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Dernières nouvelles du monde

Dernières nouvelles du monde

Auteur : Vincent Lalu

Editeur : Ramsay

Un homme souffre du temps qui passe. À ce mal, qui l'a rendu fou, un seul remède : l'homme s'installe dans un journal et en prend peu à peu le contrôle, pour tenter de ralentir le cours des choses. Mais tout s'emballe de plus belle, et l'horloge pourtant bien huilée du quotidien L'Optimiste achève de se dérégler. Dernières nouvelles du monde est une fable aussi lucide que drolatique sur la société de la communication et de la surinformation, un conte philosophique où les journalistes sont, finalement, les premières victimes de l'explosion médiatique. Écrit par un survivant, juste avant de monter dans l'ambulance.

Vincent Lalu, 59 ans, a exercé un peu tous les métiers de la presse écrite, de localier à rédacteur en chef. Ancien directeur de la rédaction du Matin de Paris, il est aujourd'hui éditeur d'une dizaine de magazines dont La Vie du rail. Dernières nouvelles du monde est son premier roman.

21,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
202 pages
ISBN : 978-2-8411-4892-9
Extrait

Un jour, j'ai laissé tomber ma montre dans une poubelle, et ma vie a changé. J'ai cessé d'évoluer dans la position d'homo erectus, je me suis courbé, mes bras se sont allongés et mes mains ont acquis l'efficacité mécanique des pinces de crabe. Je n'ai pas récupéré ma montre mais j'ai jugé inutile de continuer à la chercher : la poubelle où je l'avais perdue, ainsi que les dizaines d'autres où j'aurais pu la trouver, me renseignaient bien mieux sur le passage du Temps. Quand cela m'est arrivé, j'étais journaliste. Journaliste depuis quelques heures seulement, mais la précision s'impose, dans la mesure où c'est dans les poubelles d'un journal que j'ai perdu ma montre.
Ce n'était pas ma première visite à une poubelle. Ma croisade contre le gaspillage m'a rendu ces meubles familiers. Je les fréquente assi­dûment. J'ai été élevé dans la hantise du gaspillage. Chez moi on resuçait les noyaux, on usait tout jusqu'à la corde et on gardait la corde pour le cas où quelqu'un aurait voulu se pendre. Il paraît même que ma mère a mis mon placenta de côté pour en faire profiter ma petite soeur. Depuis tout petit, je suis dans le stockage. C'est comme ça, je n'y peux rien, je garde tout. J'ai été magasinier, collecteur de dons, banquier, receveur des impôts, confesseur, et bien sûr éboueur. J'ai même été pilote de moto crotte pour stocker ça aussi, mais un cauchemar dans lequel mon engin aspirait les déjections en prenant bien soin que la machine respecte la forme originale de la crotte m'a convaincu d'y renoncer.
À cette époque j'habitais chez ma mère, au stock de qui j'appartenais. Je ronronnais paisible, occupé seulement au comptage des cartes que la pendule murale abattait minute après minute, heure après heure, jour après jour, sans que s'interrompe le hoquet rassurant des secondes. Ce déboulé me convenait, mon rythme y trouvait sa mesure. J'étais convaincu que l'horloge faisait de son mieux.

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