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Thessalonique : Chroniques d'une ville prise
De Nicétas Caméniatès, Eustache de Théssalonique, Jean Anagnostès
Editeur : Anacharsis
Parution le : 6 Juin 2005
Sélection Rue des Livres

Textes traduits et présentés par Paolo Odorico

En l’an 904 les pirates Sarrasins de Crête, commandés par le renégat Léon de Tripoli surgissent devant Thessalonique, pillent la ville et réduisent ses habitants en esclavage ; en 1185, ce sont les Normands de Sicile qui se livrent aux mêmes massacres ; en 1430 enfin, les Turcs mettent la ville à sac et en prennent définitivement possession. De ces trois événements catastrophiques nous rendent compte trois témoins oculaires, Nicétas Caminiatès, Eusthate de Thessalonique et Jean Anagnostès. Tous trois ont connu les prémisses de l’assaut, l’installation du siège, la défense rageuse des habitants, la fuite des défenseurs, l’irruption brutale des assaillants, le meurtre et l’incendie, la capture enfin, et pour certains l’évasion hors des ruines.

Les récits formidablement saisissants qu’ils nous livrent sont comme la relation d’un même scénario trois fois répété, le scénario partagé partout et toujours par les villes assiégées enlevées par la force. Le déchaînement de la furie des attaquants, l’effroi des habitants, le courage ou la lâcheté des uns ou des autres, les sacrilèges, les carnages, les humiliations imposées par les vainqueurs se reproduisent à des siècles d’intervalle dans les mêmes rues, les mêmes places, sous les mêmes cieux. La violence dont chacun de nos narrateurs est victime a le même visage derrière le masque des Sarrasins, des Normands ou des Turcs.

Pourtant, dès lors qu’ils passent de l’expérience vécue à l’écriture, les enjeux littéraires prennent le pas sur la restitution de l’événement. Le traumatisme subi, comme apprivoisé par l’exercice d’écriture, devient instrument d’une vindicte réorientée. Sous couvert d’élaborer un écrit de mémoire, une histoire de la prise de Thessalonique, nos auteurs accusent, désignent des coupables, instruisent le procès de ceux qui, selon eux, sont responsables de la catastrophe ; ou encore ils exposent leur déchéance personnelle et en appellent à la compassion du lecteur.

Comme si l’outrage des violences infligées par les barbares - qui sommes toutes n’agissent que conformément à leur nature -, devait être recyclé dans des réquisitoires impitoyables contre le pire ennemi, celui de l’intérieur, afin que puisse s’exprimer la détresse des vaincus. Est alors clouée au pilori la soldatesque des défenseurs incapables de la ville, qui se sauvent par les égouts ou font cause commune avec l’ennemi, de même que sont évoqués les affronts, les offenses et les atteintes à la dignité des captifs abandonnés à leur sort. Le récit des malheurs collectifs se trouve inséré dans la trame plus intime des souffrances individuelles, et les blessures ne peuvent au fond être extériorisées que dans ces morceaux de littérature. Le récit historique byzantin, saturé de formules obligées, de thèmes forcés et de convenances stylistiques, se libère et atteint ici à la dimension d’un exorcisme contre la violence, devient le contexte d’émergence d’une littérature surgie de l’émotion.

Extrait

Extrait du récit de Jean Caminiatès : La flotte sarrasine arrive devant Thessalonique.
Nous étions dans ces vaines occupations lorsque arriva quelqu’un pour nous annoncer que les vaisseaux des barbares approchaient déjà du bras de mer devant l’Ekbolon. C’était le dimanche 29 juillet 6412, au petit matin. Cette nouvelle fit rapidement le tour de la ville. Tous poussaient des cris, étaient troublés, effrayés ; chacun avait des idées différentes sur la situation et les hurlait aux autres,...

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Commentaires Amazon

2008-05-31Note : 5/5
Chronique rare et passionnante
Pour les amateurs de sources directes, Thessalonique ? chroniques d?une ville prise, édité chez Anarchasis, propose pour la première fois en Français la traduction des récits en Grec des témoins des trois chutes successives de la ville byzantine de Thessalonique (la seconde ville la plus importante de l?empire Byzantin).
Le texte de Jean Camianiatès relate la prise de la ville, en 904, par les pirates musulmans de Crète. Alors que l?Empire Byzantin n?a pas encore relevé la tête, les Sarrasins pillent la ville et réduisent la totalité de sa population en esclavage. Celui d?Eustathe de Thessalonique s?attache à la mise à feu et à sang de la même ville cette fois-ci en 1185 et du fait des Normands de Sicile, ennemis jurés des empereurs Comnème. Enfin, la chronique de Jean Agnostès témoigne de la prise de Thessalonique par les Turcs, sans doute la plus violente, et de la prise de possession définitive des lieux par les Ottomans en 1430. Outre les témoignages émouvants, la valeur littéraire de ces textes médiévaux est indéniable.

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