L'intelligence surnaturelle
Dans un monde envahi par l'IA, Didier van Cauwelaert nous invite à redécouvrir les pouvoirs extraordinaires de l'intelligence naturelle, dont les végétaux et les animaux, eux, n'ont jamais perdu l'usage.
Bactéries communiquant par télépathie, plantes capables d'anticiper nos actions ou de reconnaître un agresseur, chiens et chats qui nous sauvent d'un péril dont ils ont eu le pressentiment, guérisons inexpliquées, rêves qui influencent la réalité, consciences qui fonctionnent en dehors du cerveau...
Menant une enquête scientifique rigoureuse au fil de récits à couper le souffle, l'auteur montre combien notre soumission à l'intelligence artificielle nous aveugle sur les merveilles qui nous composent et nous entourent. Face aux pièges comme aux failles des algorithmes agissant et pensant à notre place, il nous rappelle l'urgence de défendre nos ressources d'empathie, notre liberté de rêver, de ressentir, de créer au-delà des limites qu'on nous impose.
Un plaidoyer fascinant où l'intelligence du coeur triomphe de l'emprise des machines.
Prix Goncourt, prix de la Vulgarisation scientifi que, Didier van Cauwelaert a vendu plus de six millions de livres traduits dans une trentaine de langues. Après l'immense succès de L'Insolence des miracles, il poursuit, avec une documentation implacable et un humour décapant, son exploration des mystères les plus révélateurs qui soient.
Extrait
Introduction
Il est temps de choisir notre avenir. Voulons-nous être à jamais soumis à des outils connectés qui agiront et penseront à notre place, ou redécouvrir notre connexion naturelle au monde et à nos ressources intérieures ? Une connexion qui, elle, se passe de technologie, puisqu’elle existe depuis toujours. Le tout est de savoir comment réactiver les pouvoirs inexploités qui sommeillent en nous – pouvoirs dont les végétaux et les animaux, eux, n’ont jamais perdu l’usage.
De l’infiniment petit à l’infiniment grand, l’intelligence est à l’œuvre partout dans l’Univers, excepté chez certains êtres humains qui régressent sous l’effet de l’ego stérile, des œillères et des idées toutes faites. D’où la séduction de l’intelligence artificielle, remède illusoire à ce déclin qui a pour effet secondaire – plus ou moins désiré par nos dirigeants – de réduire encore la voilure et l’autonomie de nos pensées. Organiser la pénurie des richesses naturelles de notre cerveau en rendant caducs l’imaginaire, la culture, la communion d’esprit, le goût de l’effort et le libre arbitre est un système de gouvernance qui a fait ses preuves. À tant priver la vraie vie de sa magie, de ses plaisirs et de son sens, on finit par nous imposer la « réalité augmentée » en tant que valeur refuge. Mais lorsque le prêt-à-penser, le tout-virtuel et la high-tech s’allient en prétendant simplifier l’existence et vaincre la mort, l’humanité a du souci à se faire. D’autant que l’IA est la première des technologies capable de prendre des décisions toute seule. Plus besoin de la main de Pandore : la boîte s’ouvre d’elle-même.
À l’origine, que signifiait l’intelligence ? Comme le mot religion, elle provient des verbes latins legere et ligare, comprendre et assembler. Le préfixe inter ne fait que renforcer cette notion d’assemblage. Être intelligent, c’est relier entre elles des choses apparemment disparates, c’est mettre en évidence les traits d’union et en créer de nouveaux. On voit ce que les humains en ont fait. Dans un souci d’efficacité, cette intelligence « connectante » a été peu à peu remplacée par des objets connectés. Au raisonnement se substitue l’algorithme, suite d’étapes mécaniques destinée à fournir un résultat issu d’éléments donnés. C’est-à-dire, comme le résume finement la Commission nationale de l’informatique et des libertés, à « obtenir un plat à partir de ses ingrédients » – sans qu’interviennent l’expérience, les tâtonnements, l’inspiration, les choix d’un vrai cuisinier.
À l’heure où s’impose le fast-food mental, il ne me paraît pas superflu d’effectuer un retour aux sources de l’intelligence originelle. Celle qui est aux commandes de la vie depuis l’apparition des bactéries, voici quatre milliards d’années. Celle qui a progressé par l’adaptation sélective, l’imagination, la symbiose. Celle qui, après avoir cheminé du règne végétal au monde animal, a façonné notre humanité, pour le meilleur et pour le pire.
La question qui a fait naître cet ouvrage est simple : qu’ai-je appris d’essentiel depuis que je suis sur terre ? Qu’aurais-je envie et besoin de transmettre ici-bas avant que ma plume s’assèche, que mes doigts cessent de courir sur le clavier de ma conscience, ou qu’on remplace celle-ci par un implant cérébral aux performances supérieures, le jour où la lutte contre le vieillissement sera devenue une obligation légale ? De quoi se composerait mon Arche de Noé ?
Je pense que j’y ferais embarquer tout ce qui m’a réjoui l’esprit, réchauffé le cœur et réconcilié avec le monde. Tout ce que j’ai découvert et développé en marge de mes fictions (et souvent grâce à elles) ; tout un savoir parallèle et sous-jacent, jubilatoire et provocateur qui, fondé sur l’inexpliqué bien plus que sur les conséquences de théories en vigueur, nous touche à la manière des fruits de l’imaginaire. Mon Arche de Noé emporterait du rêve réel – le contraire de la « réalité augmentée ».
Une algue préhistorique décidant de devenir un poisson, des bactéries qui communiquent entre elles à distance, des plantes qui lisent dans nos pensées, des animaux qui nous sauvent d’un péril dont ils ont eu le pressentiment, des humains au quotient intellectuel supérieur à la norme alors que leur cerveau est totalement atrophié, des consciences défuntes prenant le contrôle ponctuel de notre esprit pour achever leur œuvre, rassurer leurs proches ou faire arrêter leur assassin, des malades guéris par un miracle ou le pouvoir d’une illusion, des enfants conservant la mémoire de leur existence antérieure au point de savoir réparer l’appareil qu’ils y avaient construit… Tous ces grands mystères que j’ai déjà abordés dans d’autres livres et ceux dont j’entreprends ici l’exploration, à la lumière de nouvelles découvertes scientifiques ou d’événements récents qui défient l’entendement. Toute la puissance de la pensée créatrice, des signes et des prémonitions qui aiguillent nos destins. Toute cette intelligence naturelle d’une telle intensité qu’elle pourrait être qualifiée de surnaturelle – pas nécessairement au sens de paranormale ou divine, mais en tant que superlatif absolu, comme lorsqu’on parle de prouesses surhumaines.
Alors, sans opposer à la fascination de l’IA le déni de l’autruche ni le passéisme obtus, comment réhabiliter cette intelligence « à l’ancienne » qu’on nous incite à sacrifier sur l’autel du numériquement correct ? C’est simple : comme on défend la cuisine maison et la gastronomie face à la nourriture industrielle : en remettant chacune à sa juste place, en fonction de ses attraits, de ses désagréments, de ses limites.
Entamons donc un voyage au pays des merveilles qui nous entourent, nous composent et nous dépassent. Mais, avant de nous échapper des paradis artificiels dans lesquels on entend nous confiner, avant de rendre les clés de l’IA à ses propriétaires, dressons l’état des lieux. En bonne intelligence.
