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Monsieur Ouine

De Georges Bernanos

Editeur : Castor Astral
Parution le : 20 Novembre 2008
ISBN : 978-2-8592-0782-3
EAN13 : 9782859207823

La vie du livre Monsieur Ouine est aussi agitée et voyageuse que celle de Georges Bernanos. Commencé à Toulon en février 1931, abandonné et repris en décembre 1932, en parti perdu - une vingtaine de pages manuscrites qui seront à réécrire s'envolent de la sacoche de sa moto entre Aix et Marseille -, le roman, annoncé chez Plon pour 1935, est achevé en 1940 au Brésil après les pérégrinations de son auteur d'Espagne en Paraguay.
Édité en 1943 chez Atlantica Editora par Charles Ofaire, un éditeur suisse installé à Rio, il paraît finalement à Paris chez Plon en 1946. En 1943, trop occupé par son installation dans une fazenda du bout du monde, Bernanos a donné son accord à Ofaire sans corriger les épreuves.
En juin 1945, à la veille de son retour en France, Bernanos remet à son ami un paquet volumineux et bien ficelé : « Gardez ça, si vous le voulez bien. Je ne peux pas le transporter en Europe, c'est trop encombrant. » Trois ans après la mort de Bernanos, da Cunha ouvre le paquet. Il y découvre des copies d'articles, le début d'un ouvrage que Bernanos envisageait d'écrire sur Martin Luther, et des dizaines de feuilles portant des passages inconnus de Monsieur Ouine. Venu en France, il les confie à Albert Béguin qui, en 1955, publie le roman dans sa totalité.
Paradoxalement, il naît une oeuvre parfaitement construite et achevée avec, sur fond de crime non élucidé, un début - la rencontre d'un enfant et d'un homme -, une fin - la mort de l'homme et la solitude de l'enfant -, des épisodes intercalaires qui, par petites touches comme d'un tableau, éclairent le sujet du roman, sa raison d'être : la mort intellectuelle et spirituelle d'une communauté que symbolise la destruction de l'enfant Steeny par le génie du mal, Monsieur Ouine. Mettre au point une telle fable, en maîtriser les différentes parties qui relatent les faits du quotidien d'un village où un crime suscite les suspicions et les dénonciations anonymes, pour finalement conduire le lecteur à la fin d'un monde par le truchement du désespoir d'un prêtre, ce n'est pas là de ces oeuvres littéraires qui coulent aisément de la plume, surtout quand les problèmes matériels de la vie de tous les jours posés au père de famille s'ajoutent aux angoisses du romancier qui délaisse son oeuvre pour d'autres dites alimentaires.
Avec le filtre du temps, Monsieur Ouine est aujourd'hui considéré comme le sommet de l'art de Georges Bernanos. D'abord titré La Paroisse morte, il s'agit à la fois d'un récit policier et d'une galerie de portraits où l'on retrouve les personnages bernanosiens déjà rencontrés dans les précédents romans.
Comme une sorte de viscosité cachée, se trouve l'étrange ancien professeur Monsieur Ouine dont le corps est mou, l'esprit perdu et la souffrance terrible. On commence à lire ce roman dans la chaleur étouffante d'une journée d'été dans un maison morte - la maison d'un mort homonyme - pour le terminer autour du corps flasque et suintant de Monsieur Ouine.

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2009-10-19Note : 2/5
Sombre chronique
Georges Bernanos (1888-1948) est un écrivain déchiré entre le mysticisme et la révolte qui combattra par ses livres, la médiocrité et l'indifférence. On lui doit Le journal d'un curé de campagne (1936), Le dialogue des Carmélites (1949), Sous le soleil de Satan (1926) adapté au cinéma par Maurice Pialat. Il vivra en France, au Paraguay et au Brésil.

Le récit se déroule dans un petit village du Nord en 1931 où l'on a découvert le cadavre d'un jeune valet de ferme. Une quinzaine de personnages sont plus ou moins directement impliqués dans cette mort qui mettra tout le village en ébullition. Résumé ainsi on pourrait penser à un roman policier, mais ce n'est pas le genre de la maison ! et le propos est beaucoup plus vaste ou ambitieux.Bien vite l'intrigue n'est plus le moteur de l'intérêt porté au livre. Georges Bernanos va se livrer à une dissection des âmes humaines et étaler sous nos yeux les travers de ce microcosme, des élites aux plus humbles. Le maire qui cherche désespérément l'absolution pour ses pêchés passés, le médecin incapable, le prêtre dépassé par sa charge et au bord de la rupture avec sa foi, la châtelaine à moitié folle qui parcourt le pays avec sa jument, Steeny l'adolescent ignoré par sa mère mais poursuivi de manière équivoque par sa gouvernante. Au milieu de tout ce beau monde, monsieur Ouine, ancien professeur de langues atteint de tuberculose, incarnation de Satan ? dont nous suivrons l'agonie à la fin de l'ouvrage.

La mort du jeune valet entraînera d'autres décès et l'enterrement du jeune homme verra l'apothéose des haines villageoises et de la bêtise humaine au cours d'une cérémonie lamentable tournant à l'émeute. « L'image d'un monde en perdition qui s'éloigne de toute spiritualité, foi religieuse comprise mais pas exclusivement ».

Un livre complexe qui nécessite de faire des efforts de lecture, surtout au début, pour entrer dans la trame du roman et le style de l'auteur. Un livre de vraie littérature, noir et désespéré qui s'accorde parfaitement avec les soirées d'automne et le feu dans la cheminée.

« La chaise de M. Ouine grinçait sur les dalles, depuis une minute, par petits coups réguliers. De sa place, le prêtre ne pouvait malheureusement rien voir des traits de l'ancien professeur de langues, mais il entendait son souffle anxieux, coupé parfois d'une espèce de chuchotement incompréhensible. Bien loin de là, presque au pied de la chaire, la figure convulsée du maire de Fenouille sortait brutalement de l'ombre, éclairée en plein par un vitrail de l'abside qui couvrait sa large face de petites taches rondes, bleues ou mauves, toujours dansantes. Un moment, il crut le voir rire et aussitôt la grimace douloureuse de la bouche le détrompa. Il semblait au curé de Fenouille que toute rumeur s'était éteinte, que les paroles qu'il allait dire tomberaient l'une après l'autre, vaines et noires, dans ce silence béant. »



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