Le roman vrai de Gorbatchev

Auteur : Vladimir Fédorovski
Editeur : J'ai lu

Glorifié en Occident pour avoir mis fin à la guerre froide et libéré le monde du communisme, Gorbatchev est aujourd’hui haï par les Russes, qui le rendent responsable de toutes leurs difficultés. Alors, qui est-il ? Un réformateur visionnaire qui permit la chute du mur de Berlin ? Ou un idéaliste qui voulut détruire le système totalitaire, quitte à trahir les intérêts de son propre pays ?
Fruit d’archives et de témoignages inédits, voici une enquête sur l’une des plus grandes figures du XXᵉ siècle et les personnages qui ont gravité autour de lui, de son épouse Raïssa à Alexandre Yakovlev, l’architecte de la perestroïka, en passant par son fantasque rival Boris Eltsine. Vladimir Fédorovski, acteur et témoin privilégié de cette page de l’histoire, nous raconte les manipulations, les victoires et les échecs d’un homme au psychisme impénétrable, qui a changé la face du monde.

7,50 €
Parution : Avril 2022
Format: Poche
256 pages
ISBN : 978-2-2903-6044-6
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Extrait

La Russie, l’Occident et l’Ukraine
Ce livre est conçu comme une clé pour comprendre l’avenir, les rapports entre la Russie et l’Occident, mais aussi la crise autour de l’Ukraine.
À dire vrai, si Gorbatchev est le symbole de l’ouverture de la Russie, Poutine symbolise un basculement majeur du pays en faveur de l’Asie. Cette rupture entre l’Europe et la Russie est aujourd’hui difficilement récupérable, voire définitive.
Il s’agit d’un problème majeur pour les Russes, mais également, peut-être plus modestement, pour les Européens.
Après la création de Saint-Pétersbourg par Pierre le Grand, Catherine II, le roman russe puis les ballets russes, la Russie est devenue partie intégrante de la civilisation européenne. Tolstoï, Tchekhov, Tchaïkovski appartiennent à la civilisation européenne comme Balzac ou Stendhal font partie de la culture russe. Il y a toujours dans l’entourage direct de Gorbatchev des personnes qui ont été influencées par le général de Gaulle et son idée d’Europe allant de l’Atlantique à l’Oural, par François Mitterrand et son projet de confédération européenne réunissant tous les pays du continent, et par Jacques Chirac, qui a tenté de nouer un pacte avec la Russie.
La situation a changé. J’étais diplomate sous Gorbatchev, au début des années 1990, et 80 % des Russes étaient pro-européens. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 20 %.
Certains politiques et médias occidentaux ne se rendent pas compte que les Russes ne veulent plus de l’Europe, encore moins d’une Europe qui s’islamise et qui n’assume pas son héritage judéo-chrétien. L’arrogance intellectuelle des spécialistes occidentaux ne leur a pas permis de percevoir cette évolution, et ils continuent à diaboliser non seulement Poutine, mais aussi la civilisation russe.
Cette rupture constitue un grand danger pour la Russie, dont l’emblème est un aigle bicéphale qui regarde l’Europe d’un côté et l’Asie de l’autre. Mais c’est aussi un danger pour l’Europe.
Son éloignement avec l’Europe a poussé la Russie dans les bras de la Chine. C’est grave, puisqu’il s’agit d’une rupture non seulement civilisationnelle, mais également dans la grande tradition russe qui a toujours maintenu un équilibre entre l’Europe et la Chine. C’est un grand drame qui se noue aujourd’hui.
Dans son discours et sa posture, Poutine représente l’antithèse du politiquement correct occidental. Il a été choisi par Eltsine pour être la marionnette d’un système oligarchique corrompu, mais il en est très vite devenu le marionnettiste.
Le succès de Poutine tient à la fois dans sa réussite à imposer dans l’imaginaire russe le rétablissement de la puissance et de l’honneur de la Russie d’avant les années Eltsine, tout en renouant avec l’histoire longue de la Russie.
Le président russe est un excellent metteur en scène du roman national. Il souligne la grandeur du pays en construisant une histoire linéaire entre le tsarisme et le système soviétique. Ce faisant, il réhabilite Staline, qui est vu aujourd’hui uniquement comme le vainqueur des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, en omettant de mentionner ses crimes. Mais l’opinion publique influence également Vladimir Poutine, avec pour résultat de rapprocher la Russie et la Chine, au détriment de l’Europe.
Cette escalade créé une situation des plus dangereuses autour de l’Ukraine. Cependant, même au pire moment de la guerre froide, le dialogue n’a jamais été rompu. Il y avait des règles établies. Chacun connaissait les limites à ne pas dépasser. Aujourd’hui, il n’y a plus ni dialogue ni règles claires. Il faut donc restaurer les relations entre les sociétés civiles russe et occidentale. Il y a des domaines où l’on peut accomplir des choses ensemble : les affinités civilisationnelles restent essentielles.

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