La révolution des oubliés

La révolution silencieuse du peuple
Auteur : Ivan Rioufol
Editeur : Fayard

«  La révolution du bon sens a déjà gagné les esprits. Le vieux monde politique ne tient qu'à un fil.  »

6,90 €
Parution : Février 2026
128 pages
ISBN : 978-2-2137-3430-9
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Extrait

Oui ! La France peut se redresser. Rien n’est foutu. Le déclin étourdissant du pays, éreinté par les effets d’une mondialisation impensée qui a ajouté la déculturation à la désindustrialisation, n’est pas une fatalité. L’empoisonnement idéologique et technocratique de la nation, à la source de sa suicidaire dépression, a ses remèdes, immédiatement disponibles. Il existe en effet des sources revigorantes. Elles sont au cœur du peuple silencieux, méprisé par des dirigeants frivoles. Il suffit de creuser les puits pour atteindre cette eau régénérative. La vitalité de la société civile déborde sur les réseaux sociaux, pour le meilleur comme pour le pire. Le numérique, accessible à 94 % des foyers, est devenu l’indispensable contre-pouvoir. La liberté d’expression défie, sur Internet, l’État censeur. Les colères qui s’y expriment dévoilent la déconnexion des mondes politique, syndical, intellectuel, judiciaire, médiatique. Des mines d’or d’intelligence collective sont également inexploitées. Elles ne demandent qu’à être mises en valeur dans leurs expressions civiques, qui dépassent les clivages partisans. La survie de la nation est là, à portée de main.
Il n’y a pas d’autre choix, face aux déraisons d’État et au somnambulisme des puissants, que d’appeler au secours les Français lucides. Selon la dernière enquête (Ipsos) sur les « Fractures françaises1 », les citoyens ne seraient plus que 10 % à faire confiance aux partis, et 20 % aux députés. Seuls 11 % des sondés feraient confiance à Emmanuel Macron2. Aux trois pouvoirs définis par Montesquieu – exécutif, législatif, judiciaire –, le quatrième pouvoir doit revenir au peuple oublié, en lieu et place des médias à qui ce rôle avait été attribué. Ces derniers se sont abîmés dans l’entre-soi, à l’instar des trois autres piliers de ce que fut la pensée libérale. La fragilité du système, vidé de son socle démocratique et de ses garde-fous, incite aux coups de force des uns, aux abus de droit des autres. Or, nombreux sont les indignés qui sont prêts à se mobiliser pour défendre leur pays, malmené par des idées folles.
Une révolution des esprits, non violente mais radicale, est à mener à son terme. Elle est portée, aux États-Unis comme en Europe, par l’insurrection des peuples enracinés contre des élites déracinées. Ces dernières ont perdu la partie. Les désastres qui s’accumulent le démontrent assez.
Une conviction motive cet essai : s’il reste encore possible d’interrompre la catastrophe, la réponse ne peut venir de ceux qui ont accompagné la débandade. Ceux-ci doivent partir. Comment la France millénaire s’est-elle vidée, en deux générations, de ce qui la constituait dans son identité, sa culture, son peuple ? Comment a-t-elle pu perdre ses réflexes d’autodéfense ? Comment s’est-elle laissé subvertir par une idéologie totalitaire venue du viie siècle et des sables d’Orient ? Pourquoi ni les intellectuels, ni les hommes politiques, ni la presse n’ont-ils collectivement alerté sur la vulnérabilité de la nation face à une massive immigration venue majoritairement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne ? Pourquoi les têtes supposées pensantes n’ont-elles rien vu des symptômes de la décadence, ni aux prémices d’une guerre civile qui, à travers les émeutes urbaines ciblant les policiers, accélère ses répétitions dans les cités islamisées ? Répondre à ces questions oblige à faire le procès d’un monde défaillant. La rupture avec ceux qui marchent sur la tête est le préalable. Ces « élites » sont la vraie menace.
Provincial d’origine, je suis resté attaché à l’avis de la France girondine et discrète. J’aime m’y ressourcer. Les opinions des anonymes m’éclairent davantage que celles des bateleurs. C’est vers les gens ordinaires que doivent se tourner ceux qui aspirent à diriger le pays, afin de reprendre contact avec le quotidien. Il ne faut rien attendre de Paris ni des autres métropoles mondialisées qui s’éloignent de la France française. L’État n’est même plus capable de protéger les trésors du Louvre, dont certains ont été dérobés en plein jour par des monte-en-l’air, le 19 octobre 2025. Quand, en novembre 2018, les Gilets jaunes défilèrent dans les rues de la capitale derrière leurs drapeaux régionaux, leur casque gaulois et leur bonnet phrygien, les Parisiens restèrent calfeutrés. L’histoire se fera sans eux. La révolution qui déboule est celle des parias, des dupés, des humiliés : des « fachos », diraient d’une voix aiguë la bourgeoisie macroniste et la gauche prolophobe. Il revient à ces infréquentables de promouvoir les indispensables nouvelles élites.
Ce que subit la France n’est plus seulement une modernité accélérée. J’ai connu, au début des années soixante, une paysannerie bretonne proche du xixe siècle. Elle allait brusquement disparaître, en 1965, sous l’effet du remembrement influencé par le productivisme du plan Marshall. Je me souviens, à La Baussaine (Ille-et-Vilaine), des chemins creux et des fêtes religieuses, des fermes au sol en terre battue et du beurre baratté. Le patois du pays gallo se rapprochait de celui de ma région nantaise. Une proche de ma famille nous conseillait d’être attentifs, enfants que nous étions, aux mots et aux accents qu’elle savait voués à l’effacement. J’ai aimé parler pareillement, roulant les « r ». Élisa Mauny, son nom de plume, écrivait sur la vie simple à Saint-Servan et Saint-Malo, avant la grande tuerie de 14-18. Elle a décrit d’un trait ce monde englouti : « Depuis en cette même campagne, on n’entendit plus l’ancienne manière de rire3. »
Mais, cette fois, les mutations en cours sont autrement mortelles pour le pays. Une machine infernale, portée par des concepts universalistes récusant les expressions nationales et localistes, s’est emballée. Ce monde détraqué n’a ni vision, ni frein, ni marche arrière. Il est pareil au couteau de Lichtenberg4, c’est-à-dire à « un couteau sans lame auquel manque le manche ». L’abîme nihiliste est au bout de cette folie. Les juges qui ont décidé, dans le tordu dossier libyen, d’embastiller sans preuves ni aveux, le 21 octobre 2025, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, ont accéléré la décomposition d’un système confisqué par des castes mues par leurs intérêts. Le régime s’aveugle sur les ennemis intérieurs, que la société ouverte a laissés s’installer, pour préférer batailler contre le peuple quand il ose protester de sa condition. Le peuple : il est la seule victime oubliée. C’est pourquoi il s’agit d’entraver le mécanisme de la dilution mondialiste et de reconstituer des résistances, points d’appui pour rebâtir ce qui peut l’être.
Un « vrai chef » est réclamé par les Français. Mais le profil churchillien n’existe plus. Le sauveur sera celui qui en appellera au peuple providentiel. L’homme d’État doit laisser place à l’homme du tiers état. L’expert doit écouter le profane. Le modeste doit être préféré au hâbleur. Ceux qui redoutent de renverser la table sont condamnés à l’apathie devant la métamorphose du pays et sa pente totalitaire. La Révolution de 1789 a été menée par une minorité ; les jacobins n’étaient pas 6 000. « Donnez-moi 1 000 hommes », avait dit Lénine, parlant de la révolution russe. Cette fois, la révolution du réel, antidogmatique par essence, peut faire masse en prenant le parti de la France millénaire. Encore démographiquement majoritaire, son peuple est appelé à ouvrir la marche, dans une cohabitation à inventer avec le pouvoir. Les Français sont l’ultime recours.

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