Crève, mon amour

Crève, mon amour

Auteur : Ariana Harwicz
Editeur : Le Seuil
Sélection Rue des Livres

Dans un coin de campagne perdu, une jeune femme lutte contre ses démons : l'ennui des jours, le tourment des nuits, le sentiment d'aliénation – à soi-même et au monde –, les pulsions de désir et de violence qui sans cesse l'assaillent et viennent peu à peu fissurer le tableau d'une vie domestique en apparence sans histoires. On la trouve instable, ingérable ; on l'appelle l'étrangère ; l'hystérique ; la folle. Et de fait, la folie est là, tapie dans les ombres du quotidien, prête à fondre à tout moment sur cette femme brûlant de liberté mais corsetée par les rôles contradictoires que la société des hommes et le carcan de la famille entendent lui faire jouer – celui d'épouse dévouée, de mère attentionnée, mais aussi celui de sorcière et de putain, éternellement jetée en pâture à la vindicte autant qu'à la concupiscence.

Monologue plein de rage et de rire noir, torrent de verbe dont le flot poétique et brutal, traversé de visions fulgurantes, brise toutes les idoles et met à mal toutes les conceptions figées dans lesquelles notre monde patriarcal s'échine à enfermer les femmes, Crève, mon amour est un roman d'une insolence radicale et incorruptible. Qu'elle heurte jusqu'à l'insoutenable ou qu'elle séduise jusqu'à l'envoûtement, cette nouvelle voix puissante ne pourra en tout cas laisser personne indifférent.

Traduit de l'espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon
18,00 €
Parution : Janvier 2020
208 pages
ISBN : 978-2-0214-2497-3
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La presse en parle

En de courts chapitres nourris par une écriture à la hache, Harwicz brosse le portrait d’une maternité vampirisante, qui donne sens à l’existence de sa narratrice autant qu’elle la contraint. Symbole de cette sclérose : la maison familiale aux airs de sarcophage, où l’essentiel du drame se joue, et sa baie vitrée, mur infranchissable entre la mère et le monde.
Tout le talent de la romancière consiste à mettre au jour la part de bestialité d’un personnage qui, à défaut d’une identité propre (nom, travail, origines…), se voit réduit à de simples instincts. Qu’elle évoque la liaison adultère de sa protagoniste, en manque de sexe, ou ses escapades dans la forêt avoisinante, et c’est toute l’animalité de cet être qu’elle fait surgir avec éclat, dans une prose hypnotisante où se brouillent réalisme et fantasmagorie. Davantage que le récit d’une maternité troublée, Ariana Harwicz signe ici le roman cathartique d’un douloureux accouchement de soi.
Ariane Singer, Le Monde

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