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L'Antre des nymphes
De François de La Mothe Le Vayer
Editeur : Anacharsis
Parution le : 8 Mars 2004

Ma page est licencieuse, mais ma vie est honnête. (Ausone)

On a beaucoup prêté à la littérature des Anciens, y compris lorsqu’elle n’avait rien à rendre. Mais il s’agit, pour les doctes lettrés, de se conférer une légitimité à légiférer en toutes matières. Ceux qui s’autoproclament les autorités en littérature, en convoquant les phrases soi-disant définitives des « grands hommes » d’autrefois, fondent de la sorte leur droit à l’élaboration sentencieuse et souvent creuse du licite et de l’illicite, du permis et du licencieux, à partir de ce qu’ils estiment pouvoir être dit et devoir être tu. Ainsi se construit une morale coercitive.

Les trois textes réunis ici tissent, autour d’allégories du sexe féminin, des propos facétieux, ludiques et érudits, jouent sur toutes les gammes du langage pour revendiquer le droit à l’écriture et à la liberté de ton, comme de propos. Si l’on prêta à la description de « l’antre des nymphes » d’Ithaque, au livre XIII de l’Odyssée, le sens vertueux d’une métaphore du monde entier et des états de l’âme lors de son passage terrestre, La Mothe Le Vayer, sans chercher aussi loin, lui prête quant à lui une tout autre signification, et développe avec drôlerie ses arguments, puisés dans la dernière érudition aussi bien que dans le traditionnel fonds classique. La plainte de Tirsis à Cloris d’Adrien de Montluc adresse une ode éplorée autant que malicieuse à l’objet de son désir qui se dérobe, tandis que Claude Lepetit, dans son Histoire Allégorique visite en compagnie d’amants chagrins les recoins les plus secrets de la ville de Somatte, où gît le temple de l’Occasion, desservit par Amour et Volupté...

Ciseler, au sein d’une littérature contrainte, jeux d’esprit, parodies, allégories, et métaphores comiques, c’est revenir à la matrice de la création, c’est explorer avec gaîté, pour ces trois libertins, l’origine du monde.

Textes présentés par Jean-Pierre Cavaillé

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