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La Fille du Cannibale

La Fille du Cannibale

Auteur :

Editeur : Editions Métailié

Si votre mari va aux toilettes dans un aéroport et disparaît, si ensuite vous recevez une demande de rançon venant d'une organisation terroriste et que vous êtes l'auteur d'une série de livres pour enfants dont le héros est Belinda la cocotte, que faire ? Pleurer d'abord puis décider de comprendre ce qui vous arrive. Et si la chance veut que vous rencontriez vos voisins de palier dont l'un se révèle être un vieil anarchiste octogénaire, ancien torero, compagnon de Durruti, dont les récits de la guerre d'Espagne vont former la toile de fond de vos soirées, et l'autre un garçon de 20 ans naïf et terriblement attirant, vous découvrez comme Lucia que vous ne tenez finalement pas tant que ça à ce mari disparu et qu'il est temps de donner un sens à votre vie. Ce trio disparate va mener l'enquête et découvrir un monde fait de mensonges et de personnages retors que l'habileté du vieil anarchiste, Fortuna, réussira à contrôler. Entre thriller et roman initiatique, ce beau roman, prenant, bien construit, plein d'humour et d'émotion, raconte à trois voix le passage de la jeunesse à la maturité, cette frontière de la quarantaine où l'univers se réorganise et où nous croyons pouvoir déchiffrer l'énigme que nous sommes pour nous-même. Prix Primavera 1997

20,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
407 pages
ISBN : 978-2-8642-4563-6
Les avis

La presse en parle

L'histoire est saisissante, d'emblée. Nous sommes en Espagne au moment des fêtes de fin d'année.
Lucia (héroïne du roman) et son mari ont décidé de partir quelques jours à Vienne, pour le jour de l'an. Avant de monter dans l'avion, ils prennent un café au bar de l'aéroport, lorsque le mari, Ramon, a un besoin pressant.
Rien d'original jusque là, sauf que 5 minutes passent, 10 minutes, Ramon ne revient pas. Lucia commence à s'inquiéter. Elle a bien raison, son mari ne réapparaîtra pas.
Situation intenable. Lucia éprouve même une souffrance perdue depuis longtemps, l'absence. L'absence de Ramon la met dans un état pas possible.
Difficile en effet de ne plus entendre le ronflement de son époux que l'on supporte depuis 10 ans.
Déroutant de ne plus réchauffer ses pieds glacés contre les siens.
"Je ne l'aimais pas", dit Lucia, "et comme si ça ne suffisait pas, il m'irritait... mais il était le seul à m'attendre quand je revenais de voyage et j'étais la seule à savoir qu'il frottait tous les matins son crâne chauve avec une lotion".
Vous constaterez que nous ne sommes pas dans un film de François OZON (l'histoire peut faire penser à celle de "sous le sable"). Le ton caustique, l'écriture décontractée, le style décomplexé et c'est follement drôle, y compris dans les situations les plus tendues.
Peu à peu Lucia va découvrir que son mari n'est pas l'homme qu'elle croyait, qu'il pourrait bien appartenir à une drôle d'organisation terroriste, qu'il pourrait aussi être malhonnête.
D'ailleurs, les gens ne sont pas ce dont ils ont l'air. A preuve, ce policier qui fait mine de l'aider, et qui est ripoux. Lucia s'apercevra aussi que l'on peut s'intéresser vraiment à elle.
Deux hommes lui en apporteront la preuve. Deux voisins.
Félix, vaillant octogénaire, vieil anarchiste qui a combattu Franco et Adrian qui a 20 ans et un corps du même âge. Le rêve pour une femme qui en a le double et qui s'était résignée à suivre toujours le même chemin. Une vie pâle et normale.
40 ans, le moment où une femme peut commencer à ressembler à sa mère. Une mère agée qui prend, de façon diabolique, possession du corps et de l'esprit de sa fille. 40 ans, l'âge où l'on disparaît, où tout vous rappelle (je cite l'auteur) une nature décadente, si proche déjà de la nature morte.
Je suis sûre que beaucoup d'auditrices qui ont déjà cet âge sont en train de s'étrangler d'indignation.
Rosa MONTERO exagère côté ravages du temps, mais elle s'amuse.
Ce livre est une profonde et belle réflexion sur le vieillissement, loin des geignements convenus.
Vivre, c'est perdre, quelque soit son âge. Tout finit. Tout sombre.
Mais la vie est merveilleuse si on n'a pas peur d'elle, disait Charlie Chaplin.
La phrase est en italique dans le livre, c'est la seule, P.129. Et ça, on ne peut le comprendre qu'avec l'âge.

Patricia Martin, France Inter


Lucía mène une enquête tambour battant autour de l'enlèvement de son mari. Drôle et lucide.
En Espagne, c'est une star des lettres : Rosa Montero, 55 ans mais une mine de gamine, journaliste de longue date à El Pais où elle signe aujourd'hui une chronique hebdomadaire, écrit depuis plus de vingt ans des romans qui marient à merveille imagination et introspection, émotion et réflexion. Sur les huit déjà publiés, dont la plupart sont des best-sellers dans son pays, c'est Le territoire des Barbares qui l'a fait connaître en France en 2002, puis l'inclassable La folle du logis en 2004, plaidoyer passionné pour l'écriture, la lecture et le rêve comme ultimes remparts contre la folie.
Avec La fille du Cannibale, Rosa Montero revient à la pure fiction non sans mêler les genres avec un brio époustouflant. Lucía et Ramon, dix ans de vie commune, s'apprêtent à passer le réveillon à Vienne - mais l'homme disparaît dans les toilettes de l'aéroport. Affolée, son épouse s'en remet à la police avant de recevoir une demande de rançon au nom d'une obscure organisation, Fierté ouvrière. Place au polar : c'est avec l'aide de ses voisins, Adrián, 20 ans, et Félix Roble, vieil anarchiste octogénaire, que Lucía va mener l'enquête. Une enquête ponctuée par les récits de Félix, alias Fortuna, ancien torero et compagnon de Durruti pendant la guerre d'Espagne, qui livre ses aventures comme autant de digressions historiques. Lucía, elle, se charge des parenthèses existentielles et sentimentales, toute à ses questions sur le sens de sa vie, assoupie auprès d'un mari insignifiant, ragaillardie par le charme ingénu du jeune Adrián, harcelée par les démons du passé - un père " cannibale " et surtout un accident de voiture fatal. " J'ignore de quelle substance extraordinaire est faite l'identité, mais c'est un tissu discontinu que nous raccommodons à force de volonté et de mémoire ", songe Lucía.
Alternance des voix pour une alternance des rôles entre trois personnages qui racontent le passage de la jeunesse à la maturité, avec ce cap de la quarantaine où les réponses semblent enfin l'emporter sur les questions. Tu parles ! suggère aussitôt Rosa Montero, tantôt grave et lucide, ironique et drôle, prompte à brouiller toutes les pistes sans renoncer à une construction en béton. Sans renoncer non plus à une profonde réflexion sur l'identité qui domine ce roman épatant dont Félix résume si bien l'idée maîtresse : " Vivre, c'est perdre. "

Delphine Feras, Lire


Une "fille du cannibale" irrésistiblement optimiste
Rosa Montero, romancière espagnole, livre un piquant portrait de femme aux allures de polar. Un livre bourré d'humour et de joie de vivre.
Imaginez: un aéroport, un vol imminent, votre mari qui va aux toilettes. Et ne revient pas. Disparition volontaire? Enlèvement? La romancière espagnole Rosa Montero feint de nous embarquer dans un polar, avec cette ouverture fracassante aux allures de fait divers. Mais La fille du cannibale prend vite la forme d'un piquant portrait de femme, bourré d'humour et de finesse. L'héroïne, Lucia Romero, auteure de livres pour enfants, est en pleine crise de la quarantaine. A la faveur de la disparition de son mari, Lucia se trouve confrontée à elle-même, à ses doutes et à ses désirs profonds. Passé le choc initial, c'est presque un soulagement pour elle. Il faut dire que leur couple bat de l'aile, depuis pas mal de temps... Elle se lie alors d'amitié avec deux voisins, résolus à l'aider dans cette épreuve. Un anarchiste octogénaire et un jeune homme de vingt ans, très naïf et très beau.
Rosa Montera a reçu le prix Primavera en Espagne, l'équivalent de notre prix Goncourt, pour ce roman, en 1997. Son épatant petit trio de personnages va mener l'enquête. Et nous entraîner de la chronique historique, à travers les confidences du vieux Félix, ancien torero hanté par la guerre d'Espagne, à une histoire d'amour sensuelle, quand Lucia et le jeune Adrian succombent à leur attirance réciproque. Lucia, double littéraire de la romancière, narre ses tribulations avec l'autodérision lucide d'une femme au bord de la crise de nerfs. Qui n'en reste pas moins foncièrement optimiste. On rit beaucoup de ses remarques acides sur la vie de couple qui s'émousse. Mais derrière la légèreté apparente, la plume alerte de Rosa Montero nous livre une réflexion sensible sur l'identité, l'étrangeté insondable de l'autre, la trahison.
C'est là toute la force de ce roman, désenchanté et désopilant à la fois. Portrait d'une génération d'Espagnols devenus adultes à la fin du franquisme. Portrait d'une femme qui voit s'enfuir sa jeunesse. Et portrait malicieux d'une écrivaine qui adore lâcher la bride à son imagination, pour mieux célébrer la vie. Revigorant.

Corinne Bourbeillon, Ouest France


Un récit est un immeuble. Pour tenir, il lui faut des fondations solides, plantées dans les tréfonds de la terre. Et aussi un art de l'empilement. Rosa Montero est une architecte hors pair. Au rez-de-chaussée, un fait divers banal : un homme disparaît dans les toilettes d'un aéroport. Son épouse, Lucia, comprend qu'il a été enlevé lorsqu'elle reçoit une demande de rançon. Quand les voisins interviennent, le texte grimpe d'un cran. A ce premier étage, le polar devient un récit historique. Un des voisins, octogénaire, livre son passé d'anarchiste espagnol. Mais Lucia écoute à peine, occupée à tomber amoureuse du second voisin. Deuxième étage : la passion et ses ravages. Ainsi de suite. Les histoires se superposent et se répondent pour donner au roman l'aspect d'une bâtisse en construction. On y croise des femmes qui se suicident en souriant, mais attention : rire à tous les étages. Les choses sont décrites avec une terrible ironie. Rosa Montero jongle avec les formes narratives, sa plume joue aux ascenseurs espiègles : elle peut revenir au rez-de-chaussée, pour reprendre l'aventure policière, s'arrêter à la comédie, avant de filer vers le drame intime. Celui de Lucia, 40 ans, à qui un vieil accident de voiture tient lieu de mémoire. A ce stade, c'est le sommet. Comme si le roman trouvait là sa forme première, surgie des entrailles du monde. Lucia pourra-t-elle enfin admirer la vue ? Gare : c'est arrivé en haut que " tout le monde descend ".

Clara Dupont-Monod, Marianne, 04/02/2006

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