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Sombre dimanche

Prix du Livre Inter 2013

Sombre dimanche

Auteur :

Editeur : Editions Albin Michel

Sélection Rue des Livres

La vie d'une famille hongroise à Budapest, de 1978 à nos jours. Les Mandy habitent de génération en génération la même maison en bois au bord des rails, et tous travaillent à la gare centrale. Le jeune Imre grandit dans un monde opaque de non-dits et de secrets familiaux.
A la chute du Mur, au lieu de poursuivre ses études, il se fait embaucher dans un sex shop puis rencontre une jeune Allemande qui incarne pour lui le mythe de l'Ouest libre et heureux. Mais pour les Mandy, quel que soit le régime, la vie consiste davantage à regarder les trains qui passent qu'à en devenir les voyageurs.
Un roman familial tout en dégradés de lumière, de nostalgie, de drame historique, de décalage et d'inéluctable. Du communisme au consumérisme, pas de changement pour les Mandy. Imre, type même du looser sympathique, rêveur, sensible, tendre et romantique, incarne bien une société qui n'attend rien de l'avenir mais dont l'histoire tragi-comique exprime l'impuissance à prendre sa destinée en mains.
Alice Zeniter a le sens du récit, de sa polyphonie, de sa démesure parfois, l'art du détail qui dévoile, de l'anecdote et de la formule qui révèlent les êtres dans leur contradiction et leur fragilité.

19,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
283 pages
Collection : Romans français
ISBN : 978-2-2262-4517-5
Extrait

Sombre dimanche,
Les bras chargés de fleurs blanches,
Un dimanche matin, poursuivant mes chimères,
La charrette de ma tristesse est revenue sans toi...

Imre pouvait entendre la voix du grand-père lui parvenir depuis l'extrême pointe du jardin triangulaire. Il n'avait pas besoin d'écouter la manière dont les consonnes disparaissaient dans le chant pâteux pour savoir que le vieil homme était ivre. Il beuglait la chanson avec une férocité peu commune.

Et depuis cet instant tous mes dimanches sont tristes. Les larmes sont ma seule boisson, la tristesse est mon seul pain...

La voix se mêlait au bruit du grand râteau. On entendait des coups sourds quand le grand-père heurtait la barrière avec la tête de l'outil, encore et encore. Le choc devait vibrer dans tout son corps, faire résonner sa colonne vertébrale tordue. Elle traversait son dos en diagonale comme une route qui prendrait un détour. La jambe morte du grand-père, celle qu'il traînait derrière lui avec peine, avait déséquilibré sa démarche jusqu'à imposer une pliure au chemin de ses vertèbres. Chaque activité physique causait au vieil homme des douleurs lancinantes. Mais il refusait d'arrêter de ratisser.

Les larmes sont ma seule boisson...

Le grand-père criait plus fort, et ce vers résonnait étrangement dans la bouche d'un homme que la palinka poussait à chanter. Imre savait que le grand-père en avait rangé une bouteille dans la poche arrière de son pantalon au moment de sortir dans le jardin. Une longue bouteille tubulaire, semblable à un produit cosmétique plus qu'à un flacon d'alcool.
Imre connaissait bien l'eau-de-vie du grand-père. Quelques mois auparavant, il avait ouvert la bouteille pour sentir et l'odeur lui avait brûlé l'intérieur des narines. Elle était pharmaceutique, brutale, elle remontait dans le nez en rongeant les muqueuses, en les cautérisant. Imre n'avait trouvé aucun lien entre les dessins d'abricots ronds et dorés qui décoraient la bouteille et cette senteur d'hôpital. La déception avait été violente.

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