Recherche
Plus d'un million de livres référencés
Lettre ouverte aux voyous

Lettre ouverte aux voyous

Suivi de L'auteur du Grisbi vous parle du milieu

Auteur : Albert Simonin

Editeur : Arlea

Cette lettre ouverte est en réalité la description d’un monde qui, désormais, n’existe pas plus que celui des personnages de La Comédie humaine. Les mœurs des voyous ont bien changées, et nos truands d’aujourd’hui ne semblent plus vraiment régis par le code de l’honneur cher à Simonin. Mais la force des grands écrivains, c’est de donner vie à des caractères, des destins trempés dans l’intemporel, et de faire lever dans le cœur des lecteurs des émotions qui, elles, ne « passeront » jamais.

Albert Simonin est un homme de haute culture qui ne s’est jamais pris au sérieux, et c’est avant tout un grand écrivain : on s’en rendra compte à la lecture de ces deux textes (suivis d’un glossaire de l’argot du Milieu). Mais si le monde des voyous fascine Simonin, c’est en premier lieu par la langue, le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe. Depuis François Villon, le Milieu a toujours connu ses « compagnons de route », et des écrivains comme les Darien, Carco et autres Boudard ont en France leur place d’honneur à la fois dans la truanderie et dans les lettres.

Ces deux fantaisies littéraires, truculentes et percutantes, méritent de rencontrer de nouveaux lecteurs, jeunes et enthousiastes, et si l’argot de ce Milieu-là peut nous sembler d’un autre âge, rien ne nous empêche de lui trouver place à côté des autres grandes « langues vertes » historiques : les jargons, jobelins, javanais, et autres verlan.

8,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
Format: Poche
140 pages
ISBN : 978-2-8695-9744-0
Les avis

Albert Simonin s’est visiblement fait plaisir avec cette lettre ouverte au mitan. Coup de pot, il nous enchante du même coup.
Cet essai date de 1966, coincé entre deux écritures de scenarii, ceux de « La métamorphose des cloportes » de Pierre Granier-Deferre (1965) et du « Pacha » de Georges Lautner, starring Jean Gabin et music by Gainsbourg (1967). Coincé sans doute, car très court, coincé mais ô combien délicat et délicieux pour cézigue dont le tympan frétille d’excitation au parlé marloupin.
La forme n’est pas celui de la lettre ouverte. Il s’agit d’un dialogue, qu’on imagine volontiers tenu une fin d’après-midi dans un bar des Champs, entre l’auteur, méfiant, provocateur, ironique, et un truand entre deux âges. Truand à la Ventura, franc, affectueux, mais la tête près du bonnet, la pogne gauche retenant celle de droite, la directe, d’empaffer le barbouilleur de pages vierges qui lui fait face.
Le fond de l’essai, le message qu’a voulu faire passer Simonin, c’est que le malfrat est bien loin, dans la réalité, de l’être pur, droit, franc, fidèle en amitié, correct quoique volage en amour, muet comme la carpe lorsque par obligation il fait un stage à la maison poulaga : « t’as entendu parler de la crampe du poignet chez les perdreaux, comme nouvelle maladie professionnelle ? (…) Ils tiennent plus les interrogatoires, les tiges, faut qu’ils se relaient à la machine à écrire tant le truand devient prolixe, raconte sa vie et celle des autres ».
Le dialogue qui forme cet essai, c’est donc celui d’un truand de cinoche, beau gosse sur le retour mais viril, oh là là, qui croit encore et toujours à un tas de trucs popularisés par Gilles Grangier & Co, face à un Albert Simonin qui lui assène ses quatre vérités : « Dis donc, innocent, je reproche, t’en es encore aux Mystères de Paris avec tes secrets du mitan. T’es l’ultime à y croire. Si je te laisse batifoler dans le légendaire, en moins de jouge, tu vas me placarder la loi du silence ! ».
Délice verbal, plaisir immense de lire une langue argotière si bien rendue, cet essai nous enivre d’air des faubourgs. A ne manquer sous aucun prétexte ! Quand on pense que certains (surtout certaines d’ailleurs) ne jurent que par Stephen King et sa littérature d’aéroport chic mais vide, je les plains sincèrement s’ils n’ont pas encore découvert la richesse qui se dégage de cette gare de banlieue là.
J’irai même jusqu’à l’élever aux cimes, ce bouquin, le poser piédestal, le maçonner palladium, l’éterniser fanal. Si t’as jamais lu du Simonin, t’as pas vraiment vécu…

NoirdePolars

Donnez votre avis