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Je suis complètement battue

Je suis complètement battue

Auteur : Eléonore Mercier

Editeur : POL

Sélection Rue des Livres

Éléonore Mercier est « écoutante » dans une organisation qui se préoccupe des violences conjugales. C'est à dire qu'elle prend les communications des femmes en état de détresse qui appellent pour pouvoir parler, être écoutées. Elle fait cela depuis plus de quinze ans. Prenant en note sur des cahiers ces entretiens, elle a eu l'idée de réunir en un recueil la première, et seulement la première phrase dite, l'entrée en matière en quelques sorte, la phrase inaugurale par laquelle va commencer l’échange, celle qui dit tout, celle sur quoi va s'appuyer le reste. Cela donne un livre sidérant.
Sidérant d'abord pour le témoignage brut, immédiat qu'il constitue, sans pathos, sur un pan honteux de nos sociétés. Sidérant ensuite pour sa teneur littéraire totalement inédite. Il y a là un tel désir d'expression, une telle volonté de dire qu'elle se soumet la langue, la syntaxe, la bienséance formelle. Elle use de la maladresse comme d'une forme. C'est bouleversant et montre que la littérature est partout où il y a de la vérité et de la justesse. Ici 1 653 fois...

11,15 €
Vendeur : Amazon
Parution :
112 pages
ISBN : 978-2-8468-2453-8
Les avis

La presse en parle

Une fascinante compilation d'appels à l'aide où l'on entend le chant tragique de la violence ordinaire.

Ce n'est ni un roman, ni un essai, ni un récit. Un témoignage sans doute, mais pas seulement. C'est un texte composé de 1 653 phrases. Les toutes premières, prononcées à l'interlocutrice de l'accueil téléphonique d'une association qui lutte contre les violences conjuguales. Elles ont été collectées et alignées les unes derrière les autres par Éléonore Mercier, « écoutante », qui les a notées, jour après jour, depuis quinze ans. L'effet de ce procédé d'accumulation est saisissant. Ces phrases d'introduction, de présentation sont comme des portes derrière lesquelles se cachent, brutes et nues, des tragédies ordinaires, une détresse humaine vertigineuse. Une violence, en fait, beaucoup plus large que strictement conjugale même si, majoritairement, ce sont des femmes en danger qui appellent et, à travers elles, des enfants. L'agresseur est le « mari, le « compagnon », le « conjoint, « l'ami, le « père des enfants, la « moitié », l'« ex »... Beaucoup appellent aussi pour d'autres qui ne veulent ou ne peuvent pas : ce sont des proches (des filles pour des mères, et vice versa, des sœurs pour des sœurs), des collègues de travail, des voisins, quelques professionnels. Il y a aussi des hommes, peu nombreux.
Allusives ou précises, elliptiques ou directes, anodines ou terrifiantes, par euphémisme ou dénégation, élégamment formulées ou empruntées, les entrées en matière déclinent tous les tons de l'aveu, de l'appel à l'aide et de la dénonciation. S'ouvre un effrayant catalogue de situations violentes qui modulent fréquence, durée, intensité, modes opératoires : il y a les coups bien sûr, mais aussi de la vexation à l'humiliation, et de la menace voilée jusqu'à l'intimidation, tout l'éventail mortel de la violence psychique. Et la terreur – « Je commence à avoir de plus en plus peur car avant il frappait sans haine – qui palpite dans presque toutes les phrases, talonnée de près par la culpabilité. « J'ai honte de partout ».
Il est fascinant de voir à quel point une réalité commune – la maltraitance – peut se dire si différemment : aucune redondance. Aucune impression de répétition. Au contraire, ce sentiment inouï que chaque énoncé est unique, en dépit d'images récurrentes, d'emprisonnement, de démolition... Chaque phrase contient sa douleur propre, une manière singulière de raconter l'histoire, qui vient ajouter sa voix à la plainte collective et l'amplifie.
On se dit que de telles formulations, leur involontaire poésie, leur touchante maladresse, la franchise, la terrible justesse, la profondeur naïve qui sont d'une beauté presque indécente, que de telles phrases qui renseignent tant ne s'inventent pas. Est-ce de la littérature ? Franchement, on ne sait pas. « J'ai très envie de croire que l'on peut saisir, à la lecture de ce texte, non seulement ce qui se dit mais aussi ce qui s'entend », avertit l'auteur. On imagine la force de ce texte, lu à haute voix, car le lecteur entend effectivement un cœur de souffrance. Il monte et étreint comme un chant déchirant.

Véronique Rossignol, Livres Hebdo

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