ça saoûle un peu ! La mort d'un père peut-elle entraîner la déchéance d'un fils ? Ou l'auto-destruction serait-elle finalement un gêne ancré au plus profond de Morris Magellan ? Cadre dirigeant, marié à Mary, père de deux enfants, il vit dans une maison en banlieue chic, s'habille de costumes élégants, propre sur lui, confiant, etc... Irréprochable, quoi ! Et pourtant cet homme cache un monstre, cet homme se détruit à petits feux : Morris est alcoolique. Il tente de sauver les apparences, et se défend d'être un ivrogne - non ! "Tu travailles - et tu travailles bien. Brillamment, selon certains. Tu es admiré. Respecté." - Et pourtant ! Le drame se joue en coulisse : les nausées, le goût de boue dans la bouche, les troubles de la vue, les pertes de contrôle de soi, Morris est un homme en dérive, il est sur la corde raide, sans cesse aux aguets, méfiant et cachottier. Car il doit tenter de maîtriser son vice, lustrer son image modèle. Dans son couple ou au boulot, c'est un sang-froid infernal ! Car Morris est embarqué dans une spirale : pour pallier au stress, aux menaces de flancher, il sait qu'un petit verre de cognac va lui donner de l'aplomb ! Bref, cet homme est fichu. Son ivrognerie, sa peur, sa lâcheté et même sa sexualité sont pathétiques. De plus, il ne mérite pas sa femme, Mary, et sa patience, sa pitié et sa compréhension. Il mérite qu'elle prenne les enfants, ferme la porte à tout jamais, qu'elle le quitte et qu'il demeure seul avec sa bassine et ses éclaboussures de vomis ! Dans ce roman de Ron Butlin, rédigé entièrement à la deuxième personne du singulier, la narration, pertubante, sonne comme une voix rauque. Un peu d'outre-tombe, celle du Jugement dernier. Il y a beaucoup de solennité dans ce procédé, mais qui glace le sang. Il faut la lecture de plusieurs pages avant de s'y adapter et d'y consentir. Moi je m'y suite faite à moitié. Par contre j'ai apprécié l'ironie sous-entendue, la raillerie de cette voix. A plusieurs reprises, "Le son de ma voix" souligne le pathétisme de Morris - Non, tu ne bois pas seul, mais avec Bach, Mozart ou Beethoven ! Tout comme la "compréhension" de Mary, l'épouse dévouée, qui cherche à le sortir de sa mare boueuse, au lieu de le houspiller, elle le porte, le tient dans ses bras, et en remerciement, lui la menace de sa bouteille de vin en pleine poire ! J'aurais souhaité une fin plus violente, une radicalisation au problème, car j'ai comme l'impression que le cauchemar de Morris n'est pas fini ! Certes, cette lecture est vivifiante par son approche de l'alcoolisme chronique, de la désintégration d'un homme et de son foyer, mais elle est également poisseuse, déconcertante et dérangeante. Et pour couronner le tout, le personnage de Morris Magellan n'est guère sympathique !
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