir dans un dialogue teinté parfois d’une mélancolie nervalienne les proses poétiques de Daniel Kay et les photographies de Véronique Sézap.

12,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
80 pages
ISBN : 978-2-8441-8190-9
Extrait

Paysage offert à Saint François d’Assise

Sous une belle ligne d’arbres roux, l’été fracassant contempteur des terrasses enfonçait ses premiers rayons jaunis dans la chair criblée de fruits vermeils. Par-delà les haies, des moineaux enivrés par le bleu des vitraux traversaient les limbes comme des avions aux soutes pleines de grandes hosties sombres.
L’aurore martelait ses coups redoutables sur les meules, déjouant en pleine lumière les tours des petits franciscains, hilares et frondeurs avant la messe.
Des fleurettes pâles éclaboussaient le jour naissant.
Derrière les buissons, la vierge poursuivait sa dormition dans un immense champ de bleuets.
Au loin, un peintre passait du rouge à lèvres sur des chemins bordés d’ombellifères. Et le jour empli de Grâce durait sur fond d’or audevant des cam-pagnes gardiennes de scolies arides.

Un larron

Je sais que j’ai mauvaise réputation, pourtant immense est mon amour. Dès l’aube je me lève pour vendre aux juifs du temple des bouteilles pleines de larmes. Le soir lorsque le ciel repeint au ton de l’écarlate le sable du désert c’est encore moi qui dans la plus profonde des solitudes répare les précieux rouages de l’horloge astronomique.

Jardin de statues

C’était comme un bruissement de silence dans l’allée de tilleuls : on eût dit que les silhouettes de plâtre susurraient une langue étrangère, un curieux idiome que seuls auraient compris les enfants et les muets… Interminablement dans le rêve des statues s’entassaient des minutes de gloire et de feuilles, des heures d’attente et de ciels… On croyait entendre un ressac sourd et monotone pareil à celui de la mer mais comme à jamais figé dans la pose de quelque geste blanc. Le temps venait au temps sous le bras d’un dieu inutile aux poignets léchés par les derniers feux d’un jour teinté de nostalgie. Parfois, la tunique de la chasseresse déclenchait l’hallali des frondaisons et figeait sa meute de bronze dans l’exhalaison lente des seringas.
Au fond du parc, on commençait à ranger les tables et les chaises. Les dernières limonades scintillaient près des tabliers verts. Les nappes, lasses de se frotter à la tignasse incandescente des buis, se laissaient un temps caresser par le gant mordoré du crépuscule. L’orangerie s’évanouissait comme dans une rêverie dont on aime à se déprendre lentement en retenant une à une les couleurs jusqu’au basculement dans l’enchantement…
Le soir au bref carquois écrasait déjà toutes les montres. Une à une les statues s’évanouissaient sous la morsure d’une seule flèche.

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