Trois cœurs battant la nuit

Auteur : Aurélien Manya
Editeur : Gallimard
En deux mots...

Marseille, juillet 2054. À la suite d’une succession de graves crises économiques, les États de l’Europe occidentale se sont effondrés les uns après les autres. Nouvelle capitale de la France depuis l’indépendance de Paris, la cité phocéenne est le théâtre d’une guerre civile qui dure depuis trois longues années.

15,00 €
Parution : 18 Février 2021
160 pages
Collection : L'Arpenteur
ISBN : 978-2-0728-8564-8
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Présentation de l'éditeur

Marseille, 2054. Rongée par une guerre qui dure depuis trois ans, la cité phocéenne sombre peu à peu dans le chaos. Les fascistes assoient leur mainmise sur le sud de la ville tandis que les rebelles menacent de renverser le pouvoir néolibéral et militaire qui contrôle le pays. Sur le port, des centaines de migrants tentent d'embarquer chaque jour pour quitter l'Europe agonisante. Sohan, un jeune insurgé engagé dans la résistance, s'apprête à quitter clandestinement la ville pour aller chercher de nouveaux soutiens de l'autre côté de la Méditerranée. Au coeur de la même nuit, Layla, une artiste vidéaste, est prise dans une attaque terroriste. À quelques kilomètres de là, Stella parvient à s'enfuir d'un camp de concentration construit sur les plages. Dans un tourbillon nocturne où la température avoisine les cinquante degrés, les trois destins vont se croiser et se fondre aux périls de leurs vies. Et être à jamais bouleversés. Trois coeurs battant la nuit est un roman d'anticipation immédiate, une dystopie sur le naufrage de nos sociétés européennes. Le désastre climatique, la crise politique, les flux migratoires sont inversés, c'est le Nord qui est en péril. La question de l'identité et de la perte des libertés est au coeur de ce roman qui dessine avec lucidité et noirceur le paysage de notre avenir proche.

Extrait

Comment tu peux supporter que d’autres décident à la place de ton cœur ?
il suffit d’un signe, une infime ressemblance qui surgit au coin d’un visage, et la question de Layla revient comme une morsure. L’inconnue fuit mon regard, disparaît au bout de la rue. Un homme me bouscule, je serre le poing, je n’ai pas fait tout ce chemin et pris autant de risques pour me perdre dans mes pensées. pour m’égarer aux côtés de son fantôme. Je jette un coup d’œil à ma montre, presque cinq heures déjà, je dois me grouiller. Je me dirige d’un pas pressé vers les anciens docks. La foule se fait plus compacte. Je n’en peux plus de cette ville. Demain matin, je l’aurai effacée de ma vie.
Le passage d’un blindé soulève un nuage de poussière. Je me frotte les yeux, ces satanées lentilles me démangent. Je crève d’envie de les enlever, mais ce serait de la folie. Le voile se dissipe, laissant apparaître devant moi un capteur accroché à un lampadaire. il étudie chaque visage, mais, grâce au brouilleur intégré à mes lentilles, il me prend pour quelqu’un d’autre. Un citoyen-mouton qui n’a rien à se reprocher.
Je dépasse un vieillard qui agite des laissez-passer. Autour de lui, une famille se dispute, des enfants tirent son manteau. Des curieux flairent le bon plan et s’approchent. Tous membres d’une constellation d’espoirs qui descend chaque jour dans cette zone pleine de promesses.
ce bord du monde.
On l’appelle « le quartier des hôtels » à cause des multiples établissements qui débordent de candidats à l’exil. ici autrefois s’élevait un port de commerce glorieux. Avant que la grande roue du néolibéralisme tourne, broyant les dockers et renvoyant les marchandises vers des quais plus rentables. À la suite de ça, à la fin du siècle dernier, le port s’est peu à peu transformé en paradis capitaliste, avec ses centres commerciaux clinquants d’un côté et son pôle économique de l’autre. Mais aujourd’hui, terminé l’éden des vendeurs d’argent, place au paradis des commerçants de l’exode et des marchands de sommeil. Derrière les murs qui m’entourent, selon votre budget, vous avez le choix entre différents standings, ça peut aller d’un matelas infesté de puces dans un supermarché réhabilité à une suite cosy aménagée pour les plus riches dans d’anciens bureaux. On vient des quatre coins de la france, des hommes et des femmes désireux de trouver un moyen de partir. certains sont contraints de prendre une chambre ici alors qu’ils habitent Marseille, mais pas dans la même zone... Des migrants débarquent de plus loin, de toute l’Europe, et beaucoup se retrouvent piégés, ne pouvant plus quitter la ville faute de visa de sortie.

Informations sur le livre