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Le Strip-tease de la femme invisible

Le Strip-tease de la femme invisible

Auteur : Murielle Renault

Editeur : Le Dilettante

C’est l’histoire de Mélanie, de Mélanie momoche, de Mélanie trop ronde, de Mélanie Lagrange et de sa mère en absolutely hauts talons.
Acte I : elle a quinze ans. Un soir, sa copine Fanny la relooke à coups d’onguent et de ciseaux. Mais l’offensive échoue. Une séance de shopping en remet une couche dans la désespérance. Ultime espoir : le nutritionniste et un planning de dégraissage drastique. De nouveau, Mélanie des Douleurs.
Acte II : elle a alors vingt-cinq ans. Flanquée de l’inoxydable Fanny, elle tente bouboulina.com : et de trois dans l’échec amer. Survient Pascal, outsider qui, à la faveur d’une tartiflette-partie, lui ouvre à deux battants les portes du grand amour.
Acte III : trente-cinq ans, rien n’a bougé. Du gras en veux-tu, en voilà. C’est le baroud d’honneur avec l’émission Relooking extrême et sa chirurgie en direct. Mais avant cela, pour « duper les récepteurs de la satiété » (sic), introduction d’un ballon gastrique. Joie ! Ce sera, enfin, le lever de rideau sur New-Mélanie aux fesses dégonflées, à la poitrine rehaussée. Une vie chamboulée : bonheur factice et obsession pondérale. L’histoire, donc, d’un corps-à-corps avec son corps, combat fatal, combat sans fin, perdu d’avance.

17,00 €
Vendeur : Amazon
Parution :
224 pages
ISBN : 978-2-8426-3148-2
Extrait

Quinze ans

Je n'ai jamais compris en quoi une rentrée des classes pouvait être excitante. À part les fringues neuves et le nouvel agenda, j'avais beau chercher, je ne voyais pas.
«Tu n'es pas excitée à l'idée de connaître tes nouveaux profs, ton nouvel emploi du temps ? Cette année, c'est le lycée, tu vas rencontrer plein de nouvelles têtes !», m'a dit ma mère hier.
J'avais l'impression qu'elle aurait adoré y aller à ma place.
«Mouais super, les nases de l'autre cité, là, trop génial...»
Je n'avais aucune envie d'y aller dans ce lycée pourri. Je voulais aller dans le même établissement privé que ma copine Lucie, mais ma mère m'avait rabâché trente-six mille fois le couplet sur l'école publique, l'égalité des chances et d'autres conneries dans le genre. Il était hors-de-ques-tion (je détestais cette manière qu'elle avait de détacher les syllabes quand elle montait sur ses grands chevaux !) qu'elle déroge à ses principes et blablabla.
J'avais beau lui répéter les histoires sordides de racket, de drogue et même de viol qui circulaient à propos de ce lycée, c'était peine perdue, elle ne voulait rien entendre. J'étais vouée à finir étranglée au fond d'une salle de classe au nom de ses idéaux.
Ce matin, elle m'a emmenée en voiture.
«Allez, pour ton premier jour, tu ne vas pas prendre le bus !», m'a-t-elle dit tout sourire.
Ben voyons ! Au collège, tout le monde connaissait ma mère. Elle venait souvent me chercher à la sortie des classes. Trop souvent. Et au lieu de rester dans la voiture comme les autres parents, elle paradait sur le trottoir avec ses jupes trop courtes, ses décolletés trop profonds et ses talons aiguilles trop hauts. Je pressentais qu'il n'y avait aucun changement à espérer avec mon entrée au lycée.
Je suis sortie de la voiture en marmonnant un vague «Salut, à ce soir !» auquel elle a répondu avec un excessif enthousiasme dans la voix. Ça m'a donné envie de lui balancer une vanne, mais ça n'en valait pas la peine. Autant garder mes forces pour la suite des événements.