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Martel en tête
De André Vers
Editeur : Finitude
Parution le : 1 Janvier 2006

« Il lui fallait bien se rendre à l’évidence, il était vieux maintenant, même sa femme le lui rappelait, sans prendre de gants.
Jusqu’à son malheur il n’avait pas eu conscience de son âge, pas conscience d’avoir changé. Les saisons en se suivant avaient usé la vie sans qu’il y prenne garde. »
Mais quel est ce malheur qui a pu à ce point changer le Bricou ? En vérité pas grand chose, un événement banal, presque insignifiant, mais pourtant cela suffit pour qu’il se mette martel en tête. Sa vie bascule. Et si les autres riaient de lui, s’il n’était plus bon à rien, et si sa femme le trompait, peut-être même a-t-il la gale...
On rit beaucoup à la lecture de Martel en tête mais, le livre refermé, on se dit qu’on est tous un peu des Bricou...

Martel en tête fut publié pour la première fois par les éditions Edmond Nalis en 1967, avec une préface de Georges Brassens, et des témoignages d’amitié de Jacques Prévert, Jean-Pierre Chabrol, René Fallet et Guy Béart.


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2007-12-12Note : 5/5
Vérité nue..
Originaire de la Haute Auvergne et approchant la soixantaine, je ne pouvais qu'aimer ce roman. Il s'agit certes d'un roman de terroir mais d'une vérité criante. Fils d'agriculteurs j'ai connu, en des temps où l'on se levait de son banc de classe pour voir passer une automobile et à l'époque où il n'y avait qu'un téléphone par village, tout ce que décrit fort admirablement André VERS dans son livre, jusqu'à l'idée de s'abonner au quotidien "La Montagne" pour faire "le pieds" au facteur qui devait parcourir les distances entre "burons" trés clairsemés en montagne. Quant au fond du roman, le drame de "Le Bricou" il est réel: c'est celui d' un homme qui a une haute idée de sa tâche -vacher-, Il doit être le meilleur et toute la contrée le connaît de renom, qui a failli. Il a failli non pas malhonnêtement mais par mégarde et c'est presque pire!! Il essaie d'échapper à l'oeil de Caïn en se montant le bourrichon: il pense avoir la gale et s'enterre dans une solitude volontaire et terrible en pensant que les autres l'évitent. C'est la dépression qui conduit tout droit au suicide par pendaison. Heureusement Jitomir veille...

2007-02-23Note : 4/5
Un insupportable sentiment dexclusion
Dans une langue authentique, au milieu des monts d'Auvergne, l'histoire nous mène avec humour et tendresse aux côtés de Bricou, ancien vacher réputé, dévoré petit à petit par la certitude d'être rejeté de tous, celui que l'on raille suite à un bien fâcheux incident. Ainsi, lentement une forme de paranoïa finit par le ronger et faire basculer toute sa vie dans un profond sentiment de solitude, convaincu de sa propre inutilité dans son milieu, parmi les siens.

À l'instar des ?uvres de René Fallet, ce petit livre nous transporte en toute simplicité dans cet univers rude et implacable du monde rural à une époque (vers les années cinquante) où le seul remède à bien des maux semblait, pour beaucoup d'hommes, être invariablement ces petits canons (plutôt des barriques pour certains) partagés avec les copains de la terre.
Pourtant, bien des détresses et des malaises sont perceptibles ! L'auteur dépeint avec justesse et ironie la vie villageoise. Il souligne la fragilité des liens qui unissent les individus d'une même « communauté » ainsi que les ravages que peut provoquer tout sentiment d'exclusion. Il pénètre avec beaucoup de pertinence la souffrance et le désespoir susceptibles d'affecter tout individu dévasté par le doute.

Paru en 1967 et préfacé en son temps par Georges Brassens, le texte a été réédité en 2006 avec cette fois une préface de Philippe Claudel. De bien éminentes introductions pour souligner la profondeur et la noblesse de l'ouvrage !


2007-01-25Note : 4/5
On l'évite comme s'il avait la gale
Ca se passe dans les montagnes d?Auvergne, par là, et le Bricou dans le temps était un fameux vacher. L?âge venant, un petit incident l?amène à se mettre Martel en tête, tant et si bien qu?une espèce de paranoïa s?installe, et le fait douter de tout et de tous. On l?évite, on se détourne, il a perdu la main, on rit bien derrière son dos. Un jour, l?illumination, il doit avoir la gale, tout simplement, la vraie. Mais au fait, c?est quoi, la gale ?...
Il y a des livres, comme ça, des petits joyaux à côté desquels on passerait complètement s?il n?existait encore des libraires qui aiment faire plaisir à leurs clients, qu?ils en soient remerciés.
Une histoire simple, mais universelle, un humour truculent, dont la politesse cache de vraies détresses, des petites touches toutes légères qui font avancer l?histoire. Du plaisir, à savourer.
« De la belle ouvrage », pour citer Philippe Claudel, auteur de la préface.

« Bien que beaucoup moins sollicité que le vétérinaire ? une femme se trouve, une vache s?achète ? le docteur Brun avait tout de même fort à faire. Sa clientèle englobait tous les villages dans un rayon d?une dizaine de kilomètres. On ne se résignait à recourir à sa compétence que dans les cas extrêmes. « La Félicie a quarante de fièvre ? Elle n?a qu?à se coucher, on avisera demain ». Le lendemain : « toujours quarante, ça s?aggrave pas. » Les jours suivants : « Quarante, ça va pas plus mal ». Souvent on l?appelait trop tard et il délivrait presque autant de permis d?inhumer que d?ordonnances ; encore celles-ci étaient-elles parfois suivies de façon singulière.
« Vous savez, Docteur, vos remèdes l?ont guéri mon homme, mais pour lui faire prendre, vous parlez d?un travail ! Il est délicat comme un marquis. J?ai tenu bon : c?est ça ou l?hôpital, que je lui ai dit. Il en faisait une de grimace, on aurait dit un âne qui broute un « espina ». Surtout rapport à ce que vous demandiez à la fin du papier : lui faire des sangsues au rectum. Au rectum, j?ai pas su, alors je lui ai faites au beurre noir. »

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