Climax

Auteur : Thomas B. Reverdy
Editeur : Flammarion

Ce n'est pas vraiment une ville, plutôt une sorte de village de pêcheurs aux maisons d'un étage, en bois peint de couleurs vives, nichées au creux d'un bras de mer qui s'enfonce comme une langue, à l'extrême nord de la Norvège. C'est là que tout commence, ou plutôt que tout semble finir. Ça a débuté avec l'accident sur la plateforme pétrolière, de l'autre côté du chenal. Ça continue avec cette fissure qui menace le glacier, ces poissons qu'on retrouve morts. Quel est le lien entre tous ces événements ? C'est en tant qu'ingénieur que Noah, enfant du pays, va revenir et recroiser la route de trois de ses anciens amis, comme au temps où il était le maître de leurs jeux de rôles, Sigurd, du nom de cette maudite plateforme.

20,00 €
Parution : Août 2021
336 pages
ISBN : 978-2-0802-5042-1
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Extrait

9 septembre
Ce n'est pas vraiment une ville, plutôt une sorte de village de pêcheurs aux maisons d'un étage, en bois peint de couleurs vives, nichées au creux d'un bras de mer qui s'enfonce comme une langue, comme si c'était l'embouchure d'un fleuve, mais il n'y a pas de fleuve, juste des montagnes encerclant cette langue de rivière salée qui plonge dans les terres en se ramifiant selon des méandres complexes, juste les montagnes et le glacier, au fond de la vallée, qui tombe dans ce faux estuaire. Un de ces fjords qui se remplissent de brume en hiver, au nord de Tromsø et du cercle polaire, où la nuit dure presque trois mois. C'est une sorte de village portuaire qui a fini par s'étendre ces dernières années parce que son chenal avait du fond et qu'on a construit sur l'autre rive tout un port de commerce moderne, avec des immeubles et des docks, des digues d'appontement et d'immenses réservoirs de béton, un des premiers ports de l'arcoil, le pétrole de l'Arctique, après ceux des Russes en Sibérie, suivant l'exemple de Myrkenes à la frontière, depuis que le passage du Nord-Est promet de s'ouvrir durablement l'été avec la fonte de la glace de mer.
Entre la banquise côtière et celle-ci, le pack de bourguignons et de glaces dérivantes qui emprisonnait autrefois les grands navires des expéditions, transformant peu à peu l'océan Arctique, au fil de l'hiver, en un glacier flottant et terrible, parcouru de crevasses, de congères, d'icebergs et de crêtes de compression soulevées comme des montagnes, ce dédale de glaces qui ne laissait autrefois que l'espoir d'un répit d'eau libre, l'été venu, ce monstre qui a englouti tant de héros ne gèle aujourd'hui plus que quelques mois par an, au-dessus de la Sibérie, plus à l'est. La découverte d'un champ pétrolifère offshore, au large des îles qu'on aperçoit par temps clair à l'horizon, a encore accéléré les choses.
Le village s'est agrandi. La rive moderne s'est agrandie. C'est là que l'hélicoptère jaune et rouge du secours en mer a déposé tout à l'heure un jeune ouvrier russe de la plateforme, sanglé sur un brancard, à l'abri d'une couverture de survie remontée jusqu'au nez, et deux autres corps dans de grands sacs noirs zippés jusqu'en haut, comme du matériel de camping ou de pêche, mais sur des brancards aussi: on ne transporte pas les cadavres à bout de bras, même si l'un des deux sacs, il faut bien le dire, n'est rempli que de morceaux de corps pour être exact, et pas vraiment de quoi le reconstruire en entier façon créature de Frankenstein, car à vrai dire on n'avait retrouvé, dans les décombres de la passerelle presque totalement détruite, que le torse de l'homme dont les jambes, le bassin ainsi qu'un bras avaient été arrachés dans la chute de l'arbre de forage à travers la structure, si bien que ne restaient, dans le sac, que le tronc et la tête en somme, l'abdomen sectionné comme celui d'un ver, tout mou et vidé en dessous des côtes, les vertèbres arrachées du bassin dépassant comme une queue d'os et d'esquilles maculés de sang.

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