Ni le jour ni l'heure

Auteur : Sylvain Forge
Editeur : Fayard

Que feriez-vous de votre vie si vous connaissiez l'année de votre mort ?
Montpellier, 2037. Sous une canicule écrasante, la ville agonise. Dans ce décor apocalyptique, une intelligence artificielle révolutionnaire, Oracle, transforme notre quotidien. Elle scrute nos données les plus personnelles et révèle, avec une précision troublante, l'année où vous quitterez ce monde.
Face à cette nouvelle réalité, la Chrono-Police émerge comme une nécessité pour gérer ceux qui ne peuvent supporter ce lourd secret. Connaître la vérité peut parfois être un fardeau insupportable.
Sébastian Ortega, nouveau membre de cette équipe de super flics controversés, a des motivations bien différentes : il cherche à se venger de blessures familiales. Son enquête le conduit des bidonvilles de Montpellier aux marais mystérieux de Camargue, le plongeant dans un cauchemar où la technologie, censée nous éclairer, engendre des monstres rongés par la folie. Parfois, ce n'est pas la mort qui fait peur, mais ce qu'on découvre en l'attendant.

Expert en cybersécurité et vulgarisateur hors pair, Sylvain Forge s'est imposé comme une voix majeure du thriller français. Prix du Quai des Orfèvres, Prix Cognac du meilleur roman francophone, Prix cyber de l'ANSSI, il mêle anticipation et suspense pour explorer les dangers d'un monde ultra-connecté. Une référence incontournable pour les amateurs de thrillers intelligents et captivants.

20,90 €
Parution : Septembre 2025
328 pages
ISBN : 978-2-2137-3205-3
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Extrait

19 juin 2037 Aéroport Montpellier-Méditerranée

L’homme fixait le hublot, immobile, les doigts crispés sur les accoudoirs. Quarantaine usée, barbe drue, tempes argentées : rien de remarquable, sauf ces yeux d’un bleu coupant. En temps normal, il attirait les compliments des femmes, mais, ce matin-là, il se dérobait. Après s’être arraché à sa contemplation du vide, il se tourna vers l’intérieur de l’appareil et balaya la cabine d’un regard furtif.
Pour masquer sa nervosité, il saisit une brochure glissée dans la pochette du siège face à lui et tourna les pages au hasard. Elles exhibaient des photos de paysages exotiques : des promesses d’évasion, figées sur papier glacé. Publié par le ministère du Tourisme, le livret annonçait une règle brutale : chaque citoyen était désormais limité à six vols touristiques au cours de sa vie, une tentative radicale pour diminuer l’empreinte carbone. En lettres grasses, un slogan cognait : « Chaque vol compte : choisissez bien, voyagez mieux. »
Au moment où l’avion quitta le tarmac, le grondement du moteur et les vibrations de la carlingue résonnèrent douloureusement en lui. Il détestait cette sensation d’être suspendu dans les airs, vulnérable aux vents contraires qui pouvaient à tout moment transformer un vol ordinaire en une chute vertigineuse. Par le hublot, Montpellier s’estompait déjà, comme dissous dans une brume de chaleur.
Il battit des paupières, ébloui par la lumière crue, presque blanche, qui trahissait une température accablante. Les toits des bâtiments étaient tous peints de tons clairs ou recouverts de panneaux solaires. Il reconnut facilement la cathédrale Saint-Michel, la tour de la Babote et l’aqueduc Saint-Clément, ruban antique filant à travers le paysage brûlant. La cité lui fit l’effet d’une ville fantôme, avec ses rues vides et ses habitants terrés chez eux en quête de fraîcheur.

Il respira profondément et ses yeux se posèrent sur sa montre.
C’est trop tôt pour passer à l’action, songea-t-il, l’avion doit encore prendre de l’altitude.
Discrètement, sa main effleura sa hanche, vérifiant la présence d’un objet plat et froid dissimulé sous ses vêtements : un pistolet en polymère conçu pour déjouer les portiques des aéroports trop curieux. C’était la première fois qu’il allait l’utiliser en conditions réelles… Son cœur cognait fort dans sa poitrine.
Pas le droit à l’erreur.
Autour de lui, les conversations des passagers se mêlaient au bourdonnement des moteurs, entrecoupées par le cliquetis des ceintures de sécurité et le froissement des magazines. Il observait subtilement ses compagnons de voyage. Des enfants qui se faisaient la grimace, une vieille dame plongée dans un roman, un businessman tapant sur le clavier de son ordinateur. Ils étaient tous dans leur bulle ; un petit monde fragile qui allait bientôt éclater.
Il revit en flash des bribes de son entraînement, les directives strictes maintes et maintes fois martelées. Aucun raté. Aucune hésitation.
Tout à coup, l’avion traversa une poche de turbulence. Des consignes fusèren

des haut-parleurs : « Mesdames et messieurs, veuillez immédiatement regagner vos sièges et boucler vos ceintures. » La voix était calme, mais ferme. Des hôtesses et un steward parcoururent les allées, vérifiant que chaque passager respectait les instructions.
L’homme ferma les yeux un instant pour rassembler son courage. L’heure était venue. Le cœur battant, il se leva d’un pas décidé et s’élança vers la cabine de pilotage, le regard fixé sur la porte qui le séparait de son objectif. Une hôtesse s’interposa avec autorité et lui lança :
— Monsieur, vous devez retourner à votre siège maintenant !
Il la considéra une seconde, puis la repoussa d’un geste brusque, poursuivant sa course vers l’avant de l’avion. Ceux qui avaient été témoins de la scène furent saisis d’affolement. Alors que l’avion s’inclinait de plus en plus, perdant de l’altitude à une vitesse alarmante, un second individu se leva et se précipita à la suite du premier avec une coordination qui ne laissait aucun doute sur leur association. À bord, la panique se répandit comme une traînée de poudre. Des cris éclataient, des passagers appelaient à l’aide, tandis que d’autres restaient paralysés par la peur.
Devant les deux hommes se trouvait la porte blindée menant à la cabine de pilotage. Elle était équipée d’une serrure à trois points, surmontée d’une caméra. Ils savaient tous les deux qu’elle avait été pensée pour offrir une sécurité maximale dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001. Sans hésiter, le barbu tapa un code à quatre chiffres. C’était un dispositif conçu pour les situations où les pilotes seraient incapables, pour quelque raison que ce soit, de déverrouiller la porte de l’intérieur. Un léger clic signala que le code était le bon. Ils s’engouffrèrent dans la cabine, laissant derrière eux les hurlements des passagers.

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