 | La femme héroïne De Alain Lallemand Editeur : Editions Luce Wilquin Parution le : 1 Avril 2007
Sélection Rue des Livres
Ouest de l'Afghanistan, 2 juin 2004. En bordure des champs de pavot, deux hommes attendent, armes à la main. Dans quelques instants, le véhicule 4x4 de Médecins Sans Frontières arrivera à leur hauteur et ils feront un carnage : la première balle pour le chauffeur afghan, la seconde pour la Belge sur le siège passager. Puis un feu nourri, furieux, qui ne doit laisser aucun corps présentable et entraînera dans la mort le traducteur afghan, le médecin norvégien, le logisticien néerlandais. Cinq morts, des dizaines de douilles au sol, un ciel métallique et radieux pour mieux souligner le drame. Les tueurs sont des pros : ils sectionnent les câbles de la radio haute fréquence, mais ne dérobent rien. Surtout, protéger le halo de mystère de ce crime : que la population soit déroutée, n'invoque aucun brigandage. La peur pour tout butin. Lorsque le calme revient dans la vallée, que se pressent autour du véhicule les curieux, les chefs des villages voisins puis les enquêteurs venus du chef-lieu de province, personne ne comprend. Pourquoi eux ? Pourquoi intimider les French Doctors, les contraindre peut-être à quitter l'une des vallées les plus inaccessibles du pays ? L'onde de choc opère le tour de la planète, l'attentat connaît un succès inespéré, éblouissant : après un quart de siècle de présence permanente, MSF quitte l'Afghanistan. Que s'est-il passé ? Dans cette vallée de Qadis, entre l'imam, le pharmacien du village, le chef de la police et les fermiers, entre le seigneur de guerre et son cousin le gouverneur, se joue un bras de fer qui plonge ses racines dans la guerre aux talibans mais se prolonge désormais dans les ports de Karachi. Chittagong et New York. Le commerce de l'héroïne, bien sûr. Mais s'il ne s'agissait que de cela...
Lorsque débarque à Qadis un enquêteur de l'office antidrogue des Nations unies, le franco-colombien Nacho, de très ancien cauchemars remontent à la surface. D'autres meurtres, commis à l'autre bout du pays lors de la chute du régime taliban. Une journaliste italienne abattue, des policiers ripoux, un ministre du gouvernement Karzaï impliqué lui aussi dans les trafics internationaux. Sans oublier un trafic d'armes entre l'Ukraine et les bases arrières de talibans, au Pakistan. Et cette communauté internationale qui est prête à tout absoudre pour arrêter une seule figure emblématique : Nacho sait qu'il doit ramener une tête, au risque d'étendre l'injustice et d'écraser d'autres vies. Mais c'est un peu sa vie, le sens de toute son existence que Nacho joue en ces lieux : cette victime belge, il le sait à présent, représentait cette âme amie qu'il a toujours cherché. Il ne sait à quel niveau frapper : les pontes du trafic, ministre et gouverneur, trafiquants internationaux ? Ou Nacho doit-il suivre son coeur, venger les familles et poursuivre ces intermédiaires qui ont échafaudé l'attentat, fourni les armes du crime ? Nacho, bouleversé par le sort des victimes, fait son choix. Un choix où se mêlent soif de revanche, justice à dimension humaine, mais où la moindre trahison se paie comptant. Or, Nacho a trahi.
Grand reporter au quotidien Le Soir de Bruxelles, Alain Lallemand a sillonné l'Afghanistan de 2001 à 2005, fréquenté les talibans, chefs de guerre, collecteurs d'opium et passeurs d'héroïne, étudié la percée du crime organisé dans ce pays. Jusqu'au jour où sa route a croisé un drame : l'assassinat, le 2 juin 2004, en province de Badghis, de cinq collaborateurs de Médecins Sans Frontières. Un crime sans mobile apparent. Pour MSF, un choc : la menace n'est plus politique ou religieuse, elle est désormais mafieuse. A l'été 2004, MSF quittait définitivement l'Afghanistan. Alain Lallemand enquêtera sur place, retrouvera les lieux, les témoins, suivra l'instruction et les procès liés à ce crime. Puis, à défaut de vérité judiciaire recevable et fort de sa connaissance de terrain de l'Afghanistan, il imaginera ce qu'est la réalité la plus probable. Dans ce "romanquête", tous les faits connus sont scrupuleusement respectés. Les victimes réelles tiennent leur propre rôle : la Belge Hélène De Beir, le Néerlandais Pim Kwint, le Norvégien Egyl Tynaes. Tous les fragments de l'intrigue, les cartes des trafics, les rôles secondaires sont réels. L'auteur ne s'est octroyé que deux libertés : celle d'assembler ce kaléidoscope, puis de laisser courir une plume qui transmette toute la passion amoureuse que mérite l'Afghanistan. |