Avalanche Hôtel

Auteur : Niko Tackian
Editeur : Lgf

Janvier 1980. Joshua Auberson est agent de sécurité à l’Avalanche Hôtel, sublime palace des Alpes suisses. Il enquête sur la disparition d’une jeune cliente et ne peut écarter un sentiment d’étrangeté. Quelque chose cloche autour de lui, il en est sûr. Le barman, un géant taciturne, lui demande de le suivre dans la montagne, en pleine tempête de neige. Joshua a si froid qu’il perd connaissance…
… et revient à lui dans une chambre d’hôpital. Il a été pris dans une avalanche, il est resté deux jours dans le coma. Nous ne sommes pas en 1980 mais en 2018. Joshua n’est pas agent de sécurité, il est flic, et l’Avalanche Hôtel n’est plus qu’une carcasse vide depuis bien longtemps. Tout cela n’était qu’un rêve dû au coma.

Un rêve, vraiment ?

Parution : Janvier 2020
Format: Poche
288 pages
ISBN : 978-2-2532-5996-1
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Extrait

Un froid glacial lui parcourait le corps. Il était allongé, nu, sur une mosaïque de carrelage vert et blanc. Un filet de sang coulait le long de sa tempe gauche. Où suis-je ? Une petite voix dans sa tête se battait pour recoller les morceaux. Il pivota sur le côté et prit appui sur ses genoux pour se relever. Une légère migraine résonnait dans son crâne comme une musique de bal perdu dans le lointain. Il tourna son visage et observa la pièce : une grande salle de bains aux murs verts dont la baignoire occupait toute la longueur d’une cloison. Tu as glissé en sortant de l’eau. Tu t’es cogné le crâne, dit la voix. Il se pencha machinalement pour constater que la cuve était vide. L’eau a pu s’évacuer... Tu es peut-être là depuis des heures. Face à lui se trouvait une alcôve où étaient nichés deux éviers en céramique et un immense miroir dans lequel il fixa son reflet. Il était brun, de taille moyenne, plutôt bien bâti et devait avoir la trentaine. Tu ne te souviens même pas de ton nom ? Il se massa les tempes, espérant secrètement que ça l’aiderait à retrouver la mémoire. Joe... Joseph... c’est comme ça qu’il devait s’appeler.
Connerie ! J’y crois pas une seconde ! martela la voix. Il serra les poings sur le rebord de l’évier et rapprocha son visage du miroir. Pendant une fraction de seconde, cet homme aux traits fins et aux yeux clairs lui sembla un parfait étranger. Il porta la main à ses tempes et ses doigts remontèrent jusqu’à une entaille sur le côté du crâne.
Une chute je te dis ! Tu t’es cassé la gueule, c’est tout ! La blessure était douloureuse, mais pas insupportable, et la migraine presque disparue. Il se demanda comment il avait pu perdre à ce point la mémoire à cause d’une simple chute. Derrière lui, une barre chromée soutenait deux serviettes blanches estampillées de larges initiales « A-H » ne lui évoquant rien. Il en passa une autour de sa taille et sortit de la salle de bains. Il se trouvait dans une belle chambre d’hôtel. Ses pieds s’enfonçaient dans une moquette épaisse d’un rouge écarlate. Devant lui, un lit deux places recouvert d’un tissu du même vert que celui de la salle de bains et encadré par deux meubles en bois sombre sur lesquels trônaient des lampes art déco et un téléphone à cadran. Sur le côté, un coin salon avec un canapé placé face à une grande portefenêtre d’où s’échappait une lumière blanche tellement vive qu’elle paraissait irréelle. Il se rapprocha, portant une main devant ses yeux pour atténuer la pression des rayons. Une large vallée boisée s’étendait vers l’horizon avec, au loin, la silhouette acérée d’une chaîne de montagnes. Un lac d’un bleu intense se nichait au pied des montagnes, donnant au panorama un aspect de carte postale. On n’oublie pas un endroit pareil ! dit la voix. Et pourtant, aucun nom précis n’était associé à cette image d’Épinal. Un courant d’air s’immisça entre les joints des fenêtres et un frisson glacé raviva son mal de crâne. Faut trouver des fringues !
Il se retourna vers l’entrée de la chambre où était installée une armoire en chêne. À l’intérieur, une tringle sur laquelle pendaient une série de costumes sombres, tous identiques, et un nombre correspondant de chemises blanches impeccablement repassées. Il aperçut un badge épinglé sur le revers de l’une des vestes. On y voyait sa photo en noir et blanc suivie du nom « Joshua Auberson » et de la mention « Agent de sécurité », le tout surmonté du logo « A-H » déjà repéré sur les serviettes. Tu vois que tu ne t’appelles pas Joseph ! J’avais raison, tête de nœud !
Joshua... C’était bien lui, aucun doute là-dessus. Il était agent de sécurité dans cet hôtel depuis... longtemps. Ce n’était pas grand-chose, mais la mémoire lui revenait progressivement. Il fallait sans doute être patient. Il entreprit de s’habiller et passa des sous-vêtements découverts dans un tiroir de l’armoire avant d’enfiler une chemise, un costume et des mocassins en cuir plutôt élégants. Debout devant le miroir se trouvait l’agent Joshua Auberson, employé de l’hôtel A-H... « A » pour Airelles ou Alouettes... il n’en savait encore rien, mais ça viendrait. Une sonnerie retentit dans la chambre et il se précipita pour décrocher le téléphone.
— Joshua ? Qu’est-ce que vous faites ? questionna une voix de femme visiblement en rogne.
— Je... j’ai fait une chute, répondit-il avec hésitation.
— Une chute ? Bien... On vous attend dans le salon bleu. On avait rendez-vous à 10 heures, vous vous souvenez ? Vous avez quinze minutes de retard !
— J’arrive tout de suite, dit-il machinalement sans avoir la moindre idée d’où pouvait se trouver le salon bleu en question.
— J’espère bien !
Il raccrocha et jeta un dernier coup d’œil à la chambre – sa chambre ? – avant de se diriger vers la porte. Tu ferais mieux de te grouiller, mon vieux, dit la voix alors qu’il posait la main sur la poignée. Un plan de l’étage était cloué contre la porte avec le parcours à emprunter en cas d’évacuation. Chambre 81. Un voyant rouge s’alluma quelque part dans son crâne. 81... ce nombre lui rappelait quelque chose. Impossible de savoir quoi. Et puis il fixa le mot inscrit en lettres gothiques.
Avalanche Hôtel... A-H... Et il se dit que c’était étrange comme nom pour un hôtel.

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