L'Homme de Lewis
En rupture de ban avec son passé, Fin Macleod retourne sur son île natale de Lewis.
La mort tragique de son jeune fils a pulvérisé son mariage, impuissant et résigné, il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres qui s’élèvent en un chant tribal : il pense pouvoir ici retrouver un sens à sa vie. Mais peu de temps après son arrivée, on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière pendant une cinquantaine d’année.
Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de son amour de jeunesse Marsaili, et font de lui le suspect n°1. C’est une course contre la montre qui s’engage alors pour découvrir la vérité : l’inspecteur principal est attendu sur l’île pour mener l’enquête et il n’épargnera pas le vieil homme, atteint de démence sénile, dont les souvenirs s’effacent jour après jour. L’évocation de l’histoire personnelle de Tormad lève le voile sur un pan de l’histoire écossaise largement méconnue.
Il faisait partie des «Homers» : ces enfants orphelins ou abandonnés que l’église catholique envoyait sur les îles Hébrides. Débarqués des ferrys, avec autour du cou une pancarte indiquant le nom de leur nouvelle «famille», ils constituaient surtout une main d’œuvre gratuite et un rempart contre la consanguinité qui frappait l’archipel. Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit malade du vieil homme, le passé ressurgit, douloureux, misérable, dramatique et permet l'identifcation du cadavre, qui vient mettre fn à des décennies de vengeance.
Après L’île des chasseurs d’oiseaux (Rouergue, 2009), on retrouve ici avec bonheur la figure d’un enquêteur entier et émouvant, indécis à la croisée des chemins, tenté de construire son avenir sur les cendres du passé. L’Ecosse mystérieuse, majestueuse et sauvage est un écrin de rêve pour ces vies dans la tourmente, magistralement orchestrées par Peter May
Extrait
De loin, Gunn vit les véhicules garés sur le bord de la route. Le ciel, bleu sombre, menaçant et torturé, se déroulait, ininterrompu, au-dessus de l'océan. Sur le pare-brise, les balais des essuie-glaces étalèrent les premières gouttes de pluie. La masse anthracite de l'océan était ponctuée par la blancheur de l'écume des déferlantes qui s'élevaient de trois à cinq mètres. Dans l'immensité de ce paysage, la lumière solitaire du gyrophare du véhicule de police, à côté de l'ambulance, était insignifiante.
Au-delà des voitures, les maisons aux murs crépis de Siader se serraient les unes contre les autres pour se protéger des éléments, fatiguées mais rompues à leurs assauts sans cesse répétés. Pas un arbre ne se dressait à l'horizon. Seulement des alignements de piquets de clôture pourris le long de la route et, dans les champs déserts, des épaves rouillées de tracteurs et de voitures. Quelques arbustes chétifs, dont les racines têtues s'accrochaient au sol maigre, pointaient fièrement leurs pousses vertes, dans l'attente de jours meilleurs. Une mer de linaigrettes se mouvait en courants et en ondulations, comme l'eau sous le vent.
Gunn se gara à côté du véhicule de police et sortit au milieu des rafales. Ses cheveux noirs et épais coiffés en arrière, formant une pointe sur son front buriné, se soulevèrent sous l'effet du vent et il serra fermement son anorak noir matelassé contre lui. Il se maudit de n'avoir pas songé à prendre une paire de bottes et commença à avancer avec précaution sur le sol souple. Il sentit la morsure froide de l'eau de la tourbière s'infiltrer dans ses chaussures et tremper ses chaussettes.
Il rejoignit la première tranchée, suivit un sentier qui en longeait le rebord et contournait les tas de tourbe laissés à sécher. Les policiers en uniforme avaient planté des pieux de métal dans le sol ramolli pour délimiter le site avec du ruban de plastique bleu et blanc qui sifflait et se tordait, agité par le vent. Il perçut l'odeur de la fumée de tourbe qui provenait des fermes les plus proches, à environ un kilomètre en direction des falaises.
