Couverture du livre : Toutes les histoires d'amour du monde

Avis sur le livre : Toutes les histoires d'amour du monde

Toutes les histoires d’amour du monde, quatrième roman du médecin généraliste de 33 ans, confirme ses talents de tricoteur d’histoires, de brodeur de la vie. Avec Baptiste Beaulieu, qui n’aime rien tant que dénicher le sublime derrière le banal, reconstituer d’émouvantes trajectoires humaines, on n’est jamais très loin du conte. C’est ainsi que Jean n’hésite pas, pour sortir son père de sa mélancolie et se réconcilier avec lui, à mentir quelque peu sur les rencontres faites au fil de son enquête, tout comme l’écrivain prend quelques libertés avec le fond bien réel de cette histoire de famille. Mais si ce livre comporte une part de fiction, il se veut aussi une chasse au trésor ou une bouteille à la mer. Anne-Lise Schmitt est une véritable personne, née le 3 avril 1944 près de Cologne, en Allemagne. Le dernier chapitre aurait dû être celui des retrouvailles, il est un appel à l’aide de l’écrivain à ses lecteurs pour la chercher. « C’est une femme polyglotte, donc si elle vit encore c’est sûrement quelqu’un qui voyage et qui lit, qui a des amis français », espère Baptiste Beaulieu. Fantasme d’écrivain ? Depuis longtemps, il est persuadé qu’on peut, sous une forme ou une autre, changer la vie de quelqu’un avec un livre. Etudiant, déjà, il demandait systématiquement au patient qu’il examinait quelle était sa lecture du moment. Une façon, nous avait-il raconté lors d’une rencontre en 2017, de « le sortir de sa maladie, lui redonner ses habits de citoyen ». Ce livre changera-t-il sa propre existence ? Il marque en tout cas probablement l’émancipation de l’écrivain Baptiste Beaulieu de l’univers médical qui l’a jusqu’ici beaucoup inspiré. Des lecteurs se sont déjà lancés à la recherche d’Anne-Lise. Mais ce livre bouleversant pourrait bien avoir d’autres effets. En le refermant, on a comme une furieuse envie d’aller voir ses parents ou grands-parents pour les faire parler, leur faire raconter leur vie, tant qu’ils sont encore là.

Source : Sandrine Cabut, Le Monde