La peinture et le cri : Munch
Le célèbre tableau du Cri d'Edvard Munch, au centre de la rétrospective qui est consacrée à son œuvre, cet automne, au Grand Palais, inspire dans cet essai à Yves Bonnefoy un certain nombre de réflexions sur les pouvoirs d'évocation du son par la peinture.
Le paragone traditionnel " ut pictura poesis ", qui confronte sans les départager l'excellence de la poésie et de la peinture depuis des siècles, en ce que respectivement l'une peut restituer les pouvoirs de l'autre, est déplacé ici sur le terrain du son, du chant et du cri. Depuis la Renaissance au moins, le peinture, qui s'occupe " de choses muettes ", comme disait Poussin, a été mise au défit par les peintres de dépasser les limites qui enferment ses formes dans le silence.
La couleur a souvent été mise en relation avec la musique : leur terminologie commune en témoigne : harmonie, dissonance, etc. Les artistes, en particulier au XIXe siècle, ont été hantés par la tentation de la synesthésie : le désir de réunir une œuvre qui fasse appel à tous les sens à la fois et, pour la peinture, brise au moins le mur de silence derrière lequel les formes semblent s'être figées. De Caravage à Goya, de David à Munch puis de Bacon ou Picasso, Yves Bonnefoy interroge les raisons et les moyens de ce combat.