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Le son de ma voix
De Ron Butlin
Editeur : Quidam
Parution le : 1 Janvier 2004

Morris Magellan est cadre dirigeant d'une biscuiterie en Ecosse. Il vit avec une femme qui l'aime, dont il a deux enfants , et possède une maison en banlieue chic. Il incarne la réussite. Mais Magellan est un alcoolique chronique. Rien chez lui du buveur noceur et surmené qui finit, sur le tard, par s'éteindre dans le confort bourgeois. D'emblée, on le sait perdu. Sa vie est en voie de désintégration. En quête constante de son identité réelle, s'efforçant de masquer ce qui le ronge, il compose sans cesse. Et les tentatives pour se fuir s'avèrent vaines et sont vouées à l'échec.

Avec une grande économie de moyens, Le Son de ma voix propose une vision de l'alcoolisme qui rappelle l'intensité de Sous le volcan de Malcolm Lowry.

Prix Millepages 2004 du meilleur roman étranger
Prix Lucioles 2005


  • Traduit de l'anglais par Valérie Morlot
  • Littérature étrangère
  • Extrait

    Il arrivait, chaque fois que tu tombais amoureux, que l’effort d’aimer déclenchât en toi l’énergie pour tout tenir ensemble un peu plus longtemps. Mais, après plusieurs mois ou années, quand les choses commençaient à se fissurer à nouveau, tu tombais amoureux de quelqu’un d’autre. Une nouvelle énergie se libérait et, pendant un temps, ton monde et toi étiez sauvés une fois de plus.

    Maintenant, cependant, tu as épuisé tout cela. Il semble qu’il n’y ait plus d’énergie– si tu avais découvert l’alcool plus tôt, cela aurait pu éviter quelques cœurs brisés. Pour toi, l’alcool n’est pas le problème

    – c’est la solution : qui dissout toutes les parties séparées en une seule. Un solvant universel. Un océan.

    Trente-quatre ans plus tôt, tu es né dans un petit océan et tu es venu au monde à sa plus grande marée, rejeté sur le rivage après de nombreux mois à dériver sans espoir sur la mer. Ces jours-ci, cependant, tu vis instant après instant comme un homme qui se noie. Quand tu bois, tu arrêtes de lutter et glisses petit à petit au-dessous de la surface, descendant brasse après brasse. Six pieds d’un coup; funérailles en mer. Laissant les eaux turbulentes se fermer loin au-dessus de toi, tu coules jusqu’à un doux repos au fond de la mer. Là, rien ne peut te toucher ou te blesser. Tout mouvement est ralenti, tout bruit amorti. L’anxiété et même la colère ne sont rien de plus que de douces perturbations dans l’atmosphère, presque des caresses, qui montent et refluent.

    Les moments de ta vie, tu les considères comme les divisions sur une boussole plutôt que sur un cadran d’horloge: il n’y a pas de dates ou de nombres, mais des directions, des possibilités, dont la «longévité» dépend de ton engagement aux événements, c’est-à-dire du degré de ta soûlerie. Le temps est le sentiment du désir que tu as d’être ailleurs.

    Au début, tu voulais boire l’océan pour le mettre à sec, mais tandis que tu t’y employais, toutes sortes d’horreurs – à la fois vivantes et mortes – sont
    ... Lire la suite


    Commentaires Amazon

    2005-06-16Note : 3/5
    ça saoûle un peu !
    La mort d'un père peut-elle entraîner la déchéance d'un fils ? Ou l'auto-destruction serait-elle finalement un gêne ancré au plus profond de Morris Magellan ? Cadre dirigeant, marié à Mary, père de deux enfants, il vit dans une maison en banlieue chic, s'habille de costumes élégants, propre sur lui, confiant, etc... Irréprochable, quoi ! Et pourtant cet homme cache un monstre, cet homme se détruit à petits feux : Morris est alcoolique.

    Il tente de sauver les apparences, et se défend d'être un ivrogne - non ! "Tu travailles - et tu travailles bien. Brillamment, selon certains. Tu es admiré. Respecté." - Et pourtant ! Le drame se joue en coulisse : les nausées, le goût de boue dans la bouche, les troubles de la vue, les pertes de contrôle de soi, Morris est un homme en dérive, il est sur la corde raide, sans cesse aux aguets, méfiant et cachottier. Car il doit tenter de maîtriser son vice, lustrer son image modèle. Dans son couple ou au boulot, c'est un sang-froid infernal ! Car Morris est embarqué dans une spirale : pour pallier au stress, aux menaces de flancher, il sait qu'un petit verre de cognac va lui donner de l'aplomb ! Bref, cet homme est fichu. Son ivrognerie, sa peur, sa lâcheté et même sa sexualité sont pathétiques. De plus, il ne mérite pas sa femme, Mary, et sa patience, sa pitié et sa compréhension. Il mérite qu'elle prenne les enfants, ferme la porte à tout jamais, qu'elle le quitte et qu'il demeure seul avec sa bassine et ses éclaboussures de vomis !

    Dans ce roman de Ron Butlin, rédigé entièrement à la deuxième personne du singulier, la narration, pertubante, sonne comme une voix rauque. Un peu d'outre-tombe, celle du Jugement dernier. Il y a beaucoup de solennité dans ce procédé, mais qui glace le sang. Il faut la lecture de plusieurs pages avant de s'y adapter et d'y consentir. Moi je m'y suite faite à moitié. Par contre j'ai apprécié l'ironie sous-entendue, la raillerie de cette voix. A plusieurs reprises, "Le son de ma voix" souligne le pathétisme de Morris - Non, tu ne bois pas seul, mais avec Bach, Mozart ou Beethoven ! Tout comme la "compréhension" de Mary, l'épouse dévouée, qui cherche à le sortir de sa mare boueuse, au lieu de le houspiller, elle le porte, le tient dans ses bras, et en remerciement, lui la menace de sa bouteille de vin en pleine poire !
    J'aurais souhaité une fin plus violente, une radicalisation au problème, car j'ai comme l'impression que le cauchemar de Morris n'est pas fini ! Certes, cette lecture est vivifiante par son approche de l'alcoolisme chronique, de la désintégration d'un homme et de son foyer, mais elle est également poisseuse, déconcertante et dérangeante. Et pour couronner le tout, le personnage de Morris Magellan n'est guère sympathique !

    2004-02-22Note : 4/5
    admirable
    J'ai acheté ce livre sur la foi de la préface de Irvine Welsh, que j'aime beaucoup. Butlin n'avait jamais été traduit en français, et c'est bien dommage : ce livre est un des récits les plus forts et intenses que j'ai lu sur ce thème difficile qu'est l'alcoolisme. Sans pathos, sans effets de manche, avec un style froid et direct qui prend aux tripes. Le héros est un homme banal, bon poste, foyer tranquille, et c'est ce qui rend son drame d'autant plus fort. Un texte vraiment important à mon avis, j'espère que d'autres traductions sont au programme.

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