Dura Lex

Dura Lex

Auteur : Bruce DeSilva
Editeur : Actes Sud Editions
Sélection Rue des Livres

Un très jeune tueur en série, qui a sauvagement assassiné deux femmes et trois petites filles à coups de couteau de cuisine, est arrêté, en partie grâce à l'enquête du journaliste Mulligan. Mais le coupable, qui n'a que 15 ans, devrait bénéficier d'une faille dans le code pénal de Rhode Island, qui prévoit que tout délinquant juvénile, quel que soit son crime, doit être libéré à 21 ans. Pour Mulligan, le meurtrier doit rester derrière les barreaux, quitte à ce que la justice prenne quelques arrangements avec le droit. Pour son supérieur Mason, l'application stricte de la loi passe avant tout. Lorsque le meurtrier est relâché, partisans du droit et défenseurs de l'éthique se retrouvent dans le même camp : celui des proies.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laure Manceau
23,00 €
Parution : Septembre 2018
448 pages
Collection: Actes noirs
ISBN : 978-2-3301-0890-8
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Extrait

Mai 1989


L’enfant tient le bocal à la lumière et examine ce qui grouille à l’intérieur. Les antennes qui frémissent, les pattes qui s’agitent, les yeux à facettes, les ailes transparentes repliées contre les abdomens verts et segmentés. Il y en a plein dans les herbes hautes derrière sa maison. Il a passé la moitié de la matinée à les traquer parmi les tiges de panic érigé, à saisir ces petits morceaux de vie dans ses mains puissantes.

Il se met à genoux, ouvre le bocal, en attrape un d’un seul doigt et referme bien le couvercle. Il pose son prisonnier sur une des pierres plates qui jonchent le terrain derrière chez lui et le maintient de son pouce gauche. Puis il plonge une main dans la poche de son jean et en sort une loupe à grossissement x 5. Le soleil est haut dans le ciel, et la lentille concentre toute sa fureur en un mince rayon.

Une aile se racornit et devient cendre.

Le criquet se défend, ses six pattes émettent un bruissement en labourant la pierre. Le garçon les brûle une à une, et le bruit s’arrête. Soigneusement, il ampute l’insecte de ses antennes. Un œil marron le regarde sans ciller, le suppliant de mettre fin à ce calvaire. Le garçon soutient ce regard, savoure l’instant. Puis il fait remonter le rayon de l’abdomen jusque sur l’œil, qui se désintègre aussitôt.

Un peu de fumée blanche s’élève en volute lorsqu’il atteint l’amas de ganglions qui fait office de cerveau. Il se penche tout près, renifle. Ça lui rappelle la bonne odeur de viande que sa mère fait cuire à la poêle dans la cuisine.

D’un coup, il sent une bosse dans son pantalon.

Il se demande : Suis-je Dieu ?