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Et toujours en été
De Maïté Bernard
Editeur : Le Passage
Parution le : 30 Août 2007
Sélection Rue des Livres

Thomas, le père, Ilona et Malena, ses filles, longent à vélo le canal du Midi.Quatre jours pour parcourir 240 km entre Sète et Toulouse. Il fait beau et frais sous les platanes, les papillons et les abeilles volettent autour d’eux, des oiseaux passent dans le ciel, l’herbe des talus et les fleurs sauvages ondulent doucement. Pourtant ils ne s’attardent pas, ils roulent.
Thomas est argentin et la police française le recherche pour l’extrader vers Buenos Aires. Il vient d’être accusé d’un crime commis en 1976 contres les forces armées, pendant la dictature de Videla. Ses filles l’aident à fuir jusqu’à Toulouse, où il retrouvera un passeur pour l’Espagne. Aidés par le soleil et la beauté du paysage, l’occasion pour eux, une dernière fois, de se dire ce qui n’a jamais pu être dit. Une recherche de la vérité que l’on suit parallèlement dans le journal intime d’Ilona.

  • Littérature française
  • [Premier roman]
  • Le début

    - Toulouse avait dit le père.
    - Toulouse? avait dit Ilona. Mais comment on va faire pour t'ammener à Toulouse?
    C'est là qu'il avait compris. Ses filles, s'il voulait s'en débarasser, il allait falloir les semer. Comme la police française.
    Ils étaient arrivés après le déjeuner. Deux voitures qui se garent dans la cour, deux flics en civil, deux en uniforme. Pour lui, Thomas Farel, le dangereux terroriste, mandat Interpol, autorisation d'entrer dans la maison et de fouiller, autorisation de l'embarquer.

    L'avis de Rue des livres

    Après plusieurs polars, Maïté Bernard se lance dans le roman. Et pour un coup d'essai, c'est plutôt réussi.
    Thomas, recherché par la police pour être extradé vers l'Argentine, se retrouve dans la clandestinité. Première destination : Toulouse, histoire de se procurer de nouveaux papiers auprès d'une ancienne connaissance. Mais comment se rendre à Toulouse sans se faire repérer ? Tout simplement à vélo par le canal du Midi. Commence alors la fuite, qui est aussi l'occasion de découvrir le canal du Midi, et de dialoguer avec ses filles, peu disposées à le laisser seul. La seule évocation du canal tout au long de ce livre donne une furieuse envie de prendre son vélo et de suivre le parcours.
    On retrouve, comme dans Nîmes-Santiago, des clins d'oeil à l'Amérique latine. Même le style, a la douceurs des écrivains sud-américains. Maïté Bernard est probablement la plus sud-américaine de nos auteurs.
    J.Marc, Rue des livres


    Commentaires Amazon

    2007-11-15Note : 5/5
    Le temps dure longtemps, et la vie sûrement
    Je sors tout juste de la lecture de ce livre qui m'a pour le moins bien ébranlée. Pourtant, j'avoue avoir eu quelques difficultés au début à pénétrer son contenu car sa construction m'apparaissait assez confuse. Cette alternance dans la narration juxtapose d'une part la fuite à vélo le long du canal du midi de Sète à Toulouse de Thomas accompagné de ses deux filles et dautre part le journal intime de l'une d'elles (l'aînée) depuis la fin des années 80.

    Puis, après une rapide adaptation, tel un puzzle, l'histoire se construit lentement, au gré de cette double narration parsemant ça et là suffisamment d'éléments pour tisser en toile de fond une partie de l'histoire de l'Argentine, celle de la disparition de quantité d'opposants au régime de la dictature de Videla et de sa junte militaire à la fin des années 70, durant la « guerre sale ».

    Le livre nous présente donc Thomas, la soixantaine, exilé argentin et ancien membre des montoneros (opposants actifs au régime de l'époque) qui est maintenant recherché par la police pour des crimes qu'il aurait commis dans son pays près de trente ans plus tôt. C'est alors qu'il prend la fuite en compagnie de ses deux filles. La cavale longe le canal du Midi dans une atmosphère plutôt paisible où se mêlent petits bonheurs partagés, discussions et révélations au milieu d'un décor tout à fait engageant.

    Parallèlement, s'intercalent au récit doucereux les bribes d'apparence plutôt légères et pourtant assez tourmentées du journal personnel d'Ilona (la fille aînée) qui, enfant impuissante, a assisté à l'arrestation de sa mère qu'elle n'a jamais revue ensuite. Depuis, sa propre vie en perte d'identité est assez chaotique, son quotidien n'est qu'une longue quête de vérité sur les circonstances de sa mort et sur ses responsables. Elle emmène le lecteur au cSur de ses déboires sentimentaux qui ne coulent pas toujours tel un long fleuve tranquille.

    Là, je loue vraiment les talents de l'auteure d'être parvenue à faire ressentir un tant soit peu la douleur incommensurable liée à la disparition d'un être cher orchestrée par un pouvoir tout puissant et surtout à cette absence de vérité qui lamine ses survivants.

    Ce livre restera assurément pour moi une approche perspicace et troublante de cette période obscure de l'histoire de l'Argentine.

    2007-08-30Note : 5/5
    Beaucoup de fraîcheur dans l'histoire qui, dans le fond, n'est pas légère !
    Ce n'est pas une simple balade à bicyclette, entre le père et ses deux filles. Ces dernières l'escortent jusque Toulouse pour l'aider à rencontrer un passeur et le permettre de fuir jusqu'en Espagne. Pourquoi ?
    Thomas est aujourd'hui recherché par la police car l'Argentine le réclame, accusé d'un crime commis presque trente ans auparavant. Mais l'homme n'a pas l'intention d'y retourner, il a déjà fui ce pays, chose exceptionnelle, après une arrestation et une série de tortures. Son épouse était alors à ses côtés, mais n'a pas survécu.

    L'histoire est racontée de deux façons. D'abord par le périple en vélo à travers le Sud et le long du canal du Midi, aux trousses de Thomas, Ilona et Malena, le récit est une suite joyeuse de durs efforts, de rires, de confidences. Puis il y a le journal de l'aînée, commencée en 1987. Il trace l'histoire plus personnelle d'une fille qui avait dix ans quand elle a assisté à l'enlèvement de sa mère, à Buenos Aires. Elevée par sa grand-mère avant de partir en France, Ilona a réussi à vivre une vie "ordinaire", ponctuée par ses histoires d'amour avec Paco, dont le père avait été arrêté en même temps que le sien. Il y a des liens inextricables, inexplicables aussi.

    Bref, d'apparence légère, pétillante et fraîche, l'histoire finalement n'est pas si anodine. Le journal d'Ilona, par exemple, va vite dévoiler le chagrin refoulé de cette jeune femme, sa quête de la vérité, souvent difficile et douloureuse. La fuite en vélo, ensuite, est une échappée belle pour sauver la peau d'un père chéri, mais une preuve aussi, pour lui témoigner ce que ses filles sont capables de réaliser pour lui. Enfin, c'est plus travaillé, plus fouillé et plus réfléchi qu'en apparence. Si l'on se contente de la surface, c'est une lecture facile, très agréable, bien écrite, etc. Mais sous la couche artificielle, se trouvent vraiment une exemplaire histoire d'amour, d'abnégation et une leçon sur l'Histoire plus émouvante encore.
    A découvrir !

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