Très brève théorie de l'enfer: Contes de l'indigène et du voyageur II (2)

Auteur : Jérôme Ferrari
Editeur : Actes Sud

Après avoir quitté son île natale pour enseigner à Alger, un homme, mû par le désir d'un ailleurs où échapper à lui-même, prend un poste au lycée français d'Abu Dhabi et s'y installe avec femme et enfant. Bientôt, leur trajectoire effleure celle de leur employée, Kaveesha, partie du Sri Lanka trente ans plus tôt et voguant depuis de famille en famille pour subsister.
Expatrié, immigré - deux manières d'être étranger, deux mots pour dire deux mondes, séparés par un mur invisible que l'empathie ne saurait abattre.
Dans une langue acérée, ténébreuse, Jérôme Ferrari poursuit l'examen lucide de notre rapport à l'autre et livre un nouvel opus déchirant des "Contes de l'indigène et du voyageur".

L’auteur de « Où j’ai laissé mon âme » poursuit sa méditation sur les impasses éthiques du voyage, mais dans un autre cadre, avec un autre thème et sur un autre ton. Après l’île de Beauté, les Emirats arabes. Après les damnés du surtourisme, les privilèges infernaux des expatriés. Et après un monologue fiévreusement sarcastique, la confession d’un type rongé par la culpabilité face aux inégalités. De loin, le CV de cet antihéros ressemble à celui de Ferrari : il a grandi et enseigné la philo en Corse, puis dans un lycée français en Algérie avant d’obtenir sa mutation à Abou Dhabi, cette « grande ville de verre multicolore et d’acier, entre le désert et la mer brûlante ». De près, c’est un personnage assez lâche et guidé par des fantasmes d’un exotisme douteux, y compris sur le plan érotique.

15,00 €
Parution : Mars 2026
144 pages
ISBN : 978-2-3302-1638-2
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La presse en parle

Le coup de maître de Ferrari est de ne pas s’en tenir à cette critique de la raison orientaliste. C’est de lui juxtaposer la vie parallèle d’une bouleversante employée sri-lankaise qui, trente ans plus tôt, a été contrainte de s’exiler à Abou Dhabi pour élever, dans des appartements où le frigo porte un cadenas, des enfants qui ne sont pas les siens. « Combien de mondes se côtoient-ils dans ce pays, qui ne se rencontrent presque jamais ? » se demande le narrateur, confronté malgré lui à cet esclavage moderne. Comme le notait déjà Ferrari il y a une dizaine d’années, « le confort se paye toujours au prix de l’aveuglement et de l’indifférence ». Son roman est celui d’un moraliste drôlement tragique dont le lyrisme acéré ne fait de cadeau à personne. Il a le chic pour gratter, avec ironie et empathie, une bonne conscience occidentale à bout de souffle après quelques siècles de domination planétaire.
G.L Le Nouvel Obs

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