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La Leçon de peinture du Duc de Bourgogne : Fénelon, Poussin et l'enfance perdue

La Leçon de peinture du Duc de Bourgogne : Fénelon, Poussin et l'enfance perdue

Auteur : Anne-Marie Lecoq

Editeur : Le Passage

De 1689 à 1697, Fénelon fut chargé, en tant que précepteur, de l’éducation du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, qui semblait destiné à monter un jour sur le trône de France (il devait en fait mourir avant son grand-père, en 1712). L’éducation religieuse, morale et intellectuelle des futurs rois de France représentait depuis longtemps un enjeu considérable étant donné les pouvoirs de plus en plus étendus réunis entre les mains des monarques. Mais cet enjeu pouvait paraître encore plus important dans les dernières années du « siècle de Louis XIV ». Fénelon appartenait à un petit groupe de catholiques fervents, profondément dévoués à la monarchie française, et qui avaient pour inspiratrice une veuve dévote et mystique, prophétesse de la doctrine quiétiste du Pur Amour, Jeanne Guyon. Pour eux, la reprise de la guerre, dix ans seulement après la Paix de Nimègue et cette fois contre l’Europe entière, les difficultés financières croissantes, les scandales comme « l’affaire des poisons », la misère du peuple, les famines récurrentes, étaient le signe que la protection divine avait abandonné le « Royaume très Chrétien », qui s’était enfoncé dans le péché avec son roi. Pour le sauver, il fallait une conversion profonde, totale, à la tête de l’état. Le Dauphin n’étant pas l’homme de la situation, tous les espoirs de Fénelon et de ses amis se reportaient sur son fils, le duc de Bourgogne. De tous les héritiers réels ou présomptifs du Trône, il fut certainement celui qui reçut l’éducation la plus complète et la plus admirable—et celui qui s’y montra le plus réceptif.

Dans l’éducation selon Fénelon, les contraintes de l’étude devaient être masquées sous les apparences de la liberté et du plaisir. La fiction littéraire étant, selon lui, le premier des plaisirs éducateurs, c’est dans cette perspective que furent composés pour le prince non seulement le grand roman des Aventures de Télémaque, mais aussi quelques dizaines de Dialogues des morts à l’imitation d’un genre littéraire antique. Deux de ces Dialogues concernent la peinture— qui était, avec le dessin, une des matières que devait connaître un roi de France. Le héros en est Nicolas Poussin (mort en 1665) . Dans le premier dialogue, il converse avec l’un des plus fameux peintres de l’Antiquité, Parrhasius, et dans le second, avec Léonard de Vinci. Le cœur de chacun de ces dialogues fictifs est constitué par la description d’un tableau bien réel, entreprise par Poussin à l’usage de son interlocuteur de l’autre monde : le Paysage avec les funérailles de Phocion (aujourd’hui au musée de Cardiff) et le Paysage avec un homme tué par un serpent (à la National Gallery de Londres).

Dans ces deux dialogues, passablement négligés par les historiens de l’art, Fénelon a fait œuvre plus originale et moins inféodée aux critères académiques de l’époque de Colbert qu’on ne l’a cru. Ils constituent en fait un témoignage de première main sur la survie et l’évolution du « poussinisme » et de l’idéalisme classique à l’heure où triomphaient à l’Académie royale, Roger de Piles et les « curieux », amateurs et collectionneurs dont l’idole était Rubens. Mais surtout, on peut montrer que les deux tableaux de Poussin n’ont été choisis ni au hasard ni par simple commodité pour servir de support à la leçon de peinture du duc de Bourgogne. De tous les tableaux disponibles du peintre philosophe, ils étaient sans aucun doute les plus propres à nourrir la méditation de celui dont la mystique de Fénelon, de Mme Guyon et de leur cercle, voulait faire le régénérateur du royaume de France et, plus profondément encore, le jeune berger qui conduirait le peuple »très chrétien » dans les verts bocages du royaume de Dieu.

25,35 €
Vendeur : Amazon
Parution :
203 pages
ISBN : 978-2-8474-2015-9
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