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Je suis noir et je n'aime pas le manioc
De Gaston Kelman
Editeur : Max Milo
Parution le : 17 Janvier 2004

Tous les Noirs sont supposés identiques, produits d'une tradition immuable, aimant les même choses, avec plein de trucs dans la peau et le sang, comme le rythme, le vol ou le mensonge.
Pourquoi m'enfermerais-je dans cette image qu'ils voudraient pétrifiée ? Dans le sang, je n'ai que des globules. J'ai le droit d'aimer Beethoven et pas forcément Beko-sade, comme Dupont aime la flûte des Andes. J'apprécie l'opérette et non le tam-tam ou le Griot que je ne connais même pas. J'ai le droit d'être de Dijon et pas du Zambèze. Je suis cadre et non éboueur. J'ai sur le front l'onction chrétienne et non musulmane. Quand je dis MOMO, je pense à Maurice et non à Mohamed. J'ai le droit de croire que l'on peut aimer les sauterelles de Ngomezap sans être plus sauvage que le mangeur de grenouille, l'amateur de corrida, ou le gobeur d'ortolans de braconnage... J'ai le droit de dire que les Blacks sont une fabrication hybride qu'il faut éradiquer du paysage social français. Mais surtout, j'ai au fond du coeur l'espoir qu'un jour, il deviendra évident qu'un Français peut se nommer Mamadou. Et quand on vit dans un pays, comme la France, depuis vingt, on soit considéré comme français quelque soit la couleur de sa peau.


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2008-04-05Note : 2/5
le dire c'est bien, l'écrire c'est mieux
Je suis noir et je n'aime pas le manioc ou l'affirmation des valeurs d'une culture sans racine, qui est, avec Maurice Blanc, un spécialiste des plantes hors sol dont l'apothéose réside dans la luxuriante combinaison des variétés sauvages, s'épanouissant dans une proximité, basée sur le partage des eaux, les échanges des micro molécules, une biosynthèse n'ayant qu'un objectif commun : la lutte pour atteindre au plus vite la lumière du soleil.
Réduire, comme je le fais, un livre si bien écrit, à une comparaison horticole savamment dosée, risque d'indisposer l'auteur très soucieux de maîtriser son enracinement.
J'ai ri lorsque Mamadou, toutes dents déployées, détruit les écrits de quelques pseudo ethnologues enquêtant sur les quartiers chauds de la couronne parisienne.
J'ai ri du crépu aux lèvres lippues sous la peau de cet homme s'active un caeur d'or.
J'ai ri de moi lorsque le bourguignon me bouscule mes idées de blanc-bec qui se donne bonne conscience en pratiquant la sacro-sainte charité chrétienne à travers les actions humanitaires à sa portée, au secours probable des plus démunis.
Lorsque toi, européen tu penses donner le bien, c'est à cause de la torture de ta bonne conscience, manipulée par un inconscient ségrégationniste d'ancien colonisateur refoulé.
Halte aux idiotes réflexions simplistes ; laissons s'exprimer les minorités.
ça me fait penser que je me sens refouler dans ma minorité de petits fils d'ancien émigré espagnol, tête basse, tête lasse, soucieux du seul plaisir de se sentir en pays libre, avec un travail à effectuer, en bout d'une hache ou d'une truelle, silencieusement empoignées.

Ce qui me gène chez Kelman, c'est sa propension à caricaturer le Blanc comme d'autres imbéciles caricaturent le Noir, ce sont ses termes pour moi, un homme est un singe nu debout, c'est lui qui parle de couleur.
Je le pense suffisamment intelligent pour mettre en exergue, ses propos, ces querelles de mauvais garçons qui de toute façon abrutis par l'alcool ou la mauvaise bière, ne liront jamais son livre.
Donnez-nous, monsieur Kelman, une autre faculté de votre prose savoureuse que celle des clichés rébarbatifs.
Je vous vois nettement plus intelligent que la moyenne de ceux qui se croient civilisés
A force de me sentir fautif par cette mise en accusation poussive, je tenterai à l'avenir d'oublier mes pensées soi-disantes cuculisantes (le Ferdydurke de Gombrowicz n'est pas loin),
A défaut d'être mal compris, mal interprété, je ne vois qu'une seule solution : ignorer les gens de couleur pour éviter de causer des injustices inaliénables, ou de provoquer des dégats irréparables et accepter les leçons que ne tardera pas à nous enseigner notre Kelman bourguignon.

2006-12-30Note : 4/5
Une baffe...
Je précise d'entrée que mon point de vue est celui d'un blanc, donc jamais confronté aux innombrables problèmes et vexations que Kelman énnonce. Il propose une analyse très complète et très intéressante de la condition du noir en France : il vit en France, mais n'est pas encore perçu comme Français. Au fil des anecdotes, des réflexions, on perçoit l'amplitude du problème, et ses aspects dramatiques.
Ce livre est très agréablement écrit et avec beaucoup d'humour. Il bouscule beaucoup d'idées reçues, et pousse à la réflexion quant à nos préjugés. La quasi totalité des analyses et arguments semblent pertinents, à quelques points isolés près qui sont vus de manière patiale ou exagérée, ce qui nuit à l'argumentation.
Outre les différents chapitres d'analyse, qui restent parfois un peu emêlés, je note le dernier chapitre qui propose des solutions intéressantes à cette situation, ces solutions dépendant de nos politiques.
On referme ce livre assez abasourdi de certains des exemples, tant ils montrent la bêtise de certains, et on prend aussi conscience de son propre comportement, et du point auquel nos propres préjugés participent à cette situation (quand bien même on est un antiraciste convaincu)...

2006-12-03Note : 3/5
Un ouvrage poil-à-gratter, violent, qui fait face aux idées recues
Vous ne lirez pas Gaston Kelman pour la beauté du verbe, ou pour la rigueur de son argumentation. Vous n'y trouverez pas de références précises et peu de portes sont ouvertes par l'auteur pour vous permettre de mieux appréhender par vous même les situations qu'il décrit.
Vous y trouverez le parcours de vie d'un jeune cadre noir en France, une collection d'anecdotes sur les affronts qu'il a dû rencontré, la culture au sein, et parfois contre laquelle il s'est construit. C'est un pamphlet, qui accompagne la profession de foi de l'auteur pour sa terre d'accueil, sa région d'adoption, la Bourgogne.

Les enseignements, même limités de l'ouvrage, s'apprécient avec le temps. A vivre les situations que l'auteur décrit, on se prend à penser. Et si au début, on est sceptique, voire décu, parfois en colère devant les positions de G.Kelman, on peut mieux les comprendre, et alors acquérir une vision plus globale du monde qui nous entoure. Un ouvrage qui enerve, qui démange mais qui parce qu'il dérange, apporte au débat.

2006-11-27Note : 2/5
Lassant
Le titre est prometteur et si le début du livre se lit assez facilement, rapidement on retrouve les mêmes clichés, les mêmes anecdotes et l'analyse stagne...on finit par s'ennuyer malgrès le style, l'humour et le ton caustique. Une nouvelle aurait suffit, un livre entier c'est trop long. Dommage!

2006-01-14Note : 3/5
Sans Tabous
Il y a eu des moments où j'ai hoché la tête, d'autres où je me suis dit "mouais...", d'autres encore, je me demande "comment?"...
Très justement, il dit que les enfants issus de l'immigration ne peuvent être jugés en tant que Camerounais ou Marocains, s'ils n'ont jamais mis les pieds dans le pays de leurs parents, qu'ils ne connaissent pas leur culture ou encore la langue.
Ils sont nés et ont toujours vécu en France. Alors pourquoi demander "d'où viens-tu VRAIMENT"?
Nous avons encore le choix, le droit et la liberté de choisir notre nationalité, et ne pas être constamment envoyé chez nos origines, proches ou lointaines. Mais je sais aussi que autant on pose la question aux Métis, Noirs, Maghrébins quelles sont leurs origines, autant si on a des origines Européennes, personne ne le demande.
On ne m'a jamais demandée quelles étaient mes origines autres que les Africaines. Si j'ai des origines portugaises et allemandes, tant mieux pour moi. Au fait, on me prend plus pour une Antillaise...
Ce n'est pas parce qu'on est tous Africains (ou d'origine) que nous voulons habiter dans le même immeuble. Je sais que les Angolais et les ex-Zaïrois ne feraient pas que des fêtes... Une fois, je me souviens qu'on avait interviewé un gérant d'HLM (pour Le Droit de Savoir ou Envoyé Spécial, ou quelque chose du genre) et il avait dit "On ne met pas les Blancs et les Noirs dans un même immeuble parce qu'ils ne le veulent pas. On ne va pas mettre un Serbe et un Croate sur le même palier!" J'ai été surprise par tant de logique.
Le fait que les Noirs et Métis aux cheveux crépus se les défrisent, ça ne veut pas dire qu'ils veulent se ressembler aux Caucasiens. C'est juste pour faciliter le passage du peigne (je sais de quoi je parle...).
Le fait que les Noirs et Métis ne sont plus Animistes ou très peu, ça ne veut pas dire qu'ils ont oublié leurs origines. Les religions sont personnelles, pas une question de culture. Le Sud-Africain peut être Hindouiste, le Mozambicain Musulman et l'Éthiopien Juif.

Citation, p. 108 "D'ailleurs, en Europe, même les Métis sont des Noirs, alors qu'en Afrique ils sont des Blancs".
En 2002, quand je suis partie avec ma mère en "mission" dans une province reculée de l'Angola (Moxico), elle est partie faire de la "marche" dans la ville... je suis allée avec elle tant il y avait encore le soleil et dès 18h, on ne voyait pas plus loin que son nez. Je la suivais. Mais elle voulait aller vite, alors je l'ai perdue de vue. Au Lwena, on ne se perd pas. La ville a la taille d'un village de poupées. J'allais à mon rythme quand un groupe de jeunes hommes m'ont remarquée et ont commencé à crier "hey la Blanche! Viens ici!"
J'avais déjà vécu au Portugal pendant la déferlante néonazie de 1992, où les skinheads ne se gênaient pas plus que ça pour torturer quelques "bronzés". J'avais appris à me défendre quand on me traiter de "noire". Mais je n'étais pas préparée à ce qu'on me traite de "blanche"...

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