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Les bois dormants

Les bois dormants

Auteur :

Editeur : Editions du Rouergue

Sélection Rue des Livres

Depuis toujours, elle s'est perdue. Bébé, ses parents l'oublient dans une fête foraine. Fillette, elle s'égare avec plaisir dans les bois. Trente ans plus tard, à l'hôpital, on la dit perdue. La tumeur, une étoile accrochée à son cerveau, l'a fait basculer dans un univers d'anges et d'ogres. Quelque chose de son enfance lui est revenu. Qu'on lui laisse oublier la rentrée des classes. Elle est partie cueillir des mûres. C'est son dernier été.

Poésie, fantaisie et parfois même humour guident Fabienne Juhel dans l'écriture de son second roman. Son premier livre, La Verticale de la lune (Zulma, 2005), avait déjà été remarqué pour son écriture onirique. Née en 1965 à Saint-Brieuc, elle est professeur de lettres dans les Côtes-d'Armor.

14,20 €
Vendeur : Amazon
Parution :
157 pages
ISBN : 978-2-8415-6862-8
Extrait

La fête foraine

Je me suis perdue. Ça devait arriver. Je me perdais souvent, avant.
Une histoire commencée très tôt avant de devenir une habitude. Une humeur aussi. Un petit héritage de famille en somme. Pas grand-chose. Un legs que personne ne vous jalouse. Et qu'on empoche. Pas la peine, pour le coup, de le formuler dans les clauses testamentaires.

Deux semaines après ma naissance, mes parents me perdent à une fête foraine.
Pas vendue ni échangée contre des tickets gratuits, mais perdue, égarée, oubliée seulement.
Le stand de tir entre la pieuvre et la grande roue. Le couffin posé sur le comptoir, Mère s'essaye à la carabine. Elle est plutôt douée, les hommes admiratifs. Père déborde de peluches géantes. Une marchandise bon marché, achetée par les forains en Roumanie. Couleurs criardes et bouches cousues. Les peluches ne sont pas des indics.
Sur les étagères des stands, les jouets clandestins font du gringue aux enfants des villes. Ils sont malins, les jouets. Mais leur gigantisme cache des vices de forme. Des oreilles de traviole, des bras dissymétriques, des teintes qui bavent.
Les bras chargés de lots atteints des pires malformations, Père a l'allure d'une créature monstrueuse remontée des origines.
Et Père serait inquiétant s'il n'était pas si ridicule. Il faut être Mère pour l'aimer encore.

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