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La Mère des chagrins
De Richard McCann
Editeur : Editions des Deux Terres
Parution le : 21 Septembre 2006

" Un livre d'une beauté presque insoutenable et d'une sensibilité telle qui peut rivaliser sans complexe avec le mystère de la vie. " Michael Cunningham. " La Mère des chagrins " retrace l'histoire d'une famille américaine après la Deuxième Guerre mondiale, dans les faubourgs de Washington D.C. : un univers de maisons de briques et de pelouses brûlées par le soleil, un monde d'où la honte et le deuil semblent avoir été bannis. Deux frères vivent avec leur mère, une femme très belle au caractère complexe, à laquelle le plus jeune fils voue une véritable adoration. Il l'imagine en " Notre Mère des soupirs, Notre Mère des séances de cinéma tardives, Notre Mère aux attentions subites, Notre Mère aux colères soudaines. ". Le narrateur est le seul survivant d'un monde qu'il cherche â enfermer â jamais dans les mots, un monde de chagrin qui l'obsède alors même qu'il s'efforce de bâtir sa vie. Pressante, pensive, rageuse et révélatrice, la voix élégante de La Mère des chagrins bouleverse par son honnêteté.

  • Littérature

  • Commentaires Amazon

    2008-07-15Note : 3/5
    Jolie couverture
    Celui-ci est un roman, mais il est constitué de dix courtes histoires pré-publiées dans des magazines sous forme de nouvelles. Le tout assemblé se lit d'une traite, se cogne, se fait signe et se répète... c'est la règle. Mais ce n'est jamais redondant, au contraire. On souligne combien la mort du père, par exemple, a morcelé la vie des deux garçons, dont le narrateur, le cadet. Il y a eu un avant, et il y aura ensuite l'après, les restes, la vie qui tente de continuer...

    Au centre, demeure cette figure céleste et sublime de la mère. Son nom, Maria Dolorosa. En espagnol, cela signifie la Mère des Chagrins. Coquette, féminine, la touche de Shalimar dans les airs, rêveuse, pointilleuse et secrète, cette femme est l'image même de la fascination pour le jeune garçon. Avec son nouveau copain du quartier, Denny, le fiston aimait se faufiler dans les placards de la mère et se pavaner avec ses toilettes. A onze ans, avec le décès brutal du père, le garçon reçoit une gifle cinglante quand ses cachotteries sont mises à jour... Tu seras un homme, mon fils. C'est la phrase qu'on peut lire entre les lignes, jamais noir sur blanc. La mère pressent, tremble et pourtant elle refuse de l'admettre. Promets de ne jamais devenir homosexuel, lui souffle-t-elle lorsqu'elle le surprend en train d'écouter des disques de Piaf.

    Les derniers chapitres du livre concernent de loin en loin les souvenirs d'enfance, ciblent les deux fils devenus adultes. Davis va connaître une morte violente et prématurée, la mère va vieillir en perdant la tête et le narrateur, au centre, cherche à assumer son identité sexuelle, malgré les réminiscences d'une enfance encadrée de reproches, de non-dits et d'évidences tues : "Je savais déjà , je suppose, que j'étais le fils de ma mère, tout comme Davis était le fils de notre père." Une nostalgie sourde résonne, un arrière goût de chagrin mêlé à un sentiment d'observation. Le narrateur partage avec le lecteur son portrait de famille et la peinture d'une époque (l'Amérique des années 50) avec tendresse et mélancolie. C'est joli, mais la fin est désolante et a gâché mon plaisir...


    2008-06-30Note : 4/5
    "Quand elle buvait, même le silence autour d'elle disait: "Sauvez-moi".
    La mère des chagrins est un roman composé de dix textes qui parfois se "chevauchent", revenant sur des faits qui ont déjà été évoqués (la mort du père, par exemple), comme si le narrateur, qu'on devine très proche de l'auteur, Richard Mc Cann, ne pouvait revenir sur l'histoire de cette famille à l'aube des année cinquante qu'en reprenant son souffle.
    Il tisse patiemment l'évocation de cette vie de famille nucléaire où les rôles semblent fixés de toute éternité : "Je savais déjà , je suppose, que j'étais le fils de ma mère, tout comme Davis était le fils de notre père." mais où , par petites touches, la réalité va déborder du cadre. Figure centrale, la mère, à qui le narrateur tient lieu de miroir mais qui s'aveugle elle même refusant d'admettre ce que le lecteur découvre très tôt...
    Roman sur l'identité, La mère des chagrins est aussi chatoyant et insaisissable qu'une bulle de savon. Un beau moment de lecture et d'émotion.

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