Adam chez les blousons noirs
Editeur : L'Une et l'autre
C'est l'histoire d'un gars, aurait dit un autre, l'histoire d'une époque abolie où les Blousons noirs faisaient régner leur loi, où Paris était encore populaire et sa banlieue proche déjà un vaste univers fait de terrains vagues, de flirts, de bastons, de fumettes et d'histoires miraculeuses. Un gamin grandit au milieu de tout ça, coincé entre les fantasmes de sa grand-mère, qui veille sur lui, et les murs de la cité, qui pèsent sur lui. De manière inattendue, la lecture d'un Rimbaud salvateur et la découverte de la création du premier homme feront de lui le prince de la nuit, le maître des clochards... et le chasseur de papillons.
Extrait
Nono
J'étais encore trop petit pour pouvoir regarder par-dessus la rambarde du balcon, j'étais obligé de regarder à travers les arabesques de fer forgé qui entravaient ma vision de la cour. En plus ces dessins étaient noirs et c'était l'époque où j'avais peur du noir. C'était surtout de l'obscurité que j'avais peur, de ça et de tout un tas de choses qui étaient noires. Les gens, par exemple, s'habillaient toujours en noir quand ils voulaient qu'on remarque qu'ils étaient tristes parce que quelqu'un d'autre qu'ils connaissaient avait été enterré au cimetière. Non seulement ces dessins en fer étaient noirs mais ils étaient durs et froids. Et aussi il y avait de la poussière très sale dessus.
J'ai passé mon doigt minuscule, l'index droit, sur la poussière sèche, un peu grasse, qui s'était déposée sur le dessin en fer. La poussière semblait attendrir et réchauffer le côté dur et froid de la rambarde et elle était moins noire. Souvent je me disais qu'on devrait peindre cette rambarde en jaune ou en vert, ou mieux encore en rouge, et que si on la peignait elle se transformerait peut-être en quelque chose de merveilleux, en perroquet rouge par exemple ? Pourquoi ma grand-mère n'avait jamais pensé à repeindre cette rambarde en rouge ? Sûr et certain que si elle avait demandé à mon père de repeindre cette rambarde en rouge, que mon père, puisque c'était son fils, n'aurait pas refusé de le faire un de ces week-ends.
