Journal d'un maton

La vérité sur la corruption au coeur des prisons
Auteur(s) : Frédéric Ploquin, Sébastien Piteau
Editeur : Fayard
Parution : 4 Mars 2026
336 pages
ISBN : 978-2-2137-3318-0
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21,90 €

Extrait

Le contrat

Une maison centrale ne ressemble pas aux antichambres de l’Assemblée nationale. Elle résonne de mots plus souvent crus que châtiés. Un ton que je retrouve dans le courrier envoyé ce jour-là par un détenu, un certain Omar Top el Hadj, depuis sa cellule du quartier disciplinaire. L’homme de 38 ans est un braqueur énergique au verbe haut et vert, capable de mettre sa vie en danger pour une attaque de bijouterie, comme de s’évader de la maison centrale de Moulins-Yzeure avec un détenu au profil comparable, Christophe Khider, armes et explosifs à la main. Officiellement libérable en 2043, il n’est pas du genre à se laisser faire, comme en témoignent les trois incidents disciplinaires récemment signalés.
Sa dernière missive est adressée à la directrice adjointe de la prison, une ancienne conseillère en probation plus tendre et fragile qu’elle n’en a l’air, le genre de chef qui dit plus facilement « Allez-y » que « Suivez-moi ». Alors qu’elle lit le courrier devant moi, je tente de prendre la chose avec humour et dis en riant :
« J’ai l’impression qu’il ne vous aime pas. Il en a après vous, on dirait ! »
Elle se met à pleurer en relisant pour la deuxième fois l’une des phrases écrites par le fougueux braqueur : « Ne vous leurrez pas, vous n’y survivrez pas, les gilets pare-balles sont inefficaces contre les armes de guerre… j’ai déjà transmis vos coordonnées à des tueurs expérimentés. »
« Vous trouvez ça drôle ? me demande la directrice adjointe.
– Vous savez, c’est un peu notre quotidien », lui dis-je pour atténuer ses craintes.
Ce n’est pas la première fois que ce détenu se montre menaçant. Trois mois plus tôt, au printemps 2016, il a fait l’objet d’une procédure disciplinaire après avoir adressé un courrier à la direction de l’établissement, où il assurait avoir mis un contrat d’un montant de 70 000 euros sur la tête de la directrice. Depuis, il ne se faisait plus remarquer, mais notre sentiment est qu’il cherche à provoquer son transfert dans une autre prison. Ces frictions à répétition se terminent en effet généralement comme ça, par un « balluchonnage » du détenu.
C’était il y a dix ans. Aujourd’hui, on ne rit plus. La nouvelle génération de criminels multicartes a un rapport tellement débridé avec la violence que l’on prend chaque menace au sérieux. Les contrats, l’actualité regorge d’exemples, trouvent preneurs sur les réseaux sociaux et tous les agents de l’État sont susceptibles de se retrouver dans la ligne de mire des tueurs à gages.
Bienvenue derrière les murs, aux avant-postes du dérèglement sécuritaire.

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