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Anna la douce
De Dezsö Kosztolanyi
Editeur : Editions Viviane Hamy
Parution le : 7 Septembre 2007

«Les héroïnes de Dezsö Kosztolanyi seraient-elles toutes des oiseaux en cage ? Après Alouette, Anna la Douce. "Mon Anna à moi", se rengorge Mme Vizy. Elle a mis la main sur une perle. Qui ne cause pas, ne mange pas, ne vole pas. Après les horreurs subies au temps du gouvernement rouge, quelle paix qu'une maison où la bonne travaille du matin au soir ! La fuite du bolchevique Béla Kun, le 31 juillet 1919, épargnait à la Hongrie le pire. Vint alors l'occupation par les Roumains... Chers Balkans paisibles ! Du moins Mme Vizy disposait-elle d'une bonne qui lui donnait une sorte de renommée, presque égale à la gloire de son mari, bientôt secrétaire d'Etat adjoint. Les affaires politiques et domestiques étaient bien engagées. Et puis, dans la nuit qui suivit la réception donnée par le nouveau sous-ministre Kornél Vizy, Anna prit un couteau de cuisine et saigna ses maîtres. Elle qui ne pouvait pas tordre le cou d'un poulet... Nous sommes loin de la désespérance feutrée de Alouette. L'immeuble des Vizy est une commode, dont Kosztolanyi ouvre, ferme, fait claquer les tiroirs ; et cette maison ocre à trois étages s'ouvre et se ferme, avec ses tiroirs, sur la vie de Budapest. Il y a peu d'action, mais un mouvement, des chassés-croisées incessants, la vie d'une ville vaincue, tout un théâtre de faussetés, de tristesses devinées. La vie, aussi, d'Anna ? Qui ne sort pas, ne "fréquente" pas, ne s'intéresse qu'à son travail. "Après tout, ce n'est qu'une bonne", dit Mme Vizy. Qui peut comprendre ? Kosztolányi fait jouer d'autres tiroirs : voici les avocats, les juges, les témoins. Est-elle folle ? Irresponsable ? Fut-elle maltraitée, mal nourrie ? Ah ! si M. Bathory, le ramoneur noble aux trois particules, l'avait épousée... Les portes de la prison claquent. Qui donc était Anna ? Que sait-on des autres ? Au dernier chapitre, devant la maison de l'auteur, trois quidams échangent à son propos trois opinions différentes. Dernière touche d'ironie. De sagesse - comme sourirait Pirandello : "Chacun sa vérité"». Il est intéressant de noter que Anna la douce fut publiée par Kosztolanyi en 1926. Presque une dizaine d'années plus tard, en France, les soeurs Papin, domestiques exemplaires, assassinaient leurs maîtres dans des circonstances atroces. Le fait divers connut une répercussion mondiale. Jean Genet en tira sa pièce, Les Bonnes...


Dezsö Kosztolányi est né en 1885 à Szabadka, ancienne province de l'Empire austro-hongrois, dans une famille noble d'intellectuels. Très tôt, il se consacre au journalisme et devient l'un des principaux rédacteurs de la prestigieuse revue Nyugat, à laquelle collaborent tous les plus grands écrivains de cette période bénie entre toutes : le disciple de Freud, Ferenczi, Karinthy, etc. La publication en 1910 de son recueil poétique, Lamentations du pauvre gosse, qui démontre déjà toute son originalité et la perfection de son style, rencontre un vif succès. Entre 1922 et 1926, quatre romans voient le jour : Néron, le poète sanglant - que préfacera Thomas Mann -, Alouette, Le Cerf-volant d'or et Anna la douce, qui accroissent encore sa renommées puisqu'ils sont traduits dans de nombreux pays. Travailleur infatigable, il multiplie les activités : il collabore à la plupart des journaux nationaux, traduit les grands poètes et romanciers étrangers, prend la présidence du Pen Club hongrois. En 1933, il publie son ultime recueil de nouvelles : Esti Kornel, mais les premiers symptômes du cancer qui l'emportera font leur apparition. Malgré une intervention chirurgicale, il meurt à l'hôpital Saint-Jean, à Budapest, le 2 novembre 1936.

  • [Poche]

  • Commentaires Amazon

    2008-08-12Note : 4/5
    Cruel
    Roman se déroulant à Budapest dans une famille de la bourgeoisie en 1919. Anna, la domestique assassine ses "maîtres" et c'est en nous comptant son arrivée dans cette famille jusqu'au drame que l'auteur essaye de nous faire sentir les raisons de ce crime.
    La société aujourd'hui a certes changée mais la nature humaine guère et ce roman est un riche inventaire des sentiments les plus bas que celle-ci peut engendrer. L'atmosphère est pesante (ceci n'étant pas simplement dû au fait que l'on connaisse le dénouement dés le départ), les personnages sont trés crédibles, l'écriture (et la traduction) sans lourdeurs. Bref un trés bon roman, trés prenant dont on ne sort pas sans émotions.

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