Recherche
Plus d'un million de livres référencés
Le don de Vorace

Le don de Vorace

Auteur : Félix Casanova

Editeur : Allusifs

Le don de Vorace, ouvertement invraisemblable, est une parodie du début à la fin. Il est construit sur la structure d’un monologue. Son protagoniste, Bernardo Vorace, constate, après plusieurs vaines tentatives de suicide, qu’il est immortel. Il fait cette découverte dès la première page du roman, après s’être réveillé avec une balle dans la tempe. Le reste du récit est la dérive criminelle d’un homme dépouillé de principes moraux par l’impossibilité de mourir. Avec le scepticisme propre aux adultes désabusés, il aime se moquer de la solennité qu’apprécient tant les adeptes du genre poétique. On trouve souvent parmi ses vers les étincelles du génie qui, tant d’années après, stupéfient encore le lecteur.
Nous savons par le père de l’auteur, qui a contribué à la rédaction du livre en le dactylographiant, que nombre de ses chapitres furent récités d’un jet par Casanova, pressé de le soumettre dans les délais à un concours littéraire, un des nombreux qu’il a gagné. Un livre de ce genre ne se planifie pas. On l’écrit dans un état de transe, on l’improvise dans l’énergie d’une invention agile, ou simplement le livre vient.

Traduit de l'espagnol par Marianne Millon

18,30 €
Vendeur : Amazon
Parution :
162 pages
ISBN : 978-2-9236-8206-8
Extrait

Je me sens vraiment mieux. Les virgules d’eau sur la vitre estompent le paysage, ou alors ce sont mes yeux qui déploient ce rideau de pluie autour de moi. Je crois que j’ai souri exactement comme les moribonds joyeux, mais cette fois non plus je n’arrive pas à mourir. Je parviens au comble du grotesque.
Je compte jusqu’à dix et je me propulse en avant. Mon dos semble collé au matelas avec du chewing-gum, les draps sont le prolongement de ma peau et cette sueur d’animal malade me parcourt le corps comme un péché. Je commence à harnacher la bête de mon cerveau : la monture du raisonnement, les éperons de la logique. Je me débarrasse de ma veste de pyjama comme si j’ôtais celle d’un mort. Je remonte mes pieds du fond du lit, je ne les aurais jamais crus aussi lourds. Je suis sûr qu’on me prendrait pour un zombie sortant de son cercueil. La dyspnée diminue. Je me retrouve soudain debout, en tremblant j’essaie de m’accrocher à la commode, mais il n’y a plus de commode, juste un petit tabouret qui supporte des flacons de médicaments. J’en attrape un en forme de bouteille et je le place à hauteur de mes yeux, mais je ne parviens pas à relier plus de deux syllabes. Bon sang, c’est illisible ! (J’ignore si je pense ces mots ou les prononce.) Je ne sais peut-être plus lire, amnésie totale. L’espace d’un instant, cela me semble merveilleux : ne rien savoir et recommencer. Mais, vaine illusion, la mémoire commence à tout refaire en sens inverse et les images, les voix, les noms accourent à moi comme les gens à la sortie d’un cinéma. Je finis par lire la fameuse étiquette, mais j’ai déjà oublié les premières syllabes et je n’ai pas la force de recommencer.

Donnez votre avis