Il est parmi nous
L'impresario de seconde zone Texas Jimmy Balaban a-t-il touché le gros lot avec Ralf, le « comique venu du futur » déniché dans une boîte miteuse des Catskills ? En tout cas, il tient quelque chose. Pour peaufiner le personnage, Balaban recrute Dexter D. Lampkin, écrivain de science-fiction désabusé, et Amanda, actrice mystique reconvertie dans le coaching. Le problème, c'est que Ralf ne sort jamais de son rôle de prophète. Comme s'il était un prophète, une sorte de messie. Comme s'il venait vraiment du futur... Et quel futur ! Le pire qu'on puisse imaginer, où les derniers représentants de l'espèce humaine se sont réfugiés dans des centres commerciaux pressurisés. Un futur auquel tout le monde souhaite échapper. Pour faire passer le message et convaincre le grand public qu'il est temps d'agir, Ralph va présenter un show télévisé quotidien, « Le Monde selon Ralf », où il livre en pâture des cobayes aux visions du monde aussi différentes, voire farfelues, que les fans de science-fiction et les adeptes du New Age. Ces derniers ne sont-ils pas convaincus d'appartenir à une élite capable de sauver la planète ? Dans ce roman à l'humour si ravageur qu'aucun éditeur anglo-saxon n'a osé le publier, Norman Spinrad met en scène avec intelligence et férocité le monde du show-business et de la télévision. Quarante ans après Jack Barron et l'éternité, il n'a rien perdu de son mordant. Son regard sur notre société est toujours aussi acéré. A la fois satire, tragédie et réflexion sur l'avenir de l'humanité, à l'heure des grands périls écologiques, religieux et économiques, Il est parmi nous est sans doute le grand roman de la science-fiction. Du genre, de ses adeptes, de ses exploitants. Pourtant, derrière la dérision et le sarcasme, Spinrad exprime une immense tendresse pour son art. Ralf vient-il vraiment du futur ? Est-il l'archétype médiatique, pour ne pas dire prophétique, que mérite notre époque ? Surtout, quelle importance cela revêt-il à l'heure où l'humanité affronte la « Crise de Transformation » qui doit décider de sa survie ? Voilà bien une question réelle.
