Au grand comptoir des Halles : Chronique (en noir et blanc)

Auteur : Patrick Cloux
Editeur : Actes Sud Editions

Au milieu des étals, des bons mots et des souvenirs en rubans de fumée, Patrick Cloux ravive d’une main amie le devenir palpitant d’un quartier magistralement installé sur les banquettes des troquets et, ce faisant, la mémoire collective de Paris. Un Paris illégitime et troublant, vivant et canaille, à boire et à lire. Une autre histoire de la ville, moins éclatante, moins riche, mais tout aussi vraie.

“Ce livre évoque les anciennes halles au centre de Paris et leurs foisonnants équipages, leur luxuriante énergie populaire et baroque. Puis brusquement leur fin. Chaque chapitre est un sous-titre au doigt mouillé, comme dans un bon vieux « Club des Cinq ». Car ils sont cinq, ces vieux amis des années d’après-guerre. On les poursuit dans ces drôles de quartiers, près des comptoirs de bistrot que la ville leur offre. Cendrars, Seignolle, Yonnet, Clébert et Giraud sont sur le pont. On s’autorise à les accompagner au long de leur belle vie d’auteurs trop discrets. Un photographe est de la partie, c’est Robert Doisneau, notre plus célèbre mémorialiste. Il est tard. On a fait un vin chaud. Prévert a mal aux pieds. La faim et la misère rançonnent de tous les côtés, comme elle le fait encore à sa manière aujourd’hui. Une foule d’inconnus rapplique, ce sont d’autres témoins de ces trente années pas si glorieuses que ça : des photographes. Des seconds couteaux. Des naïfs. Des paumés. Des voyous. Tous amateurs du temps perdu.”
P. C.

22,00 €
Parution : Octobre 2018
334 pages
ISBN : 978-2-3300-9659-5
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La presse en parle

Partis du « ventre de Paris » - les Halles de Baltard – pour évoquer la fin d'un monde, Patrick Cloux prend des chemins de traverse et finit par consacrer son livre à ceux qui ont Ie mieux écrit sur ses intestins. (...). De la misère qu'ils voyaient, dernière relique du Paris médiéval, ils tiraient des livres, des reportages ou des chroniques pour L'Auvergnat de Paris. Jamais misérabilistes, ces joyeux conteurs avaient une plume n'ayant rien à envier à celle des Hussards.
Nicolas Ungemuth, Le Figaro Magazine

Extrait

LE VENTRE DE PARIS
Lieu magique ! Voici les Halles ! La force même d’un quartier mythique. Son amplitude. L’écho des siècles du plus vieux marché de Paris. Huit cents ans au bas mot que ce quartier ne dort jamais la nuit. Il faut dire que depuis toujours (ou presque !) le grand estomac, le poumon, l’intestin et le ventre de la ville étaient là, au plein cœur médiéval et noué de Paris. Installé en fondrière, comme un château légendaire le serait dans ses douves. Le trépignant quartier des Halles s’étendait, au fur et à mesure de tant d’encombrements (les Halles n’ayant jamais assez de place), depuis la rue Rambuteau, la rue Poissonnière, pour finir très au-delà du boulevard Sébastopol. Il était central, comme une immense marelle. Elle recoupait et croisait les routes des marchands de draps, de l’arrivée des poissons, de celle du sel, du bois de chauffe. On s’y injuriait comme des charretiers. On y fraternisait d’une tape sur le dos, bien au-delà d’une Babel des lan- gues et des patois. Les gestes et les tâches à faire suffisaient à se faire comprendre. Le boulot débor- dait largement sur les rues. Un temps, il n’y eut qu’à se baisser pour en trouver. Tout se faisait à la main. À traction des bras, du dos et des jarrets.
Un vrai vivier de main-d’œuvre tournante, active et brinquebalante, sédentaire ou fugace. Des tra- jectoires de vie uniques, des parcours obligés de l’apprenti au maître charcutier, de la fleuriste au mandataire.
Les bâtiments des Halles proprement dits étaient une suite de charpentes de fer, imagi- nées et construites par Victor Baltard, en forme de grands parapluies comme l’avait exigé de son maître d’œuvre le fier baron Haussmann, dans une ample et souveraine vision Napoléon III. Paris lui doit en partie sa splendeur, son allure, sa res- piration. Avec Nicolas Chaudun, historien d’art et des mentalités, écrivain au gai savoir, connais- sant Paris avec le cœur, il est bon de se caler à une table de café et de le laisser, enthousiaste et pro- lixe, nous révéler ces temps. “Paris, nous dit-il, ne fut qu’une suite de rêves urbanistiques proférés à voix haute.” Certains se réalisant magistralement : alignement des rues principales, carrefours, mar- chés, avenues, squares, fontaines, trottoirs, égouts. Il fallait sortir à tout prix de cette interpénétration de la campagne dans la ville, faire de Paris aux yeux du monde la ville phare, amorcer l’univers rectiligne et décidé d’un avenir de conquête, de maîtrise des lieux et d’industrie, affirmer ainsi l’image majeure du pouvoir d’entreprendre de la France, digne d’être exporté au travers de tous les continents. L’architecture préludant le plus souvent à la gloire. Dans ses Mémoires, le bon baron, jamais exempt d’un reste d’acrimonie, sou- ligne l’effort de légèreté entrepris par Baltard. “À l’aide d’une heureuse combinaison d’éléments très simples, répétés indéfiniment, il avait su donner à l’ensemble du monument un caractère d’unité du meilleur effet.”

Informations sur le livre