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Les triades de Shanghai

Les triades de Shanghai

Auteur : Feiyu Bi

Editeur : Editions Philippe Picquier

Dans les années trente, le jeune Tang, dit «Oeuf pourri», un adolescent ingénu, débarque de la campagne à Shanghai. Accueilli par son oncle qui l'introduit dans l'univers de la mafia, il a pour fonction de servir Bijou, maîtresse du chef du gang de la Tête du Tigre. C'est auprès de Bijou, femme artiste, chanteuse et danseuse sexy des nuits chaudes de Shanghai, orgueilleuse, capricieuse et arrogante, qu'il va apprendre la vie, dans un monde de luxe, avec ses hiérarchies, ses privilèges et ses règles surtout : un autre monde où règnent l'argent, la jalousie et la trahison tout autant que l'appétit du pouvoir. Devant ses yeux d'enfant vont se jouer progressivement des drames au cours desquels s'affrontent les ambitions et les passions de chacun. Et où chacun joue sa vie.

Le roman de Bi Feiyu a été porté à l'écran en 1995 par Zhang Yimou, sous le titre Shanghai Triad, avec Gong Li dans le rôle de Bijou.

19,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
238 pages
ISBN : 978-2-8773-0951-6
Extrait

A l'époque, ce n'était pas l'avenue de Nankin. On l'appelait simplement «la grande avenue». La majeure partie des événements que je vais vous raconter se sont déroulés près de la grande avenue. Je dois avouer que j'éprouve une affection particulière pour les vieux noms car ils ont la saveur du grand Shanghai. Certaines nouveautés plaisent, d'autres non. En tout cas, pour ce qui est des noms, noms de personnes ou noms de lieux, les anciens sont toujours les meilleurs. Ils ont un sens, un goût. Ils ont vécu. Ils sont riches de leur passé et il suffit de les tordre un peu pour en faire jaillir des histoires. Dès qu'on change les noms, leur parfum disparaît et ils n'évoquent plus rien pour nous.
Comment suis-je venu à Shanghai ? C'est le destin. Combien de ceux qui rêvent de venir à Shanghai doivent enfouir leur rêve sous la terre où il se transforme en feu follet pour voler la nuit vers la ville où ils voudraient vivre ? J'avais quatorze ans quand je suis devenu ce que les Shanghaiens appellent dans leur dialecte un chilao, terme peu élogieux qu'on n'aime guère entendre. Mais je me pose la question : serais-je devenu un petit chilao si je n'étais pas venu à Shanghai ? Qui ne rêve de venir à Shanghai, le grand Shanghai des concessions étrangères ? Il faut non seu­lement pouvoir y venir mais le ciel ne donne pas son bol de riz à celui qui ne trouve pas de travail. En outre, il faut pour survivre, apprendre à marcher dans la rue. Ne disait-on pas à l'époque : «Marcher au milieu des voitures, c'est se jeter dans la gueule du tigre.» Vous n'aviez pas sitôt entendu klaxonner que vous étiez déjà avalé par les roues avant et chié par les roues arrière. Le tigre avait eu raison de votre petite vie. Je m'égare. Les ans en sont la cause. Hélas, les paroles qui sont passées à travers les mailles du filet ne peuvent plus être rattrapées. Je reviens à ma question : comment suis-je venu à Shanghai ? C'est à cause de cette femme.

Tous les domestiques avaient entendu Bijou et le patron se disputer. La voix de Bijou semblait tout par­ticulièrement adaptée à la dispute. C'était d'ailleurs cette voix qui fascinait le patron. Il disait souvent :
- Cette gamine, sa voix caresse l'oreille comme du duvet d'oie.

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