En automne

Auteur : Karl Ove Knausgaard
Editeur : Denoël

« Les parents donnent la vie à l’enfant, l’enfant donne de l’espoir aux parents. Cela te paraît lourd à porter ? Ça ne l’est pas. L’espoir est inconditionnel. »
La fille de Karl Ove Knausgaard est sur le point de voir le jour. En attendant sa naissance, son père entreprend de lui raconter le monde. Les grenouilles, le crépuscule, les chewing-gums, la solitude, la guerre, les étoiles… Rien n’est trop petit ni trop vaste pour susciter l’attention du romancier qui évoque aussi sa vie quotidienne avec sa femme et ses enfants dans la campagne suédoise.
Premier volume du « Quatuor de saisons », En automne donne à voir les émerveillements d’une paternité naissante dans une nature qui jette ses derniers feux.

Traduit du norvégien par Loup Maëlle Besançon
22,00 €
Parution : Septembre 2021
272 pages
ISBN : 978-2-2071-6074-9
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Extrait

Au moment où j’écris ces lignes, tu ne sais rien de rien, ni de ce qui t’attend, ni du monde dans lequel tu vas naître. Et moi, je ne sais rien de toi. Je n’ai vu qu’une échographie et ai posé la main sur le ventre qui t’abrite. Il reste six mois avant ta naissance et tout peut arriver dans ce laps de temps, mais je crois que la vie l’emportera et que tout se passera bien, que tu seras un nouveau-né en bonne santé et vigoureux. Voir le jour, dit-on. Quand Vanja, la plus grande de tes sœurs, est venue au monde, il faisait nuit dehors, une obscurité chargée de neige tourbillonnante. Juste avant qu’elle ne montre le bout de son nez, une des sages-femmes m’a pris par le bras : « Vous la réceptionnez », m’a-t-elle dit, ce que j’ai fait, un tout petit bébé a glissé entre mes mains, aussi lisse qu’un phoque. J’étais tellement heureux que j’en ai pleuré. Heidi est née un an et demi plus tard, à l’automne, sous un ciel couvert, par un temps aussi froid et humide qu’il peut l’être en octobre, elle est arrivée le matin, l’accouchement a été rapide. Quand sa tête est apparue, alors que le reste de son corps demeurait invisible, elle a émis un petit bruit avec les lèvres, je garde de ce moment le souvenir d’une joie intense. John, comme se prénomme ton grand frère, a vu le jour dans une cascade d’eau et de sang, la pièce ne comportait aucune fenêtre, j’avais un peu l’impression d’être dans un bunker, et quand je suis sorti pour téléphoner à vos deux grands-parents, j’ai été surpris de la lumière à l’extérieur, et que la vie suive ainsi son cours, comme s’il ne s’était rien produit de particulier. La pendule devait afficher dans les cinq ou six heures, nous étions le 15 août 2007, à Malmö, où nous avions emménagé l’été précédent. Plus tard dans la soirée, nous avons migré dans un hôtel réservé aux patients de l’hôpital et, le lendemain, je suis parti chercher tes sœurs qui ont trouvé très drôle de poser un lézard vert en caoutchouc sur la tête de leur frère. Elles avaient alors deux et trois ans et demi. J’ai pris des photos, on te les montrera.
Ainsi ont-ils vu le jour. Ils sont grands à présent, le monde leur est désormais familier, le plus étrange est qu’ils soient si différents, des personnes à part entière, à nulle autre pareilles, et ce depuis toujours, dès le début. Je suppose qu’il en ira de même pour toi, que tu es déjà celle que tu deviendras.

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