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L'interprétation des meurtres

L'interprétation des meurtres

Auteur : Jed Rubenfeld

Editeur : Panama

Sélection Rue des Livres

1909 Sigmund Freud est à New York pour donner une série de conférences sur la psychanalyse. Au même moment, une jeune femme de la bonne société est étranglée après avoir été sauvagement torturée. Freud, fatigué, malade, en butte à l'hostilité de l'intelligentsia locale, se retrouve malgré lui impliqué dans l'enquête que mène l'inspecteur Littlemore...
Des bas-fonds de Chinatown aux hôtels particuliers de Gramercy Park, ce thriller à l'intrigue impeccable nous plonge dans le New York en mutation du début des gratte-ciel.

Diplômé de Princeton, Jed Rubenfeld est professeur de droit à l'université de Yale et a soutenu une thèse sur Freud. L'Interprétation des meurtres est son premier roman. Il a été publié dans une trentaine de pays et a remporté un immense succès en Angleterre.

22,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
473 pages
ISBN : 978-2-7557-0192-0
Extrait

Il n'y a point de mystère au bonheur.
Les malheureux se ressemblent tous. Une blessure d'autrefois, un désir jamais assouvi, un orgueil outragé, un amour naissant brisé par le mépris, ou pire, l'indifférence, autant de sentiments dont ils ne peuvent ou ne veulent se défaire, vivant ainsi chaque jour dans l'ombre du passé. L'homme heureux, lui, ne regarde pas en arrière. Il ne scrute pas l'avenir. Il vit dans le présent.
C'est là l'écueil. Il est une chose que le présent ne peut apporter : le sens. Bonheur et sens ne peuvent cohabiter. Pour être heureux, il faut vivre dans l'instant présent ; pour l'instant présent. Si, en revanche, on est en quête de sens - sens de ses rêves, de ses secrets, de sa vie -, il faut réinvestir son passé, braver les ténèbres, et vivre pour l'avenir, fût-il incertain. Ainsi la nature exhibe-t-elle sous nos yeux le bonheur et le sens, nous obligeant à choisir.
Pour ma part, j'ai choisi de privilégier le sens. Voilà pourquoi, je suppose, je me retrouvai parmi la foule dans le port de Hoboken, par cette torride soirée du dimanche 29 août 1909, à attendre l'arrivée du paquebot George Washington de la compagnie Nord-Deutsche Lloyd venant de Brème, qui amenait sur nos rives l'homme que je désirais le plus connaître au monde.
À sept heures, le navire n'était toujours pas en vue. Mon ami et collègue médecin, Abraham Brill, était présent, lui aussi, pour les mêmes raisons que moi. Dissimulant mal son impatience, il montrait une grande agitation et fumait cigarette sur cigarette. La canicule était insupportable, et l'air épais empestait le poisson. Une brume étrange montait des eaux, comme si l'océan s'évaporait. De sourdes cornes grondaient sur les flots lointains, dissimulées dans l'horizon caligineux. Même les mouettes, dont résonnait le cri funèbre, nous demeuraient invisibles. J'eus le pressentiment ridicule que le George Washington s'était égaré dans le brouillard, et que ses deux mille cinq cents passagers européens allaient périr noyés au pied de la statue de la Liberté. Le crépuscule se fit, mais la température ne baissa pas. Nous attendions toujours.
Tout à coup, l'immense paquebot blanc apparut, non comme un point distant, mais tel un mammouth émergeant des nuées, juste sous nos yeux. Dans un sursaut collectif, la foule recula. Le sortilège fut toutefois vite brisé par les cris des débardeurs, le bruit des amarres jetées, et le tohu-bohu qui s'ensuivit. Au bout de quelques minutes, une centaine de dockers avaient commencé à débarquer le fret.
Brill me cria de le suivre et se mit à jouer des coudes pour se frayer un chemin jusqu'à la passerelle. Ses tentatives pour se rendre à bord se soldèrent par un échec : nul ne pouvait ni monter ni descendre. Il s'écoula encore une heure avant que mon compagnon ne me tirât par la manche pour m'indiquer trois passagers quittant le navire. Le premier était un monsieur à l'allure distinguée, vêtu d'un costume blanc, à la barbe et aux cheveux gris, que je reconnus immédiatement : c'était le psychiatre viennois, Sigmund Freud.

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