Les femmes de pouvoir sont dangereuses

Auteur : Dominique Gaulme
Editeur : Flammarion

" Les femmes sont-elles meilleures gouvernantes que les hommes ? Ou ne serait-ce qu'en raison des difficultés qu'elles éprouvent d'aller jusqu'au sommet, seules les plus exceptionnelles y par viennent ? Comme l'écrivait Françoise Giroud : "La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente". " Dominique Gaulme

29,90 €
Parution : Novembre 2020
160 pages
ISBN : 978-2-0815-1450-8
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Extrait

« Qu’une femme se mêle de la politique est aussi scandaleux qu’une poule qui se mettrait à chanter à la place du coq. » Ce doit être vrai puisque c’est Confucius, l’immense philosophe chinois, qui le disait. Et il n’était pas le seul. L’Ancien Testament est un manifeste de misogynie tranquille et saint Paul expliquait : « L’origine de tout homme, c’est le Christ; l’origine de la femme, c’est l’homme; l’origine du Christ, c’est Dieu » (I Corinthiens 11, 3). On rajoute une petite louchée de saint Thomas d’Aquin, empruntée sans doute à Hippocrate : « Tota mulier in utero 1 », et on retourne ravauder les chaussettes de son homme ! On va s’épargner les horreurs proférées ici et là, au fil des siècles, avec une mention spéciale à Napoléon Ier, pour qui les femmes n’étaient que des ventres bons à faire des enfants.
C’est peut-être pour avoir trop écouté ce genre de discours que la reine Christine, que l’on imagine rayonnante (merci Greta Garbo !) et féministe, se sentait si mal, au point d’écrire : « Il est presque impossible qu’une femme se puisse acquitter dignement des devoirs du trône. [...] L’ignorance des femmes, la faiblesse de leur âme, de leur corps et de leur esprit, les rendent incapables de régner.
[...]
Ma propre expérience m’a bien appris que le défaut du sexe est le plus grand de tous les défauts.» Et pour celles qui n’auraient pas saisi, dans ses Maximes, elle qualifie la loi salique de « très juste ». Merci pour les Françaises qui n’ont toujours pas pu accéder au pouvoir suprême au xxie siècle, sauf de façon temporaire, comme régentes, en attendant la majorité de leurs fils.
Certes la loi salique est une exclusivité française, mais on ne peut s’empêcher de remarquer qu’il n’y a que très peu d’endroits où l’on s’est dit un beau matin : « Et si on choisissait une femme pour diriger notre pays, notre tribu, notre peuple...?» En cherchant bien, on trouve le monde celte et la Polynésie. Ailleurs, il s’agit de circonstances très particulières.
Au XVIIIe siècle, qui peut être qualifié de « philogyne », cinq tsarines se succèdent à Saint-Pétersbourg. En France, sous le règne de Louis XV, le pouvoir est partiellement dans les mains de Mme de Pompadour tandis que l’Autriche-Hongrie vit sous la férule de l’impératrice Marie-Thérèse. Parallèlement, on célèbre des femmes peintres comme Élisabeth Vigée-Lebrun et la pastelliste renommée Rosalba Carriera, des femmes tenant des salons comme « Le Royaume de la rue Saint-Honoré » de Mme Geoffrin et, vers la fin du siècle, des femmes aristocrates ou bourgeoises qui ont laissé des Mémoires à l’époque de la Révolution.
Passée cette époque, les femmes rentrent dans l’ombre. La Russie ne semble peuplée que d’hommes. On connaissait vaguement la silhouette rebondie de Nina Khrouchtcheva et on admirait l’élégance de Raïssa Gorbatcheva. Aujourd’hui, c’est fini. Même en France, le général de Gaulle – qui donna le droit de vote aux femmes – aurait dit d’une de celles qui influençaient la IIIe République à l’agonie :
« C’était une dinde, comme toutes les femmes qui font de la politique ! »
Désormais, les femmes arrivent au pouvoir dans le monde entier même si au début de l’année 2020, seuls 15 pays sur 193 sont dirigés par une femme.
Le magazine Forbes s’est même risqué à dire que la gestion de l’épidémie du Covid 19 a été plus efficace dans les pays gouvernés par des femmes : Nouvelle-Zélande, Taiwan, Allemagne, Islande, Finlande, Norvège et Danemark. On ne peut en dire autant des machos flamboyants comme Donald Trump aux États-Unis, Jair Bolsonaro au Brésil et Boris Johnson en Grande-Bretagne.
Les femmes sont-elles vraiment meilleures gouvernantes que les hommes ? Ou ne serait-ce qu’en raison des difficultés qu’elles éprouvent d’aller jusqu’au sommet, seules les plus exceptionnelles y parviennent ? Comme l’écrivait Françoise Giroud : «La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. »

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