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  Fiche livre


La version de Nelly
De Eva Figes
Editeur : Quidam
Parution le : 12 Janvier 2006

Lorsque Nelly signe le registre de son arrivée dans un hôtel étrange, elle est convaincue de démarrer une nouvelle vie. Elle s’est si bien débarrassée de l’ancienne - un possible mari, un fils éventuel - qu’elle ne se souvient de rien, pas même de son nom. Mais a-t-elle vraiment tout oublié ? A quel prix ? Et que penser de cette valise pleine de billets qui semble lui appartenir ? Avec le sentiment d’un détachement absolu, Nelly s’en va à la découverte de ce qui l’entoure. Comme dans un rêve éveillé, le monde lui est à la fois totalement étranger et très familier, parfois prégnant jusque dans les moindres détails. Nelly s’acommode de cette identité chancelante, qui lui procure un sentiment de liberté inattendue et lui offre un regard singulier sur le monde... Mais le monde est-il prêt à supporter le regard qu’elle porte ? Et la liberté de Nelly n’est-elle pas l’illusion même ?


Eva Figes est née à Berlin et s'est réfugiée en Angleterre avec toute sa famille en 1939, juste avant que n'éclate la Deuxième Guerre mondiale. Depuis, elle y vit. Elle est l'auteur de dix romans dont Days, Walking, Light (Lumière) et Ghosts (Spectres). Dans la Version de Nelly, roman subtil et ironique, d'une logique imparable, elle traite d'une façon nouvelle toute la question de ce qu'est l'identité.


  • Traduit de l'anglais par Françoise Marel
  • Littérature étrangère
  • Extrait

    Il regardait ma main glisser le long de la page alors que j'écrivais un faux nom et une fausse adresse sur le registre de l'hôtel. J'admirais mon sang-froid : je l'avais vu faire dans tellement de films, et voilà que c'était mon tour. Pas si compliqué finalement. Je m'observais, debout aux pieds de l'escalier, et admirais le calme dont je faisais preuve, la façon dont je me tenais là, détendue, confiante, peu sensible aux regards scrutateurs. Le porteur arriva pour me conduire à ma chambre, et je le suivis dans les escaliers recouverts de moquette, tout en approuvant ma progression : tête droite, assurance digne, nul faux pas. De toute évidence, j'avais une longue pratique d'hôtels autrement plus impressionnants.

    Le vieil homme en uniforme ouvrit une porte et se mit de côté pour me laisser entrer avant de déposer la valise sur le support prévu à cet effet. C'était une chambre double, assez spacieuse, qui donnait sur un espace à l'arrière du bâtiment. Je vis de la pelouse et une rangée de grands arbres à travers la fenêtre. Le porteur, toujours planté au milieu de la pièce, me regardait. Je crus détecter une lueur d'approbation dans ses yeux chassieux et vieillissants, dans son léger sourire qui révélait une dentition qui n'avait plus rien de naturel. Je ne pouvais vraiment pas lui en vouloir, et m'efforçai de le lui faire comprendre en lui retournant un sourire gracieux accompagné d'un pourboire dans le creux de la main. Le pauvre vieux confirma le plaisir que je ressentais moi-même en ma présence. Quand il me remercia, je sentis que c'était autant pour ma présence, souffle d'air frais, parfum de beauté printanière, que pour le pourboire accordé.
    « Lorsque Mr. Dean arrivera, je le ferai monter, n'est-ce pas ? »
    Je l'observai, debout près de la porte, encore à attendre, silhouette rabougrie, crâne dégarni parsemé de rares cheveux gris. Les années l'avaient voûté à jamais, et qu'il se baisse ou non ne faisait plus aucune différence. De quoi parlait donc ce type ?
    ... Lire la suite

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