Recherche
Plus d'un million de livres référencés
La toute pleine de grâce

La toute pleine de grâce

Auteur :

Editeur : L'Amourier Editions

Une jeune fille s’apprête, comme tous les soirs à l’heure où le crépuscule d’automne s’annonce, à lire l’ouvrage choisi dans la bibliothèque familiale par son grand-père, lequel est grand amoureux des livres et de la langue. Alors même qu’elle passe le seuil de la maison (on est à Montignac-Lascaux) pour gagner le jardin de lecture qu’elle a créé, Felicidad Archambault raconte comment elle en vint au goût de lire; comment la langue la bouleverse et l’accompagne; combien elle demeura privée de mots et de paroles jusqu’à ses douze ans; et ce qu’il en fut pour elle de venir au monde dans un bidonville de Santiago du Chili, d’y vivre comme mouche sous un pot, enfant-esclave de coquins pour qui tuer était ruiner d’abord la langue qui fait l’humanité de chacun; et le miracle qu’elle connut d’être un matin enlevée au désastre.

Au-delà d’un récit sur les livres et la lecture, La toute pleine de grâce est la métaphore de ce qu’il adviendrait si nous en venions à si peu aimer la langue, à si peu l’entourer que nous la perdions et que par là même nous perdions l’espèce.

18,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
212 pages
ISBN : 978-2-9151-2065-3
Extrait

Je m’appelle Felicidad Archambault. Je vis non dans le monde profane comme s’y répandent les jeunes filles de mon âge, mais au lieu dit La Larnaudie, la dernière maison retirée au-dessus de la haute falaise du Cingle qui surplombe la vallée de la Vézère, non loin de Lascaux; et en la demeure, j’habite le silence, près des miens et près des livres.
D’aucuns, gens de mon entour et de bonne foi, disent mon histoire singulière et qu’elle mérite tout bonnement d’être narrée. Poussée et encouragée, il me vint certain jour le désir et l’audace de la dérouler. Aussi l’ai-je ici déployée en un livret dans lequel je me contente de la donner à ce que je crois telle qu’elle me vint, sans fards ni grimaces.
Je demande une grâce à mon lecteur, c’est de m’entendre avant que de me condamner. J’y écris dans la langue mienne, laquelle s’apparente fort à la langue française mais se mêle d’erreurs et de fantaisies, la raison étant à cela que je fus longtemps en dépossession de toute syntaxe ainsi que le narre mon récit; et que dès que la privation cessa, passant du dépouillement à l’abondance, je choisis dès lors mes phrases, mes mots et ce qui les apprête au mieux avec une dévotion d’avaricieuse, une voracité d’enfant qui connut la famine sans recours, la craint continuellement, n’a de cesse de s’empiffrer et commet exagérations, faux pas et maladresses.
La langue de mon écrit est apatride, morte vont dire d’aucuns, une langue de livres et de recluse, une langue aux merveilles point accordée au temps, une langue opaque et que nul ne parle, mais je l’aime ainsi pour ce qu’elle me rend vivante puisque par elle une voix s’élève en mes dedans, creuse et travaille, me donne à me prononcer et à célébrer, m’évite l’asile ici-bas et me porte au plus haut de l’humanité.

Donnez votre avis