Oeuvres de John Le Carré : La taupe, Comme un collégien, Les gens de Smiley
Les services secrets, a dit un jour John Le Carré, sont l'inconscient des démocraties occidentales. Et cet inconscient, voilà vingt ans qu'il en est un des plus pénétrants psychanalystes. A suivre les pérégrinations de son héros, George Smiley, tout au long de la "route secrète" qu'il a choisi d'emprunter, Le Carré a rencontré le dilemme insoluble qui est au coeur de tous ses romans : il tient au paradoxe qui pousse ses héros, pour la défense de la société qui est la leur, c'est-à-dire la nôtre, l'Europe de l'Ouest, à commettre des actions qui pourraient bien amener la naissance d'une société qu'ils n'auraient plus aucune envie de défendre. C'est l'éternel problème des chefs d'Etat un peu sérieux : la société est faite d'individus ; ce sont des individus qui la protègent et qui veillent sur elle lorsqu'elle a des problèmes. Le malheur est qu'il n'y a pas toujours concordance entre les problèmes de la société et ceux de l'individu et que parfois même il y a contradiction. Tous les héros de Corneille vous le diront. Dans les trois romans qui constituent cette trilogie, George Smiley navigue comme il peut entre les impératifs difficilement conciliables du respect des valeurs morales et du service de son pays. Dans ce combat douteux qu'il ne cesse de livrer il applique strictement son credo : "Entre inhumain lorsqu'il s'agit de défendre notre sens de l'humanité, impitoyable dans notre défense de la compassion, inébranlable pour défendre nos inégalités."
Ainsi apporte-t-il dans le monde aseptisé des services secrets un élément d'une fraîcheur inattendue : l'humanisme d'un esprit libéral.
