Le journal d'un prisonnier

Auteur : Nicolas Sarkozy
Editeur : Fayard

« En prison, il n’y a rien à voir, rien à faire. J’oublie le silence qui n’existe pas à la Santé où il y a beaucoup à entendre. Le bruit y est hélas constant. À l’image du désert, la vie intérieure se fortifie en prison. »

20,90 €
Parution : Décembre 2025
216 pages
ISBN : 978-2-2137-3469-9
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Extrait

Je me suis levé très tôt ce mardi 21 octobre 2025. C’était le jour de mon incarcération. Jamais je n’aurais imaginé franchir les murs d’une prison. Ce n’était même pas envisageable. Je ne suis pas un homme violent, ni un agresseur. J’ai toujours payé mes impôts de façon scrupuleuse. Je n’ai jamais conçu ni envisagé quelque montage que ce soit. J’ai été durant vingt années le maire d’une grande ville, Neuilly-sur-Seine, sans que jamais un appel d’offres ou une procédure quelconque ait fait l’objet de la moindre remarque ou du plus petit incident. Que pouvait-il bien m’arriver ? À moins de faire preuve d’une imagination débridée ou de nourrir une paranoïa caricaturale, rien. C’étaient bien ma conviction et mon état d’esprit. La suite démontrera l’étendue de mon erreur.

Et pourtant, en ce matin ensoleillé, alors que je traversais Paris vers la prison de la Santé, je devais bien convenir que l’impensable était arrivé ! Qu’est-ce qui avait bien pu me faire tomber du mauvais côté de l’histoire ? Qu’avais-je fait pour mériter un tel traitement ? Quels crimes avais-je bien pu commettre ? Je dois reconnaître aujourd’hui la profondeur de ma naïveté. Jamais je n’aurais envisagé qu’avoir été porté au sommet de l’État pouvait constituer une telle menace pour ma famille et pour moi-même. J’étais littéralement stupéfait par l’enchaînement comme par l’emballement des faits que j’étais en train de vivre.

J’avais été durant cinq ans président de la République française. Un honneur immense, une chance exceptionnelle et aussi un délit grave aux yeux de tous ceux qui détestent le pouvoir politique, surtout s’il est de droite. Et de droite, je l’ai toujours été, sans regret et surtout sans complexe, ce qui constitue à n’en point douter une circonstance aggravante. On ne prête à autrui que les sentiments que l’on éprouve pour soi-même. Ce fut sans doute une erreur de ma part de ne pas l’avoir compris à temps. Je suis un bagarreur. Je ne peux le cacher. Je ne garde rien, ou pas grand-chose, par-devers moi. Cela peut souvent me conduire à surréagir, à mener des combats inutiles, parfois même à blesser inutilement mes interlocuteurs. Dans le même temps mais à l’inverse, cela expurge de mon esprit les mauvais sentiments. Ainsi, je suis incapable d’éprouver une haine durable à l’endroit de quiconque. Je ne garde rancune à personne. Mes amis m’ont souvent reproché de pardonner trop vite ou d’oublier trop facilement les offenses et les trahisons. J’ai compris que la haine est un sentiment dangereux qui se nourrit de lui-même, qui se renforce jour après jour jusqu’à devenir inextinguible si l’on ne se l’interdit pas. Plus on hait, plus on a envie de haïr. C’est un enchaînement sans fin. Ces sentiments m’étant étrangers, je n’imaginais pas que les autres pouvaient les exprimer à l’endroit de ma personne. C’est peu dire que j’étais à cent lieues de penser que j’avais pu susciter de telles passions aussi démesurées que disproportionnées. J’ai donc été particulièrement imprévoyant. Je l’ai payé au prix le plus fort, celui de la prison. L’impensable était devenu réalité.

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