Terre du vent. Une enfance dans une ferme algérienne 1939 1945
Editeur : L HARMATTAN
Ce livre n'a rien à voir avec la guerre d'Algérie.
C'est l'histoire d'une petite fille privilégiée, panthéiste et très indépendante d'esprit, qui vit à la campagne, dans une ferme isolée, pendant la guerre de 1939-1945. Il se trouve que cette ferme est en Algérie et non en Sologne, d'où l'évocation des oueds, des bourricots, de la poussière et du vent, des vignes, des tentes bédouines, des chacals, des casuarinas et des caroubiers. Dans cette ferme et aux environs vit, dans une assez bonne entente, une petite communauté de toutes les origines il y a même une Autrichienne, une Suissesse et une Allemande ! , de toutes les religions -musulmans, chrétiens ou juifs -, et de toutes les opinions politiques - pieuses dames pétainistes, rouges espagnols, nationalistes algériens, fascistes mussoliniens.
On y rencontre encore des jeunes filles amoureuses, des femmes battues, une réfugiée juive, des prisonniers italiens, un instituteur violent, un ouvrier ambitieux, une grande bourgeoise patriote... et même quelques fantômes. Et surtout des enfants une nuée d'enfants, garçons et filles, arabes, espagnols et français, qui vivent en grande amitié, turbulents et joyeux malgré le dénuement de la plupart d'entre eux.
Comme c'est la guerre, la ferme vit repliée sur elle-même, dans un état de relatif équilibre, alors que l'horreur se déchaîne en Europe. L'enfant se forme au milieu des restrictions, des hymnes au Maréchal et du lever des couleurs, du débarquement américain, du départ des jeunes hommes mobilisés ou engagés dans l'armée d Afrique, de l'arrivée de prisonniers italiens, de l'éveil du gaullisme, des échos de la libération de Paris ; elle exerce son jeune jugement en essayant de déchiffrer cette histoire qui la dépasse.
La petite fille observe tout cela, essaye de comprendre l'univers des adultes et la misère qu'il génère souvent ; elle s'émerveille aussi de ce paradis qui lui est donné et qu'elle peuple de présences invisibles, sensible aux saisons, à l'humeur du temps, aux infimes modifications de son jardin d'Eden. Elle mûrit, si bien qu'elle va même finir par prendre conscience, sur le mode onirique, du fait qu'elle n'est qu'un maillon de la chaîne de générations qui se sont succédées et se succèderont sur ce petit bout de terre, qui ont aimé et aimeront ces quelques arbres et ces quelques trous d'eau. Si bien qu'elle finit par percevoir, aussi, qu'il lui faudra un jour s en séparer, comme l'ont fait tous les autres.
