La République, c'est lui !
Jean-Luc Mélenchon met-il la République en danger? Figure du parti LFI, le candidat aux présidentielles 2017 et 2022 ne cesse de faire parler de lui. Éric Naulleau nous propose de découvrir - ou redécouvrir -son évolution intellectuelle, morale et surtout politique. Tel un train qui perd ses freins, Mélenchon déraille. Perdant ses idéologies initiales de vue, l'homme politique devient autocentré, emmenant la gauche dans sa chute.L'écrivain, critique littéraire et animateur de télévision nous éclaire sur la dégringolade de l'ancien député français.
Extrait
Toute interview de l’auteur se doit désormais de commencer par ce jet de tarte à la crème plus très fraîche : « Mais alors, vous n’êtes plus de gauche ? » À quoi je réponds invariablement : « Je suis toujours de gauche, mais pas de celle qui a pris sa place sous le même nom. »
Pas de celle qui a méthodiquement trahi tous les idéaux de son camp supposé. Troqué la laïcité contre l’islamisme, l’universalisme contre le communautarisme, la Résistance contre l’antisémitisme, le prolétaire contre le trans, Victor Hugo contre Rima Hassan, la cause des femmes contre la promotion du voile, Marie Curie contre une sorcière, Boualem Sansal contre Georges Ibrahim Abdallah, le capitaine Dreyfus contre Cesare Battisti, l’intérêt de la majorité contre la tyrannie des minorités, les convictions d’une vie contre un plat de lentilles. Pas de celle qui bouffait hier du curé et lèche aujourd’hui les babouches des imams intégristes (pour rester poli). Pas de celle qui est devenue aujourd’hui un parti de l’étranger et sera demain une cinquième colonne. Pas de celle qui hurle au génocide à Gaza après avoir justifié les bombardements de la population syrienne par l’aviation russe. Pas de celle qui refuse à Israël le droit de se défendre après avoir déclaré que la volonté des mollahs d’acquérir l’arme nucléaire pour éradiquer l’État hébreu « posait un problème à la civilisation humaine » et « qu’un régime théocratique est toujours un danger pour le reste de l’humanité ». Pas de la gôche. Pas des reniements massifs de Jean-Luc Mélenchon et de ses sbires. Pas des grossistes en palinodie.
Je suis de gauche, pas de gôche. L’une exclut l’autre. Non seulement inconciliables, incompatibles, irréconciliables, mais appelées à s’affronter jusqu’à extinction de l’une des fausses sœurs. La victoire de la première ou de la seconde n’empruntera pas les mêmes chemins. La victoire de la première ou de la seconde n’entraînera pas les mêmes conséquences.
Les représentants de la gôche, et en premier lieu de La France insoumise, vivent sur le fantasme révolutionnaire comme des vautours sur la chair putride d’une carcasse que l’on distingue mal du grouillement des vers. Partisans de la violence politique, adorateurs des lames biseautées, tous patients du docteur Guillotin (« Dites 1793… »), vampires diurnes, croyants des dieux du carnage, ils se tournent vers les vieilles lunes sanglantes comme certaines fleurs vers le grand soleil. D’abord faire table rase, puis renverser la table elle-même afin que naisse un monde nouveau peuplé d’hommes nouveaux. Rêve poursuivi du stalinisme, du nazisme et du maoïsme, par ordre d’apparition à l’écran. Soldes d’hiver de la pensée, tout doit disparaître. La gauche (nous y sommes presque), la République, la France, la civilisation. L’une des plus récentes facéties de Jean-Luc Mélenchon consiste à proposer de ne plus parler de « langue française », au motif que ses locuteurs sont en majorité étrangers.
Et de décréter à la tribune : « Les Français de souche, c’est terminé ! »
Et de considérer que l’ensemble de nos traditions n’a plus de place que dans les poubelles de l’Histoire.
Et de fournir le carburant idéologique à un antisémitisme dont le déchaînement quotidien poursuit, certes par d’autres moyens, le même objectif que les décrets pétainistes ou les lois nazies, à savoir l’exclusion des Juifs de l’espace public. À savoir la fin de l’alliance entre les Juifs et la France, l’un des piliers de notre identité – que les Insoumis entendent scier à la base, tout comme des voyous qu’ils avaient peut-être inspirés le firent avec un olivier planté à la mémoire d’Ilan Halimi.
