Génération zombie

Enquête sur le scandale des antidépresseurs
Auteur : Ariane Denoyel
Editeur : Fayard
En deux mots...

Et si votre antidépresseur pouvait vous rendre suicidaire ou violent, tuer vos émotions et détruire votre vie sexuelle ? C'est ce qu'Ariane Denoyel nous révèle dans cette enquête saisissante.

20,00 €
Parution : 14 Avril 2021
306 pages
ISBN : 978-2-2137-1839-2
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Présentation de l'éditeur

Plus d’un Français sur dix est sous antidépresseurs. La plupart du temps, ce sont des « ISRS », de la famille du Prozac, du Deroxat, du Zoloft... Des médicaments souvent peu efficaces, et surtout – cette enquête le démontre – qui peuvent être très dangereux : émotions anéanties, tendances suicidaires, pulsions de violence, voire de meurtre. Sans parler d’autres effets indésirables graves, comme l’impuissance et la perte de la libido. À toutes ces personnes, on dit pourtant : « C’est la dépression qui vous fait ça, pas l’antidépresseur. »
C’est faux.
Pour cette enquête, Ariane Denoyel a recueilli les témoignages des victimes de ce naufrage sanitaire, aggravé par la crise du Covid-19. Médecins et spécialistes du monde entier dénoncent enfin dans ce livre, preuves à l’appui, un scandale public.
En dévoilant les coulisses de l’industrie pharmaceutique, l’organisation douteuse de nombreux essais cliniques et les choix partiaux des revues scientifiques, l’autrice brise le mur du silence. Et met au jour une catastrophe de santé publique.

Extrait

Les psychotropes, plus dangereux que le Covid-19

Le 19 avril 2020, les médias ont annoncé que le total des décès en France dus à quatre mois d’épidémie de Covid-19 approchait les 20 000 personnes. Tous ceux qui ont entendu cette information ont sans doute été frappés par ce nombre rond et par la tragique réalité qu’il recouvre, par ce franchissement d’un seuil de plus. Ils ont sans doute pensé aux familles, aux proches. Peu se sont rendu compte que 20 000 morts, c’est aussi le total annuel estimé, dans notre pays, des décès dans lesquels sont impliqués des médicaments prescrits sur ordonnance. Des morts souvent évitables, contrairement à celles entraînées par un nouveau virus que l’on connaît mal.
Mais cette autre épidémie, tout aussi fatale et qui nous frappe depuis plusieurs décennies, est silencieuse. La surmédication nous tue comme la chaleur finit par tuer la grenouille dont on chauffe progressivement le bocal, alors qu’une chaleur brutale l’aurait incitée à s’en échapper. L’épidémie du Covid-19 permettra-t-elle une prise de conscience plus vaste des dérives de nos systèmes de santé qui nous mettent tous en danger ? Ou au contraire, l’industrie se servira-t-elle de cet épisode de biopolitique – selon le néologisme forgé par Michel Foucault – pour les asservir encore un peu plus ?
Le problème est vaste. Le 8 octobre 2020, l’infectiologue Éric Caumes, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié Salpêtrière, à Paris, déclarait à L’Express : « On a privilégié la science au détriment du bon sens et de l’observation clinique. En France, on a abandonné la prévention et la santé publique pour le curatif et les médicaments. Peut-être parce que la prévention ne rapporte rien aux laboratoires pharmaceutiques. »
Un Français sur dix prend des antidépresseurs, toutes catégories confondues. Et comme après la crise de 2008, le recours aux psychotropes a fortement augmenté avec la crise du Covid-19, le confinement et ses conséquences. En octobre 2020, l’étude « Épi-phare » montrait une forte augmentation des psychotropes sur les ordonnances des médecins de ville français. En six mois, elle a comptabilisé 1,1 million de traitements de plus pour les anxiolytiques et 480 000 pour les hypnotiques. Or en 2017, il se vendait déjà plus d’une boîte d’antidépresseurs par habitant de plus de vingt ans en France.
Le deuxième confinement a encore plus pesé sur l’état psychique de la population, laissant craindre une « troisième vague de santé mentale », selon les termes du ministre de la Santé, Olivier Véran, le 18 novembre 2020. Le même jour, un sondage révélait que 49 % des salariés et 58 % des managers s’estimaient en « détresse émotionnelle sévère ». Le 8 janvier 2021, une étude chinoise parue dans The Lancet montrait que 23 % des patients qui avaient été hospitalisés à cause du Covid-19 souffraient de dépression ou d’anxiété six mois après leur sortie de soins1. Trois jours plus tard, on apprenait la tentative de suicide d’un étudiant de l’université Lyon-III ; les médias s’alarmaient sur la dégradation considérable de la santé psychique de cette population de plus en plus précarisée. Ils soulignaient qu’en France, les universités emploient un psychologue pour 30 000 étudiants en moyenne, alors qu’aux États-Unis, on en recense un pour 1 500 étudiants. Autant dire que seule une infime minorité des étudiants français auront accès à une psychothérapie ; les médecins seront d’autant plus tentés de les médiquer…
Or combien de médecins prescripteurs ont-ils prévenu leurs patients des risques de pensées et d’actes suicidaires, de la possibilité de modifications brutales de leur comportement – agitation, agressivité, crises psychotiques ou au contraire détachement complet potentiellement dangereux pour l’entourage et au travail ? Combien les ont mis en garde contre la dépendance, qui survient très rapidement et peut conduire à une impossibilité totale d’arrêter le traitement tant les symptômes de « manque » sont insupportables ?
En France, la psychiatrie est chroniquement sous-dotée et la crise qu’elle traverse est gravissime. Le rapport rédigé en septembre 2019 par la députée LREM et psychiatre Martine Wonner décrivait une psychiatrie française « au bord de l’implosion ». Un constat encore aggravé par le Covid-19. Cette situation favorise les traitements brutaux : médication à outrance et contention des patients. Et à l’intérieur de cette crise de la psychiatrie, celle de la pédopsychiatrie s’avère encore plus profonde. Quelque 30 % des postes de praticien hospitalier n’ont pas été pourvus par voie statutaire pour cette spécialité en 2018. Notre pays souffre certes d’une pénurie de médecins, à cause du numerus clausus appliqué entre 1972 et 2020, mais la dégradation des conditions de travail décourage aussi les vocations hospitalières dans toutes les spécialités. Dégoûtés, nombre de médecins, psychiatres inclus, choisissent d’exercer dans le privé.
Télérama rappelait en juin 2020 dans un reportage sur la psychiatrie post-Covid-19 que celle-ci souffrait « des dégâts de cette “nouvelle neuropsychiatrie” » défendue par les Centres Experts (financés par des capitaux provenant de l’industrie), qui affirment que les troubles mentaux s’expliquent par le cerveau. Éludant au passage le rôle des constructions sociales et politiques. Nous verrons à quel point cette « biologisation » et cette « encéphalisation » des troubles mentaux se révèlent désastreuses pour les patients.
Comme le dit la sagesse populaire, « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». C’est malheureusement le cas pour les efforts de lutte contre les fake news, qui portent en germe de dangereuses dérives. Si l’autorité de régulation, l’État ou quelque commission de déontologie juge que l’intérêt suprême des citoyens est d’accepter de se soumettre à des interventions médicales de prévention des risques, jusqu’où iront-ils pour les encourager dans cette voie ? Aura-t-on encore le droit d’évoquer les effets indésirables des traitements, les dangers des interactions médicamenteuses, les risques de dépendance entraînés par certaines molécules, les lacunes inquiétantes de la pharmacovigilance2 ? Pourra-t-on encore rappeler cette évidence : un médicament est une substance active dont on peut attendre un effet thérapeutique mais dont on doit savoir qu’elle comportera forcément des effets indésirables ? Autrement dit, pour reprendre la formulation de Jacques Derrida : « Le pharmakon ne peut jamais être simplement bénéfique. »3 Le mot pharmakon, en grec ancien, signifie à la fois « remède » et « poison ». Un médicament est un poison, dont la médecine peut retirer des effets bénéfiques mais dont elle doit aussi savoir se passer dès que c’est possible.

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