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La carte impossible

La carte impossible

Auteur : Jean-François Coubau

Editeur : Lampe de chevet

Le roman porte sur une approche de la carte de Piri Ibn Haji Mehmed dit Piri Reis, grand amiral ("reis" en turc) de la flotte ottomane au XVIe siècle et surtout connu pour son œuvre de cartographe. Lettré, il se passionnait pour les cartes et les collectionnait. Il est également l’auteur de cartes impressionnantes de réalisme pour l’époque. L'une des caractéristiques de cette carte est la figuration détaillée d'une côte connectée à la zone australe de l'Amérique du Sud, dont certains disent qu'elle ressemble à la côte de l'Antarctique, continent qui n'a été découvert officiellement qu'en 1818.

L’action se déroule de nos jours, menée sous forme d’une enquête à la suite de l’enlèvement d’une jeune femme ayant découvert un mystère historique.

Ce roman peut être lu par tous. Le livre est facile à lire et relate une aventure pleine de rebondissements. Christian et Maud traverse le monde à la recherche d’indices qui vont leur permettre de retrouver Clara, l’amie de Maud. Pour cela, ils se servent des cartes de Piri Reis et déjouent un complot international.

21,50 €
Vendeur : Amazon
Parution :
ISBN : 978-2-9189-5100-1
Extrait

El Kaher.
Le Caire.
Année 932 de l’Hégire ( ère musulmane )
Année 1554 ( ère chrétienne )

Dès l’aube, le prisonnier avait été réveillé par la voix des muezzins lançant leurs appels à la prière du matin. Les chants à la gloire d’Allah se répercutaient dans l’air déjà chaud. En bon musulman, l’homme s’était levé et avait prié dans la direction qu’il estimait être celle de la Mecque. Ensuite, il s’était assis sur sa misérable paillasse et avait attendu.
Un peu plus tard, des pas se firent entendre dans le couloir. La porte s’ouvrit et un individu vêtu à la mode arabe entra. Il était petit, brun et assez corpulent, ce qui contrastait avec le prisonnier, grand, sec et aux yeux bleus. Le visiteur s’inclina et dit :
- Que la paix soit sur toi, Effendi.
« Effendi » était un titre ottoman et non arabe. Le prisonnier fut étonné de l’entendre employer par son interlocuteur, qui visiblement n’était pas turc. Son turc était parfait avec juste une légère pointe d’accent syrien. Elle indiquait qu’il ne venait pas du golfe Arabo-Persique, mais qu’il était Levantin, comme disaient les Chrétiens d’Occident.
- Que la paix soir sur toi aussi.
Le nouveau venu sourit et répondit :
- Bien. J’ai peu de temps à te consacrer. Tu sais pourquoi je suis ici. Tes états de service envers la Sublime Porte sont impressionnants. Rarement, un chrétien converti aura autant oeuvré pour la propagation de l’Islam. Cependant, tu as commis une erreur. Car tu sais pourquoi tu es ici, on te l’a dit.
Le prisonnier sourit et répondit :
- Oui, je connais le motif ou plutôt le prétexte. J’ai levé le siège d’Ormuz et ceci n’a pas plu. On m’a traîné dans la boue. J’aurais touché une forte somme des habitants d’Ormuz et on a prétendu que j’avais détourné une partie de la somme. Mais cette accusation est fausse et je l’ai prouvé.
- Je sais, je sais. Mais sache que je suis ici pour t’aider. N’oublie pas que ce matin, tu vas être décapité. Si tu parles, tu sauves ta tête.
- Je sais parfaitement que je peux sauver ma vie si je donne ce que certains ont appelé mon « secret ». Mais je te jure qu’il n’y a pas de secret. J’ai toujours été honnête envers mon maître. Je n’ai rien à cacher, c’est tout ce que j’ai à dire.
- Arrêtes ! Je sais pertinemment qu’il y a un secret. Une partie de ton matériel a été saisi. Nos meilleurs géographes étudient en ce moment tes portulans . Ils n’y comprennent rien. Tu as codé tes informations. Allons parles, c’est la seule manière de te sauver.
Le prisonnier sourit et dit :
- Ainsi, vous en êtes déjà là. Vous n’avez pas perdu de temps. Je répète qu’il n’y a pas de secret. Ces cartes ne vous apprendront pas où j’ai caché le trésor, car je n’ai dissimulé aucun trésor. Quant aux cartes que tu qualifies de codées, c’est normal. Le secret des routes maritimes nouvelles doit être gardé. En cas de capture du navire, les ennemis ne doivent pas pouvoir lire les portulans sauf avec une grille spéciale, bien cachée. Tu le sais, toutes les marines font ça.
Le visiteur eut un geste d’énervement.
- Tu t’obstines, hein ? Au diable tes considérations tactiques ! Tu feras moins le malin lorsque le bourreau tout à l’heure te tranchera la tête. Je te répète que je suis ici pour t’aider. Je t’offre une dernière chance. Parles et tu retrouves ton poste de gouverneur d’Egypte avec les honneurs qui lui sont dus !
Le prisonnier réfléchissait. Il avait peut-être le moyen de sortir de ce mauvais pas, sans être sûr de son interlocuteur. Il ne savait pas s’il était envoyé par le Sultan ou s’il essayait d’avoir des informations pour son propre compte. Le prisonnier avait toute dévotion pour le gouvernement de la Sublime Porte, mais ne voulait pas s’engager dans une négociation dans laquelle il serait grugé. La manœuvre devrait donc s’effectuer avec prudence.
- Qui me prouve que tu viens de la part du Sultan ?
- Rien en effet. Tu dois me faire confiance, tu n’as pas le choix.
- Je veux des garanties.
Le visiteur éclata de rire.
- Tu n’es certainement pas en position d’exiger quoi que ce soit. De toute manière, si tu es honnête, la révélation de ton secret te protégera. Le Sultan est un homme de parole. Tu le connais puisque tu as été à son service.
- J’ai confiance en lui. Mais toi, c’est différent. Tu ne me feras pas grief d’accorder la confiance au premier venu, n’est-ce-pas ?
- Tu as raison de te méfier. Ceci dit, n’oublie pas que ta tête va rouler dans la poussière dans une heure. Personnellement, si ma mission échoue, je ne serai pas puni, mais toi, tu seras mort !
Malgré tous ses efforts, le prisonnier n’arrivait pas à se convaincre de la sincérité de son interlocuteur. Son « secret » n’était pas monnayable. Il était fatigué de devoir jouer au chat et à la souris avec cet homme qu’il connaissait à peine. Depuis sa capture, il avait été soumis à d’innombrables pressions pour lui faire avouer un « secret » imaginaire.
- Alors ? demanda ce dernier.
Mais son interlocuteur, les yeux dans le vague, ne répondit pas. Sans doute était-il déjà « de l’autre côté du miroir ». Voyant ceci, le visiteur sorti sans dire un mot. Le geôlier referma la porte. Le prisonnier, toujours souriant, murmura :
- Les imbéciles. S’ils connaissaient la nature véritable de mon secret.

*
Octobre1943.
Port militaire de Philadelphie, Etats-Unis.

Le temps couvert ne portait pas à la gaieté. C’est ce que se disait le premier maître, Milton Mac-Pherson. Bien que la pluie se soit arrêtée à l’aube, les nuages lourds étaient toujours là. Et comble de malheur, sa permission avait été annulée ainsi que celles de tous ses camarades. Presque tout le monde était de mauvaise humeur.
Aussi, le militaire finissait de griller une cigarette. Son chef était contre le fait de fumer en service, bien que ce ne soit pas formellement interdit par le règlement, mais le marin n’en avait cure. C’était sa manière de protester contre la suppression des permissions. Juché sur un des édifices où il devait être de garde, son regard embrassait l’immense rade, où se tenaient de nombreux bateaux de guerre. La longue houle de l’Atlantique berçait doucement les navires qui s’offraient à sa vue. Au premier plan, il y avait l’escorteur « Eldridge ». Derrière, mais assez loin, on voyait des sous-marins, deux croiseurs et d’autres escorteurs. Enfin, dans le lointain, on reconnaissait un porte-avions, impossible à confondre avec d’autres types de bâtiments, à cause sa silhouette dissymétrique.
- Pas chaud ce matin, hein ?
Mac-Pherson jeta le son mégot et se retourna. Il vit le matelot Jones qui lui souriait.
- T’as raison garçon, lui répondit-il. Dis voir, sais-tu pourquoi on a annulé les permissions ?
- Un peu, oui. On attend de « grosses légumes ». Tout le monde est mobilisé. J’ai vu plein de « Marines » dans la base.
- Tu crois que les Allemands vont débarquer ?
- Les Allemands ? Après la raclée que les Russes leurs ont flanqué à Stalingrad ? Et leurs sous-marins qui ont disparu de l’Atlantique avec ce qu’on leur a mis ? Ca m’étonnerait.
- Alors pourquoi tout ce « cirque » ?
- J’ai entendu parler d’une expérience scientifique.
- Scientifique ? T’as commencé le whisky à quelle heure ce matin ?
- Parole, j’ai pas bu une goutte !
Le premier maître n’était pas convaincu, le matelot Jones ayant l’habitude de boire plus que de raison ! Mais son attention fut bientôt attirée par de nombreuses voitures qui se garèrent devant l’escorteur. Beaucoup d’officiers supérieurs en descendirent, ainsi que quelques civils. L’un d’eux attira l’attention du premier maître par son exubérante chevelure poivre et sel.
- Dis donc, fit Jones, il a dû faire faillite le coiffeur dans son quartier !
Mac-Pherson ricana. En contrebas, les arrivants s’étaient engouffrés dans un bâtiment, sur lequel, on pouvait voir un radar fonctionner ainsi que de nombreuses antennes radio.
- Mais qu’est-ce qu’ils fabriquent donc ? demanda le matelot.
- Je n’en sais rien. J’ai simplement l’ordre de rester à mon poste. On m’a dit de noter sur un calepin tous les détails insolites que je pourrais voir. Pour l’instant comme insolite, je ne vois que toi, matelot Jones !
- Très drôle. Moi, on m’a donné l’ordre de vous assister.
- Assiste-moi donc, mon gars. Commence par me donner une cigarette ! Tu crois que tu vas y arriver ?
Pour toute réponse, son interlocuteur tendit son paquet. Le premier maître en prit une et la porta à ses lèvres. Il l’alluma et attendit. Quelques minutes plus tard, un coup de sifflet retentit.
- Ca commence, dit Jones.
- Mais qu’est-ce qui va commencer ?
Soudain, une sourde vibration emplit l’air. Elle venait de l’Eldridge. Mac-Pherson fronça les sourcils. Que se passait-il donc ? Il vit un officier de haut rang, sortir et regarder l’escorteur. Celui-ci était entouré d‘une sorte de halo verdâtre. Les vibrations continuaient de plus belle et commençaient à devenir insupportables. Le premier maître se demanda quand elles cesseraient.
- Mais qu’est-ce qu’ils font ? hurla Jones.
Son interlocuteur n’eut pas le temps de répondre. Le spectacle qui s’offrit à ses yeux, lui coupa le souffle. Jones bégaya :
- L’escorteur ! L’escorteur !
Mac-Pherson sentit sa raison vaciller . . .

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