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Trois soeurs

Trois soeurs

Auteur : Feiyu Bi

Editeur : Editions Philippe Picquier

Ce roman truculent ou la tragédie prend souvent les couleurs de la farce est un roman sur le pouvoir, ce démon de la domination des autres qui possède les hommes. Que ce soit dans le village de la Famille Wang, à la vie rythmée par les travaux des champs et bruissant des slogans de la Révolution culturelle, ou dans le Pékin des années quatre-vingt, personne ne se résigne à n'être qu'une vague de l'océan infini du peuple. Si Bi Feiyu se rit souvent de la pitoyable veulerie des hommes, il s'attache avec une attention quasi amoureuse, et une capacité d'identification surprenante, aux figures de trois femmes, trois soeurs qui usent de toutes leurs armes pour modifier le cours de leur destin, dans une Chine qui ne leur appartient pas. Yumi la dignité, Yuxiu la séduction, Yuyang le désir de réussite. Ce sont ces âmes fortes et passionnées, qui tentent avec détermination d'assurer leur pouvoir sur ce monde et sur leur propre corps, que l'auteur a choisi de regarder longtemps, avec une pertinence sensible qui fait sonner juste la corde du coeur.

9,20 €
Vendeur : Amazon
Parution :
Format: Poche
426 pages
ISBN : 978-2-8773-0952-3
Extrait

Extrait de la préface de l'auteur à l'édition française de Trois soeurs :

Ce roman rassemble trois textes qui ont d'abord été écrits séparément, Yumi, Yuxiu et Yuyang, qui ne sont autres que les prénoms de trois soeurs. Dans cette oeuvre, je décris leur destin, le destin de leur âme, de leur dignité, leur destin sentimental et sexuel. La parution de leur histoire en Chine m'a valu un titre peu flatteur, mes lecteurs me qualifiant de «tueur de sang-froid». Mais je ne suis pas un meurtrier, non. Tout l'amour qui est en moi me dit que je n'en suis pas un. Pourtant, j'ai bien écrit ces histoires, mot pour mot, et lorsque j'ai poussé ces trois jeunes filles à leur perte, je me suis rendu compte qu'un romancier se devait d'être cruel et que c'était extrêmement difficile. Décrire des personnages, c'est comme vivre avec eux, une relation sentimentale s'installe entre l'écrivain et ses héros. Cette situation place le romancier devant un choix cornélien : entre ses sentiments et le destin tragique qu'il veut attribuer à ses personnages, que choisir ?
D'après Flaubert, «pour qu'une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps». J'ai choisi de «regarder longtemps».

J'aimerais ajouter un point à mon propos et expliquer le contexte historique dans lequel évo­luent les personnages. Ce roman en trois volets porte sur deux années différentes, 1971 et 1982.
L'histoire de Yumi et Yuxiu se passe en 1971. Comment cette année-là s'est-elle imposée à moi ? 1971 est une année charnière pour la Révolution culturelle. Avant cette date, le pays était presque plongé dans un état de guerre. Après 1971, malgré la fin de cette période chaotique, la situation ne s'était pas améliorée, bien au contraire. La Révolution culturelle s'était déjà liquéfiée, teintée de rouge et coulait dans les veines de la Chine. Chaque goutte de notre sang avait appris la haine. Si l'on en croit Sartre, «l'enfer, c'est les autres». Je pense que dans certaines circonstances, l'enfer, c'est d'abord soi-même.
En 1971, je n'étais encore qu'un enfant de sept ans. Mais je ne crois pas qu'un petit garçon soit vraiment différent d'un homme de quarante ans. Parce qu'il est petit et faible, il peut être plus perspicace. Je ne suis pas en train de dire que je suis un génie, ce n'est pas là mon propos. Je veux seulement expliquer l'importance de cette date. Si au cours de ma carrière de romancier chinois j'avais omis l'année 1971, jamais je n'aurais pu me le pardonner. Dans l'histoire de Yumi et Yuxiu, je n'ai pas du tout abordé l'as­pect politique ou les massacres de la Révolution culturelle. En effet, les livres sur ce sujet ne manquent pas en Chine. J'ai juste décrit quelques situations que nous avons dû traverser, la vie ordinaire, les passages obligés, aussi nécessaires que manger ou respirer. Pour moi, le drame de la vie humaine, ce n'est pas que la route soit jonchée de mines, mais qu'elles soient enterrées sur l'unique voie que nous devons emprunter.

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